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Joël Dicker dompte le «Tigre» de sa jeunesse

L’auteur genevois publie un conte très joliment illustré, qu’il a écrit à 19 ans. En librairie le 20 mars.

A 33 ans, Joël Dicker a un peu lifté «Le Tigre» avant de publier ce conte écrit lorsqu’il vivait à Paris.

Alors qu’il œuvre sans relâche à l’écriture d’un nouveau roman, Joël Dicker publie «Le Tigre», un récit de jeunesse rédigé lorsqu’il avait 19 ans. L’auteur a toiletté ce joli conte, dont l’intrigue se situe en Sibérie au début du XXe siècle; son éditeur espagnol l’a fait illustrer par un dessinateur de talent, David de las Heras; et voilà l’écrivain genevois de 33 ans à nouveau en tête de gondole dans les librairies. De quoi nourrir dès le 20 mars l’impatience de ses fans affamés.

Rencontre au boulevard du pont d’Arve, chez Saveurs d’Italie, la cantine de Joël Dicker, entre ristretto, barolo et parmesan.

C’est avec «Le Tigre» que tout a commencé. Diriez-vous que ce conte a révélé votre vocation?

En un certain sens, oui, même si j’écris depuis tout petit. Car vers 14, 15 ans, je lisais Ken Follett, qui m’a appris la lecture-plaisir, et je voulais rédiger un gros roman. Mais je me suis vite heurté aux difficultés: comment commencer, finir, construire des personnages, mener l’intrigue? J’en étais incapable. «Le Tigre» a été une étape cruciale. C’est le premier texte que je suis parvenu à boucler, avec un début, une fin qui tient la route, de la matière, un personnage travaillé.

Ivan, votre héros, est animé par une soif de reconnaissance et d’argent. Aviez-vous faim de cela, à 19 ans?

(rires)C’est bien me connaître que m’imaginer paradant dans les rues de Genève vêtu d’un manteau en peau de tigre! Le parallèle entre lui et moi se situe plutôt du côté de l’ambition de faire ce que l’on a envie. Un jour Ivan se dit: je veux y arriver! Mais je le vois mû par de mauvaises raisons. Intervient ici la tradition morale et moralisatrice du conte russe.

Vous souvenez-vous dans quel état d’esprit vous avez rédigé «Le Tigre»?

Je venais de passer ma maturité à Genève. Comme je n’avais aucun appétit pour les études, je suis parti à Paris suivre le Cours Florent d’art dramatique. Je vivais dans le Marais, au 26 de la rue Saint-Paul, et j’écrivais le soir. C’était une période importante, car s’est enclenché là un processus par lequel je travaille et je vis toujours: quand je ne sais pas quoi faire, j’avance dans un sens pour comprendre que ce n’est pas là que je dois aller. J’ai vite saisi qu’acteur, ce n’était pas pour moi. Que j’avais besoin d’un filet de sécurité, d’un «vrai» métier. Je suis rentré à Genève, j’ai étudié le droit comme une évidence, et c’était le bon choix.

Pourquoi éditer un récit de jeunesse maintenant?

Au départ, il y a l’envie de mon éditeur espagnol, qui m’a demandé: «Tu n’aurais pas un écrit de jeunesse que tu aimerais publier?» Ils aiment bien ça, les éditeurs, cela leur fournit du matériel promotionnel. Les journaux demandent des interviews à l’auteur, mais aussi des contributions sous forme de textes. On pratique peu ainsi en Suisse ou en France, mais les Italiens et les Espagnols en sont friands. Mon éditeur espagnol a élaboré un projet avec des illustrations de David de las Heras, créé un petit livret; nous avons été enthousiasmés, Bernard de Fallois et moi, et Bernard m’a dit: «Il faut absolument le faire!» La publication a tardé en raison du tournage de la série télé «Harry Quebert», puis Bernard est décédé.

Êtes-vous satisfait du résultat?

Très. Je trouve les illustrations superbes. Cette édition nourrit mon amour des beaux livres, mon esthétisme, mon goût pour l’image, l’illustration et l’objet.

«Le Tigre» est-il destiné aux adultes ou aux enfants?

Je l’ai écrit entre l’enfance et l’âge adulte, mais cela ne lui donne pas les qualités nécessaires pour être lu sur les deux registres. Rédiger un bon livre pour enfants implique que l’on soit adulte, et capable de retrouver sa perception d’enfant. J’en suis encore loin. Peut-être est-ce un talent qu’on peut développer. Mon modèle dans le genre? Roald Dahl.

Avez-vous réécrit le texte?

Je l’ai repris, mais pas trop. Il ne fallait pas le dénaturer. Conserver l’authenticité, les travers de jeunesse, la fébrilité de l’écriture, juste gommer ce qui n’allait vraiment pas. Et ce n’était pas si simple. Je l’écrirais aujourd’hui, «Le Tigre» aurait une fin toute différente.

Rappelez-nous votre lien avec la Russie et la littérature russe…

La littérature russe est pour moi celle du roman: un monde de personnages, de couleurs et d’odeurs. Une vie dans la vie. La Russie du «Tigre» est celle de mes ancêtres. Le grand-père de mon père, Jacques Dicker, vivait en Crimée, il était révolutionnaire. Il a été déporté par le tsar en Sibérie, s’est enfui. Réfugié à Genève, il y a fait des études de droit. La grand-mère de ma mère, elle, dansait à la cour du tsar. C’était une aristocrate de Saint-Pétersbourg. L’un a fui la Russie à cause du tsar, l’autre à cause de la Révolution! Je garde de cette Russie-là une image fantasmagorique et romanesque.

Pour réussir, Ivan doit prendre le risque d’être ridicule. Il doit s’exposer. Un parallèle avec Joël Dicker qui écrit?

Peut-être un parallèle avec l’auteur que je suis aujourd’hui… mais plus encore avec ce jeune homme – moi à 19 ans – plein d’incertitudes, pris dans cette confrontation entre l’envie de devenir écrivain et l’opinion courante: ce n’est pas un métier.

Sont-ils jumeaux, Ivan et le tigre qu’il chasse?

Il y a, c’est vrai, une forme de gémellité. Une passion commune, un lien. A la vie, à la mort.

Êtes-vous en train d’écrire un nouveau roman?

Oui. Je me suis interrompu un moment avec joie pour «Le Tigre», mais je suis une fois encore confronté à mes difficultés habituelles quand j’écris un roman…

«Le Tigre»de Joël Dicker, illustrations de David de las Heras, Éditions de Fallois, 64 pages. En vente dès le 20 mars.

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