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John Armleder fait planer ses caquelons sur Bruxelles

L’iconoclaste plasticien genevois expose ses créations avec celles de ses proches à la Fondation CAB, proposant un réjouissant voyage à travers l’abstraction géométrique.

Vue de l'exposition «Alentour. A project by John Armleder».
Vue de l'exposition «Alentour. A project by John Armleder».
Courtesy Fondation CAB/Lola Pertsowsky
Vue de l'exposition «Alentour. A project by John Armleder».
Vue de l'exposition «Alentour. A project by John Armleder».
Courtesy Fondation CAB/Lola Pertsowsky
Poul Gernes, «Untitled», 1966-68, laque sur masonite. Courtesy collection John Armleder.
Poul Gernes, «Untitled», 1966-68, laque sur masonite. Courtesy collection John Armleder.
Courtesy Fondation CAB/Lola Pertsowsky
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Sous la voûte Art déco de la Fondation CAB, un sofa vintage et potelé en cuir blond patiente sous une toile traversée d’une ligne ciel. Avec cette quintessence de salon, John Armleder offre au visiteur une version 2019 de ses célèbres «Furniture Sculptures». Ces mariages de meubles vintage avec des tableaux quasi monochromes peints de sa main, dont il a conçu les premiers spécimens il y a quarante ans, questionnent les notions d’auteur, d’autonomie et de banalisation de l’œuvre par le prisme du décoratif.

L’artiste genevois a reçu carte blanche pour imaginer une exposition qui réponde à l’ambition du lieu d’être «une plateforme d’échange autour de l’art minimal», selon son fondateur, le collectionneur belge Hubert Bonnet. À la fois commissaire et participant, John Armleder a choisi comme point de départ l’abstraction géométrique et ses représentants helvétiques emblématiques, des années 60 à nos jours, en les appariant avec des artistes internationaux les ayant précédé ou travaillant dans leur sillage.

Voyage au pays des coïncidences

Baptisée «Alentour» et portant le facétieux sous-titre de «caquelons volants», l’accrochage s’apparente à un voyage plein d’humour au pays des coïncidences, des voisinages incongrus – mais heureux – et de l’amitié. «J’y montre des choses faites par des gens qui me sont proches, des amis, avec qui j’ai travaillé ou vécu, explique le chef d’orchestre. Le reste est issu de ma collection personnelle.»

Le propos s’articule en deux parties. Organisée en miroir autour d’une paroi qui fend l’espace en diagonale, la vaste salle principale se consacre aux travaux du maître, escortés de ceux du Suisse Stéphane Kropf et de l’Américain John Tremblay, dans un chœur à trois voix où dialoguent formes et matières. Les toiles du Lausannois jouent avec la perception du spectateur, l’immergeant dans une illusion d’optique: l’impressionnant «Duane (a tribute)» par exemple, composé d’hexagones concentriques juxtaposés les uns aux autres, vibre tant à l’œil qu’il l’empêche de se focaliser sur un seul point, tout en formant, lorsqu’il est observé de loin, une moire remarquable. Quant aux pièces en bois de l’artiste né à Boston, elles évoquent, malgré leur grand format, de délicats rouages. Dessinées à la scie sauteuse, ces dentelles de contreplaqué portent des touches de couleurs au spray.

À l’arrière, une seconde section réunit une douzaine d’œuvres sur une paroi rubis qui plonge le visiteur dans une ambiance d’alcôve. «Il s’agit d’une référence aux expositions classiques, souligne John Armleder. Au XIXe siècle, on organisait les accrochages en nuage sur des fonds de couleur.» On y croise des pionniers de l’abstraction géométrique, comme le Britannique Ralph Rumney, ou l’Américaine Elaine Lustig Cohen, aux rigoureuses compositions desquels fait écho les séries de lignes tracées par de leurs cadets, tels les Romands Philippe Decrauzat et Fabrice Gygi.

Fondue subtile et foisonnante

Un hexagone en céramique blanche de la Genevoise Mai-Thu Perret apparaît comme un souvenir de ceux de Stéphane Kropf, tandis que le récent «Candy» de Sylvie Fleury, présentant un rond rose irisé sur fond noir et jouant avec l’idée du fard à paupières, renvoie aux quatre points colorés peints à la laque par le Danois Poul Gernes au milieu des années 60.

C’est une fondue subtile et foisonnante que John Armleder a mitonnée dans ses «caquelons volants», qu’il a d’ailleurs dessinés en quatre exemplaires sur le carton d’exposition. Dans un entretien fictif rédigé pour la Fondation CAB, le plasticien genevois justifie la présence de cet emblème de la culture fromagère helvétique, à sa façon drolatique et délicieusement absconse: «La fondue est peut-être moins une substance qu’un processus et une géométrie, avant qu’elle ne se fige et qu’elle se transforme en «religieuse», selon la dénomination traditionnelle de ce reliquat croûteux qui constitue évidemment l’apogée de cette recette.»

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Alentour, Jusqu’au 22 juin à la Fondation CAB, 32-34 rue Borrens, Bruxelles. Ouvert me-sa de 14 h à 18 h. www.fondationcab.com

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