Jean Stern: «Nous avons besoin de vide et d’espace»

Ouvragesans le socle revient sur le programme d’art dans l’espace public de la Haute Ecole d’art et de design.

Peinture fluorescente et graviers sur la plaine de Plainpalais, imaginé par Yoann Mathurin.

Peinture fluorescente et graviers sur la plaine de Plainpalais, imaginé par Yoann Mathurin. Image: VILLE DE GENEVE/ALAIN GRANDCHAMP

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Voici dix ans que la Haute Ecole d’art et de design (HEAD) sort de ses murs. En 2004, ALPes – pour Art, Lieu, Paysage et espaces sonores – est créé au sein de l’école. Laboratoire ouvert à tous les étudiants, son but est de répondre à des commandes d’interventions dans l’espace public. Le Genevois Christian Robert-Tissot a repris les rênes à la suite de Jean Stern. Pour conclure un cycle, l’ancien enseignant a dirigé avec Ivonne Manfrini sans le socle, une publication sous forme d’état des lieux.

Jean Stern, quelles sont les particularités de ce programme?

ALPes permet de sortir de sa tour d’ivoire, de l’atelier, de l’école pour rencontrer un public, représenté par le commanditaire. C’est aussi un art de la négociation et un lieu où les utopies rencontrent le réel. Ce sont des projets qui prennent du temps. Il faut compter une année entre les recherches, le concours et la réalisation.

De qui proviennent les commandes?

Nous travaillons beaucoup pour des institutions publiques. En 2010, le magistrat Rémy Pagani nous a lancés sur le chantier de la plaine de Plainpalais. Son idée était de réaliser des événements qui ponctuaient les travaux, avec un dispositif de barrières ouvertes pour permettre aux habitants de continuer à avoir accès aux lieux. Un étudiant avait par exemple coloré des monticules de gravats. Ces tas se sont déplacés quelque temps, avant leur disparition dans le sous-sol de la plaine.

Quelle est la durée de vie de ces projets?

La plupart sont éphémères car les réalisations pérennes demandent davantage de temps. Et nous ne souhaitons pas concurrencer les artistes établis. Il y a eu quelques exceptions, comme un projet à l’Office cantonal de la population et à la Clinique de la Colline.

Comment l’art dans l’espace public a-t-il évolué?

Son rôle a longtemps été de décorer, de commémorer. On le constate avec les statues autour de nous. Aujourd’hui, l’artiste a une autre fonction, celle de créer du lien social, de poser des questions. L’artiste peut faire apparaître des choses invisibles. Pour cela, il doit apprendre à regarder la ville, en allant chercher ce que personne ne voit, pour faire comprendre la cité autrement.

Les statues ont laissé la place à un art plus discret, celui de l’infiltration?

Oui, car nous avons besoin de vide et d’espace. Berlin, malgré son lourd passé, est très fort là-dedans. Chaque couche de l’histoire est signalée discrètement, comme par exemple avec ces noms de juifs déportés inscrits sur des pavés. Ce sont des gestes poétiques, qui font parler la ville.

De quand date ce changement?

Robert Filliou avait proposé dans les années 70 de procéder à un échange des monuments aux morts entre la France et l’Allemagne. Dès lors, de nombreux artistes ont travaillé sur le minuscule, l’intervention éphémère, à un moment où la ville souffrait de trop de signes.

sans le socle, sous la dir. d’Ivonne Manfrini et Jean Stern, coédité par la HEAD et art & fiction publications. (TDG)

Créé: 23.04.2015, 19h37

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