La jeune bande dessinée genevoise met Wagner en cases

Art visuel et musiqueEn partenariat avec le Grand Théâtre, 29 étudiants de l’ESBDI ont planché sur la Tétralogie du «Ring». Résultat original et parfois décalé.

Une des pages de Rebecca Traunig, réalisée pour

Une des pages de Rebecca Traunig, réalisée pour "La Walkyrie". Une approche classique, qui a séduit le jury chargé d'attribuer des prix à quelques uns des travaux réalisés par les étudiants de l'ESBDI. Image: Rebecca Traunig

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Le pari était gonflé. Ils l’ont tenu avec brio. En partenariat avec le Grand Théâtre, 29 étudiants de l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration de Genève (Esbdi) ont adapté en cases et en bulles rien moins que l’imposante «Tétralogie» de Wagner. Une version revue et corrigée de «L’or du Rhin», «La Walkyrie», «Siegfried» et «Le crépuscule des dieux», à découvrir dès le 12 février dans le programme imprimé pour la reprise de cette production du «Ring», qui signe la réouverture de la célèbre institution sise à la place Neuve.

«Le résultat dépasse nos espérances», se félicite Alain Duchêne, en charge de la communication du Grand Théâtre. «Les étudiants de l’Esbdi ont réalisé un travail extraordinaire, où les aspects classiques voisinent avec des visions plus décalées, également très intéressantes.» Initialement, les responsables de la maison lyrique genevoise, dont Tobias Richter, directeur général, se sont interrogés sur la manière d’amener un nouveau public à l’opéra. Pourquoi pas au travers de la bande dessinée? Et pourquoi pas en associant des auteurs en devenir à Wagner, un des monstres sacrés de la musique d’opéra?

«C’était un challenge de taille, un gros mandat pour des jeunes gens qui n’avaient pour la plupart jamais été à l’opéra», commente Patrick Fuchs, doyen de l’Esbdi. Intégré au cursus académique de l’école, le projet a très vite suscité l’enthousiasme. «L’ambiance générale du «Ring» n’est pas très éloignée de celle du «Seigneur des anneaux», ou de certaines séries avec des personnages récurrents.»

Durant deux mois, les élèves de l’Esbdi ont planché sur le sujet sous le regard attentif de leurs professeurs de bande dessinée, d’écriture et de scénario. Marie-Christophe Ruata Arn et Pierre-Louis Chantre ont décortiqué le texte. De leur côté, Tom Tirabosco, Isabelle Pralong, Nadia Raviscioni et Yannis La Macchia ont supervisé l’aspect graphique. «Nous leur avons présenté l’œuvre dans sa totalité, en dégageant les grands axes narratifs», explique Patrick Fuchs. Le making-of du «Ring» présenté il y a trois ans a été diffusé en classe, et le dramaturge Daniel Dollé est venu répondre aux questions, histoire de bien synthétiser les problématiques abordées par Wagner.

Au final, les étudiants de 1re année se sont chargés de «L’or du Rhin» et de «La Walkyrie», ceux de deuxième année s’occupant de «Siegfried» et du «Crépuscule des dieux», tous s’adaptant à la contrainte de base: produire quatre pages de bande dessinée et une couverture. Résultat? Une diversité bienvenue tant dans l’approche visuelle que narrative. Au crayon, à l’encre de Chine, au Neocolor, à l’aquarelle voire à la tablette numérique, les travaux présentés font preuve d’originalité. Certains, telle Sophie Morand dans «Le crépuscule des dieux», se tiennent relativement près du texte, sachant que de nombreuses coupes seront de toute manière nécessaires. D’autres s’en éloignent radicalement, à l’image de Melvyn Fracheboud dans son interprétation de «L’or du Rhin», qui utilise un langage résolument «djeun» (bollos, wesh, trop stylé) pour faire s’exprimer les personnages. «Vous nous filez la meuf?» interroge ainsi son Fafner, à propos de Fréia, la gardienne de la vie éternelle. Le noir et blanc côtoie la couleur, et la BD animalière fait bon ménage avec le style réaliste.

«Ces 29 propositions montrent la diversité et les potentiels de la bande dessinée aujourd’hui», conclut Patrick Fuchs. Huit travaux ont été primés, auxquels s’ajoute un prix du public. Toutes les planches seront exposées à Lucerne, au Musée Wagner dans le cadre du festival Fumetto (6 au 14 avril). Et toutes sont visibles sur le site du Grand Théâtre: geneveopera.ch/ring-bd.

Créé: 29.01.2019, 16h16

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