Le journal comme matrice d’une œuvre

DécryptageArtvera's expose le travail de quatre jeunes artistes qui explorent les objets du quotidien. Laetitia de Chocqueuse fait se rencontrer fiction et réalité dans un titre de presse.

Image: Julien Gremaud

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Il est rare de contempler, ensemble, la première et la dernière page d’un quotidien. Entre elles se trouve consignée l’actualité d’un seul jour, comme l’instantané d’une vision du monde saisi sur la ligne infinie du temps. Épinglé au mur de la galerie Artvera’s, ce cahier de «L’Émanticipation» est parfaitement fictif: il a été réalisé à la peinture à l’huile et à l’encre sur toile de lin par Laetitia de Chocqueuse pour l’exposition «Infra-ordinaire». Laquelle invite à une réflexion contemporaine sur l’environnement domestique, à travers le travail de quatre jeunes artistes qui extirpent les objets familiers de l’invisibilité où les a plongés la banalité pour les réenchanter.

«J’aime l’esthétique des journaux, commente l’auteure de cette pièce étonnante. Il s’agit du condensé d’un moment, un objet destiné à devenir un déchet dès qu’il paraît mais qui détient une aura de preuve.» Née en 1983, la plasticienne française concède en fabriquer depuis l’enfance. C’est aussi à un âge tendre qu’elle a commencé une vaste recherche iconographique, stockant les images par milliers dans des boîtes et son ordinateur, comme autant de «signes et d’indices» du réel.

Elle plonge dans cette archive personnelle pour composer ses gazettes, dont elle conçoit les maquettes numériquement avant de les reproduire à la main. «L’Émanticipation» place le spectateur dans le futur, le 25 septembre 2031 précisément, afin d’y questionner un présent assez inquiétant. Une mine de diamants risque l’engloutissement et l’histoire ne sera plus enseignée à l’école, lit-on par exemple. Laetitia de Chocqueuse jette un pont intrigant entre le vrai et l’imaginaire. D’abord, elle tire des images de la réalité pour les faire basculer dans la fiction. Puis, le journal inventé fonctionne à son tour comme matrice à la production d’œuvres concrètes, chacun de ses éléments annonçant les prochains tableaux, installations ou sculptures de l’artiste.

Infra-ordinaire Jusqu’au 27 juillet chez Artvera’s, 1, rue Étienne-Dumont. www.artveras.ch

Créé: 09.05.2019, 19h55

Objet

L’œuvre est simplement punaisée au mur et le papier ondule légèrement, portant une ombre sur la paroi. «Je voulais qu’on n’oublie pas que le journal est aussi un objet», explique l’artiste, qui est arrivée pour cette pièce à la fin d’un rouleau. Les bords s’en retrouvent un peu irréguliers, comme le sont parfois les pages d’un quotidien après avoir été feuilletées.

Écho

À chaque sujet fictif fait écho une œuvre réelle, déjà faite ou en devenir. À la galerie Artvera’s, on peut admirer un tableau très similaire à celui qui illustre la découverte aux rayons X d’une peinture de Nicolas Poussin sous une tapisserie d’Aubusson. Les recherches actuelles de la plasticienne portent sur les stalactites, qui apparaissent à gauche dans la grotte.

Intime

Cette photo à l’envers est extraite d’une vidéo dans laquelle apparaît Laetitia de Chocqueuse lorsqu’elle avait 18 ans. Elle compose une sorte de mobile aérien avec l’image de l’intérieur d’une église romane et celle d’un bout de livre portant sur le Palazzo Schifanoia, en Italie. Cette mosaïque visuelle issue des archives de sa créatrice renvoie d’avantage au journal intime qu’au journal entendu comme support d’information.

Mot-valise

«L’Émanticipation» joue sur «émancipation» et «anticipation», termes qui évoquent le temps du progrès et de la libération – deux titres de presse par ailleurs existants. Si ce mot-valise semble ouvrir une porte sur l’avenir, son élan est pourtant contredit par un graphisme rétro qui rappelle celui du «Monde».

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