Jules César découvre Genève et l’écrit

Genève dans la littérature En 52 av. J.-C., l’homme d’Etat mentionne dans «La guerre des Gaules» le rôle d’un pont à Genève qu’il va s’empresser de détruire pour mieux régner. Le pont de l’Ile en porte encore la trace.

Cette mosaïque d’Alexandre Cingria, exposée à la rue de l’Hôtel-de-Ville, montre Jules César arrivant à Genève

Cette mosaïque d’Alexandre Cingria, exposée à la rue de l’Hôtel-de-Ville, montre Jules César arrivant à Genève Image: Lucien Fortunati

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Genève n’existe pas. Du moins pas avant que Jules César n’en fasse mention dans ses "Commentaires sur la guerre des Gaules". Nous sommes en 52 avant Jésus-Christ et César note en effet qu’à l’endroit où le Rhône sort du Léman se trouvait un pont unique permettant de passer du pays des Helvètes à celui des Gaulois. Et comme les Helvètes menaçaient de s’installer en pays gaulois, l’imperator gagna Genève pour leur barrer le passage. Le texte et les descriptions qui vont avec sont assez longues et se trouvent au début du livre I. En voici un large extrait:

1) "César, apprenant qu’ils se disposent à passer par notre Province, part aussitôt de Rome, se rend à grandes journées dans la Gaule ultérieure et arrive à Genève.

»(2) Il ordonne de lever dans toute la province le plus de soldats qu’elle peut fournir (il n’y avait qu’une légion dans la Gaule ultérieure), et fait rompre le pont de Genève.

»(3) Les Helvètes, avertis de son arrivée, députent vers lui les plus nobles de leur cité, à la tête desquels étaient Namméios et Verucloétios, pour dire qu’ils avaient l’intention de traverser la province, sans y commettre le moindre dommage, n’y ayant pour eux aucun autre chemin, qu’ils le priaient d’y donner son consentement.

»(4) César, se rappelant que les Helvètes avaient tué le consul L. Cassius et repoussé son armée qu’ils avaient fait passer sous le joug, ne crut pas devoir leur accorder cette demande.

»(5) Il ne pensait pas que des hommes pleins d’inimitié pussent, s’ils obtenaient la permission de traverser la province, s’abstenir de violences et de désordres.

»(6) Cependant, pour laisser aux troupes qu’il avait commandées le temps de se réunir, il répondit aux députés qu’il y réfléchirait, et que, s’ils voulaient connaître sa résolution, ils eussent à revenir aux ides d’avril.»

Ces lignes et celles qui suivent dans le livre offrent par ailleurs un portrait saisissant des Helvètes à cette époque. Le pont décrit par César se trouvait à l’emplacement actuel de la Tour de l’Ile, où une plaque commémorative indique d’ailleurs cette occurrence historique, sur la façade formant angle avec la statue du martyr Philibert Berthelier.

Mais la mention de Genève – Genava, Genua –, nom d’origine gauloise qui signifierait «embouchure» (comme Gênes en Italie, d’étymologie identique), s’accompagne de plusieurs termes fournissant aujourd’hui de précieuses précisions historiques. Le lieu est ainsi défini comme un carrefour ("quadruvium"), signe que Genève est déjà ce point de croisement des grandes voies de communication européennes, ce passage obligé qui relie le Plateau helvétique au midi et aux cols des Alpes d’Italie ou du Petit-Saint-Bernard. Du nord au sud, de l’ouest à l’est, en somme.

Tout cela va évidemment favoriser des relations commerciales et surtout l’apparition d’un marché entre ces différents territoires. Un autre élément marquera les historiens dans le texte de César: l’usage du terme "oppidum", qui signifie «bourgade fortifiée». Depuis 120 avant Jésus-Christ, Genève, bourgade celtique des Allobroges, est soumise par les Romains. Autrement dit, il s’agit d’une tête de pont romaine en terre gauloise. Sa rive droite est helvète, la gauche allobroge, et le pont joue le rôle de poste frontière. La position de Genève lui permet donc d’être à la fois ville frontière et plaque tournante pour les échanges commerciaux. En détruisant le pont menant d’une rive à l’autre, César s’assure le contrôle de toute la région.

Quant à savoir depuis quand existait Genève, si son nom avait déjà été mentionné ailleurs et si d’autres occurrences seront un jour découvertes, cela fait partie de l’histoire. Des fouilles conduites dans les Rues Basses il y a quelques années ont confirmé les différentes hypothèses émises ci-dessus. Mais l’histoire de Genève, et peut-être même l’histoire suisse, prend sa source dans "La guerre des Gaules". La description de l’émigration helvète (en 58 avant Jésus-Christ) et le rôle d’un pont stratégique détruit font ainsi entrer la Suisse dans l’histoire. Classique de la littérature latine, souvent considéré comme un chef-d’œuvre, loin d’être un ouvrage historique traditionnel, "La guerre des Gaules" se compose de sept livres et se présente comme une suite de notes brutes rédigées durant les opérations militaires que menait César.

Un huitième livre sera écrit après la mort de César par Aulus Hirtius, consul, lieutenant et ami personnel de ce dernier. Texte et ouvrage de référence depuis la publication d’éditions savantes à la Renaissance, "La guerre des Gaules" est également la seule source historique de première main sur cette période. Les travaux de l’historien Tite-Live – sur 142 livres, seuls 35 nous sont parvenus – sont perdus, mais il devait très certainement y mentionner Genève. En tout cas, aucun autre ouvrage contemporain n’évoque le sujet. La copie complète la plus ancienne de "La guerre des Gaules" est carolingienne.

Créé: 15.08.2017, 11h45

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