Passer au contenu principal

Inventez-vous un Hercule!

Fabrice Melquiot signe «Hercule à la plage», la nouvelle création Am Stram Gram mise en scène par Mariama Sylla.

India (Hélène Hudovernik, à droite) imagine les exploits herculéens que ses amis Angelo (Miami Themo), Melvil (Raphaël Archinard) et Charles (Julien George) seraient prêts à réaliser pour elle, la propulsant ainsi au sommet de l’Olympe.
India (Hélène Hudovernik, à droite) imagine les exploits herculéens que ses amis Angelo (Miami Themo), Melvil (Raphaël Archinard) et Charles (Julien George) seraient prêts à réaliser pour elle, la propulsant ainsi au sommet de l’Olympe.
ARIANE CATTON BALABEAU

Juste après «mythologie», dans le dictionnaire, on tombe sur «mythomanie». Seulement, voilà: si le premier fleure bon le nectar et l’ambroisie, le second se fait soigner dans les couloirs lugubres d’un service psychiatrique. On s’en doute, le chantre du rêve, le militant de l’imaginaire qu’est Fabrice Melquiot n’admet pas pareille inégalité de traitement. Pièce après pièce, il n’a de cesse de vanter les vertus de la fiction et les petits arrangements avec un réel par trop étroit.

Dans son nouvel opus, il empoigne directement la légende d’Hercule, le grand, l’héroïque, mais tel que se l’approprie une bande de gamins tout ce qu’il y a d’ordinaires. Quatre mômes aussi inséparables que les points cardinaux: India (alias Stéphanie dans les registres de l’état civil), Melvil, Angelo et Charles auraient pu s’identifier à un banal superhéros de l’univers Marvel, mais non, ils fantasment sur les douze travaux du fils de Jupiter et d’Alcmène.

Comme souvent, c’est la fille qui déclenche l’affabulation: pour arranger son cas, celle-ci est orpheline de mère. Attendre de ses potes qu’ils se démènent pour lui arracher un hypothétique baiser revient pour elle à se projeter en déesse. Mieux, son mythe perso lui permet de se balader dans le temps, d’arpenter les souvenirs heureux qui compensent la perte de sa maman. En somme, sa petite mystification l’aide à vivre. À Avignon où il a été créé en juillet dernier, «Hercule à la plage» a largement séduit tant le public (dès 9 ans) que la presse. Il faut dire que la mise en scène de Mariama Sylla, complice de longue date de l’auteur et directeur d’Am Stram Gram, agrémente joliment le propos. De même que ce dernier fait voler en éclats toute forme de linéarité temporelle, elle brise quant à elle tout repère spatial.

Sur le plateau, de gros troncs figurent selon les besoins des colonnes antiques ou du bois mort gisant sur la plage du titre – et, pour notre quatuor, de la dernière rencontre. Le plus souvent plongé dans l’obscurité ou strié d’éclairs, l’espace permet aux enfants de se cacher, aux fantômes de surgir et aux imaginations de proliférer: un vrai labyrinthe. De plus, par la magie de la technique, le son balaie le plateau comme des vents contraires, sans que sa source ne se laisse situer. Si bien que chacune des quatre dimensions communément admises se voit pliée, tordue, «froissée» dit Fabrice Melquiot.

Comme tous ses spectacles, chacun trouve à s’y repaître. Les petits pourront s’arrêter aux thèmes de l’amitié ou du mensonge, les ados aux potentiels de la mémoire ou aux limites de la normalité. Jusqu’aux esprits scientifiques, qui pourront se féliciter d’un espace-temps conforme aux théories quantiques.

«Hercule à la plage»

Théâtre Am Stram Gram, jusqu’au 17 nov., 022 735 79 24, www.amstramgram.ch. Le texte de Fabrice Melquiot est publié aux éditions La Joie de lire, vernissage le 2 nov. à 16 h.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.