«J’arrive à leur expliquer leur propre mode d’emploi»

LivreLa psychothérapeute Solène Laurenceau décode le cerveau des surdoués dans un nouvel ouvrage.

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Pour rejoindre le cabinet de Solène Laurenceau à Conthey, les explications sont précises jusqu’à se chiffrer en pas: 30 du trottoir à sa porte. Ses petits et grands patients apprécient des indications claires, explique la psychothérapeute qui travaille depuis une vingtaine d’années avec les personnes surdouées, ou comme on dit aujourd’hui, à haut potentiel (HP). Formée à l’Université de Genève en psychologie de l’enfant auprès de Jean Piaget, elle a observé lors d’une expérience en milieu hospitalier que «certains patients au lourd passé psychiatrique avaient en fait 160 de quotient intellectuel (Q.I.). Simplement la réalité est différente dans leur mode d’organisation, de comportement, de relation.» Elle-même maman de deux enfants HP, elle s’est passionnée pour la richesse de ces personnalités dont elle décode les mécanismes dans un nouvel ouvrage, «Mon cerveau ne s’arrête jamais. Hauts potentiels, mode d’emploi». «Je trouve enthousiasmant la manière dont ils fonctionnent. J’essaie d’être une traductrice de leur mode de pensée. J’arrive à leur expliquer leur propre mode d’emploi qui leur manque.» Entretien.

Qu’est-ce qui définit aujourd’hui une personne à haut potentiel?
Actuellement, c’est le passage du test de Q.I. Un score de 70 signifie une déficience intellectuelle, entre 90 et 110, une intelligence de la norme de la population, au-delà de 130, c’est un HP. C’est le moyen reconnu pour définir son profil pour une école ou une structure spécialisée.

Que pensez-vous de ces tests de Q.I.?
Leurs résultats sont souvent galvaudés. Beaucoup de gens disent que c’est un phénomène de mode, que ça n’existe pas. D’autres s’y accrochent comme si c’était très important. Je trouve que nous devons les remettre au bon endroit. Le plus important pour ces enfants et l’humanité de demain est de savoir comment utiliser cette intelligence, comment la mettre au service du quotidien. Faire passer le test aux enfants a du sens quand ils sont en souffrance ou quand il y a une nécessité de sauter une classe. L’adulte le fait pour expliquer pourquoi il a tant souffert. Et c’est là où il peut y avoir une méprise. La souffrance vient parfois de l’environnement, parfois de l’estime de soi qui se construit pendant les 20 premières années, parfois des familles. Le test n’explique pas tout.

Comment identifiez-vous un HP?
Je le vois très vite chez certains. Par exemple, à la façon dont un petit de 4 ans me dit bonjour en entrant dans mon cabinet. Il va pencher la tête par mimétisme, répéter la même intonation, tel un copier-coller. En plus, il ajoute une petite pointe d’humour à la fin et là, je sais qu’il y a de grandes chances de HP. Si l’on a l’habitude d’étudier l’être humain, on peut l’observer sur un bébé dans son couffin. Il a une manière de traverser les objets avec le regard et de scanner l’environnement. Encore un autre exemple: chaque phrase que je vais dire, l’enfant va l’analyser avec une puissance différente des autres et me poser d’autres types de questions.

Ils sont différents d’un point de vue neuro-anatomique?
Oui, il y a plus de zones du cerveau qui s’allument chez les HP. Certains d’entre eux ont un peu de synesthésie: soit un des cinq sens qui s’associent à d’autres choses qui n’ont rien à voir. Par exemple, le lundi aura le goût de banane ou une lettre de l’alphabet sera perçue colorée. C’est comme si leurs neurones allumaient d’autres aires du cerveau, ils cryptent aussi les informations différemment, dans l’espace, dans la temporalité. Et ils adorent chiffrer.

Comment fonctionnent-ils?
Je distingue deux tendances de HP que je décris avec une métaphore animalière (lire encadré). Pour les premiers, il faut trouver le bon code d’accès à leur cerveau. Leur organisation intérieure obéit à une certaine méthodologie. Elle est compliquée mais avec une structure redondante et régulière. L’organisation des autres est beaucoup plus créative, unique et rapide. Cependant chaque cas reste unique. Certains vont aller beaucoup trop vite par rapport aux autres, mais cela dit le résultat est juste, tandis que d’autres vont sembler beaucoup trop lents. Le décalage n’est pas compris. Prenez Einstein, il était décalé, ne jouait pas comme les autres, pourtant il était excessivement puissant quand il a développé sa théorie de la relativité. Je tiens à préciser que nous retrouvons ces deux grandes tendances chez tout le monde, mais chez les HP, c’est en taille XXL. Leurs référentiels sont différents.

Chiffrer les choses facilite l’échange?
En thérapie, par exemple, je vais passer par le référentiel du système solaire, de la mécanique quantique, des cristaux ou de la préhistoire pour communiquer et souvent je vais tenter de chiffrer. Et alors là, leur cerveau adhère beaucoup plus vite. Il va se dire que c’est logique et mathématique.

Vous dites qu’il est important de stimuler l’effort. Pourquoi?
Certains vont faire 2% d’effort sur les choses du quotidien et 200% sur des détails. Il est important qu’ils arrivent à trouver un équilibre au sein d’une classe ou d’une entreprise. Ces cerveaux-là me disent: «je dois avoir de la motivation pour avancer». C’est faux. On ne peut pas vivre avec une motivation à 100% tout au long de l’année. L’idée est d’arriver à dépasser leur besoin de dopamine, d’adrénaline et de neurotransmetteurs qui surboostent leur cerveau parce qu’ils aiment ça. Avec d’autres référentiels, en hypercomplexifiant l’approche, on peut ensuite leur apporter un semblant de sens. L’effort devient une vérification scientifique du métrage. Enfin ces enfants-là ont aussi besoin d’une cohérence plus grande pour amorcer l’effort. (TDG)

Créé: 25.05.2019, 19h18

Deux familles de HP aux critères différents

Solène Laurenceau utilise dans son ouvrage la métaphore animalière pour décrire les deux grandes tendances de hauts potentiels qu’elle reçoit dans son cabinet. Morceaux choisis.

Le pingouin:
«Il a besoin de toutes sortes de modes d’emploi pour fonctionner. Légèrement ou grandement «patauds», il ressemble parfois à un autiste mais ne l’est pas. Il est long à éduquer. Parfois réservé, souvent décalé, il semble timide mais ne l’est pas: il pense. Ses pensées l’enferment, il semble ne pas capter des détails que tout le monde a spontanément vus et entendus. Lui est en plein traitement d’informations cognitives internes.

La moindre microfaille de n’importe quel mode d’emploi, d’un détail non congruent avec l’ensemble du système stoppe son cerveau et le force à la traiter pour retrouver sa cohérence intérieure.»

Le polatouche (écureuil volant):
«Il déteste les modes d’emploi, les règlements, les recettes à suivre, les démonstrations à apprendre. Rêveur, positif, ultracréatif, il est difficile à accompagner dans tout ce qu’il voudrait expérimenter. Il a toujours des idées. Dès qu’il s’ennuie, il va non seulement bouger, en tant qu’enfant, de manière inappropriée, mais il va sortir des idées impossibles à assumer au fil de ses créativités.

Le plus difficile est de lui imposer des limites, fait qu’il déteste. Très en mouvement, il est passionné par la moindre chose qui passe. Il ne se préoccupe pas vraiment de l’avis de tous: il crée, au gré de ses envies. On me l’amène parfois au cabinet avec des diagnostics d’hyperactifs erronés, il secoue les autres et bouge comme un polatouche pourrait le faire en pleine forêt, simplement parce qu’il en a… envie». R. M

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Le livre

«Mon cerveau ne s’arrête jamais. Hauts potentiels, mode d’emploi»
Solène Laurenceau
Éditions Saint-Augustin, 200 pages

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