Jean Piat, l’amour des planches jusqu’au bout

DisparitionMonstre sacré du théâtre, le comédien s’est éteint mardi à l’âge de 93 ans.

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Pour la gent féminine des années 60, Jean Piat représentait une sorte d’idéal de séduction. Le regard intense, les yeux bleus, le port altier, la voix grave, une stature virile, il avait ce qu’on appelle un physique. Décédé mardi, cinq jours avant ses 94 ans et huit mois après sa compagne, la romancière Françoise Dorin, Jean Piat aura marqué plusieurs époques tout en restant un homme étonnamment discret. Le comédien fut souvent décrit – c’était le cas, mercredi, dans toutes les dépêches relatant son décès – comme un monstre sacré. Fait plus rare, parmi tous les acteurs de théâtre de l’Hexagone, il est l’un des seuls à avoir joui d’une popularité aussi forte durant toute sa carrière, qui couvre mine de rien près de sept décennies. Une célébrité imputable à certaines compositions dans des feuilletons – qu’on n’appelait pas encore séries – comme son interprétation de Robert d’Artois dans le cultissime «Les rois maudits», tiré de l’œuvre de Maurice Druon.

Tout le répertoire classique

Des premières années de Jean Piat, né le 23 septembre 1924 dans le nord de la France, on connaît une passion pour le football, qu’il pratiquera en amateur jusqu’à ses 18 ans, puis un amour du théâtre qui lui fera intégrer la Comédie-Française dès 1947. De cette époque ingrate en images pour ceux qui ne tournent pas dans des films, on constate, à travers la théâtrographie de Jean Piat, une évidente prédilection pour le répertoire classique. Il joue Hugo, Marivaux, Rostand, Beaumarchais, Musset ou Molière, enchaînant les spectacles durant presque vingt ans. Devenu sociétaire de la Comédie-Française, il finit pourtant par la quitter, le 31 décembre 1972. Le mitan des années 70 est aussi la période la plus faste de sa carrière, puisque le petit écran s’empare de lui et que «Les rois maudits» conforte une popularité dont l’acteur avait pu déjà jouir lors de plusieurs diffusions d’«Au théâtre ce soir», notamment celle d’«Un fil à la patte» d’après Feydeau, que Jacques Charon avait mis en scène. En parallèle, Jean Piat se fait un nom au cinéma, marchant en quelque sorte sur les plates-bandes de Jean Marais, héraut d’un cinéma de cape et d’épée dans lequel ce dernier cascadait sans doublage. Le rôle de Lagardère, décliné à la fois comme une minisérie et deux longs-métrages condensés, sera pourtant l’une des seules prestations mémorables d’un comédien qu’on sentait peu tenté par les contraintes du septième art. Il se contentera de courtes apparitions dans «La Voie lactée» de Buñuel ou dans «Le passager de la pluie» de René Clément, tous deux en 1969. Homme de théâtre avant toute chose, il n’était heureux que sur les planches. Après son départ de la Comédie-Française, en 1973, il se diversifie avec d’autres metteurs en scène, comme le comédien Michel Roux, qui l’installe dans «Le tournant», d’après une Françoise Dorin qui deviendra la compagne de l’acteur. Piat tâte alors du boulevard et y prend goût, créant ensuite «Même heure, l’année prochaine», mis en scène par un certain Pierre Mondy, avant de revenir au classique du vaudeville qu’est «Le dindon», d’après Feydeau, qu’il jouera en 1984. Deux ans plus tard, il enfile le costume de cet «Homme de la Mancha» qu’avait créé Jacques Brel dix ans plus tôt, dirigé par Jean-Luc Tardieu. Mais dans l’intervalle, la télévision est repassée par là, et le sieur Jean Piat s’illustre dans «Schulmeister, espion de l’empereur» (1974), autre série de l’âge d’or de l’ORTF.

La voix de Gandalf

Visage désormais aimé du grand public, l’acteur restera au top de ce qu’on peut appeler le grand théâtre populaire, celui des galas Karsenty, qui passait toujours par Genève et y faisait salle comble. Il en ira ainsi jusqu’à la fin de sa carrière. En 1989, le comédien rend hommage à Guitry dans un spectacle qui sera repris plusieurs fois. Il jouera également Salieri dans «Amadeus», pièce qui a d’ailleurs inspiré le film de Forman, adaptera Bill C. Davis dans «L’affrontement» et écrira lui-même «Pièces d’identité». Ces dernières années, les jeunes générations avaient même pu faire sa connaissance, puisqu’il prêta sa voix à Gandalf, dans «Le seigneur des anneaux» puis dans «Le Hobbit», pour le doublage des deux trilogies. Il y a tout juste un an, il était remonté sur les planches pour «Love Letters». «Je ne pense pas au prochain rôle. (…) Je pense au cimetière. C’est peut-être la dernière pièce que je joue», avait-il alors affirmé à Europe 1. Jean Piat était également officier de la Légion d’honneur, commandeur des Arts et Lettres et grand-croix de l’Ordre national du Mérite.

Créé: 19.09.2018, 18h00

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