La jeune BD genevoise prend son envol

ExpositionTalents à suivre, Hugo Baud et Jeff Délez ont été lauréats, en 2018 et 2019, d’un Prix Töpffer.

Une illustration d’Hugo Baud, «À l’ombre», montrée en l’Île.

Une illustration d’Hugo Baud, «À l’ombre», montrée en l’Île. Image: DR

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Talents à suivre. Le premier s’appelle Hugo Baud, il expose en ce moment en l’Île. 25 ans, et déjà une belle personnalité graphique, dans le sillage de son frère Thomas, artiste également. Le second, c’est Jeff Délez, 23 ans en mars, coup de crayon bien affirmé lui aussi. Le point commun de ces doués du dessin? Tous deux ont obtenu, à une année d’intervalle, le Prix Töpffer de la jeune bande dessinée, une distinction attribuée à des auteurs locaux n’ayant pas encore publié. Autres similitudes: un trait fin et un univers expérimental à la liberté assumée. Des qualités qui ne devraient plus laisser longtemps les éditeurs indifférents.

Aux cimaises de la galerie Papiers Gras, Hugo Baud dévoile des travaux récents, fruits de ses deux ans passés à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration (Esbdi). L’acrylique tutoie l’encre de Chine, l’aquarelle et les crayons de couleur à travers une vaste série d’illustrations et de planches originales. «J’aime expérimenter, tester de nombreuses techniques et les mélanger», explique l’intéressé devant une tasse de café. Désormais étudiant en Bachelor à la HEAD, il se sent à l’aise avec un nombre grandissant de formats et de contraintes. «Mon dessin possède une meilleure tenue, la composition se révèle plus juste. J’arrive de plus en plus à retranscrire sur le papier ce que j’imagine.»

Dans la tête d’Hugo Baud, les idées fourmillent, parfois inspirées par l’illustrateur et auteur de bandes dessinées américain Benjamin Marra, les films de David Lynch, des frères Safdie ou du cinéaste sud-coréen Hong Sang-soo. «J’apprécie aussi beaucoup l’art contemporain. Quand je me balade dans des expositions, cela me fait travailler l’imagination.» Son univers à lui apparaît contemporain, plutôt épuré, avec des personnages cocasses aux vies contrastées. «J’aime bien mélanger une trame réaliste avec de grosses absurdités.»

Après trois tentatives infructueuses, il a su convaincre le jury du Prix Töpffer en 2018 avec «Swimming with sharks», une BD très peu classique mêlant traits grossiers au feutre et tampons enfantins. Un projet qualifié d’«inclassable, provocateur et talentueux». «Des adjectifs flatteurs qui correspondent à ce que je fais. Le prix m’a donné confiance et clarifié dans ma tête la direction que je voulais prendre.» Lauréat du Prix Papiers Gras 2019 pour l’Esbdi, Hugo Baud a de l’avenir. «Je ne sais pas si je parviendrai à vivre de mon art, mais ce dont je suis sûr, c’est que n’arrêterai jamais de dessiner ou de peindre.»

Jeff Délez, pour sa part, a séduit les jurés du Prix Töpffer avec «Quelques bribes éparpillées par-ci, par-là». Un titre à rallonge pour un projet opérant une réflexion sur le rapport à l’espace et le médium du dessin. «Une sorte de journal personnel tiré de croquis réalisés au jour le jour», relève ce titulaire d’un Bachelor en communication visuelle à la HEAD, actuellement en stage dans un atelier de graphisme à Genève. «Mon idée, c’était de symboliser, à travers un récit plutôt éclaté, les impressions qui restent après certains rêves. Un travail sur le détail et l’anecdote, dans lequel j’ai glissé des souvenirs récurrents, comme une feuille d’arbre ramassée dans mon enfance, ou des formes abstraites évoluant au fil du propos.»

L’idée a plu, de même que les nombreuses trouvailles graphiques et textuelles, associant notamment l’infiniment petit et l’infiniment grand. Né dans une famille qui lisait de la bande dessinée plutôt classique (Mafalda, les Peanuts, Gaston Lagaffe), Jeff Délez a appris à apprécier une forme de BD plus expérimentale. À terme, il aimerait continuer à raconter des histoires en images. Une conviction renforcée par le Prix Caran d’Ache/HEAD 2019 remporté avec le même projet. La preuve d’un beau potentiel.


Exposition Hugo Baud
Jusqu’au 22 février,
galerie Papiers Gras, place de l’Île 1,
du lundi au vendredi de 12h à 19h, et le samedi de 10h30 à 18h

Créé: 29.01.2020, 15h15

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