L’Inde contemporaine à l’aune du Râmâyana

PhotographieDepuis six ans, Vasantha Yogananthan tisse par l’image un lien entre le récit fondateur et la réalité du sous-continent. À voir à l'espace Jörg Brockmann à Carouge puis au Musée de l'Elysée à Lausanne.

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Le Râmâyana est, avec le Mahâbhârata, l’un des textes fondamentaux de l’hindouisme et de la mythologie indoue. Rédigé en sanskrit entre le IIIe siècle avant et le IIIe siècle après notre ère, ce poème sacré retrace, en sept chapitres, l’épopée du prince Râmâ, septième avatar du dieu Vishnou, et de son épouse, Sita. Mais ce récit vieux de plus de deux mille ans raconte bien davantage que l’existence exemplaire d’un roi. Il demeure très prégnant dans l’Inde d’aujourd’hui.

C’est ce que constate Vasantha Yogananthan lors de ses premiers voyages dans le sous-continent, poussé par l’envie d’y mener une enquête photographique qui s’écarte du chemin purement documentaire. «Pour me préparer, j’avais lu beaucoup de littérature et de mythes, dont le Râmâyana, explique le trentenaire d’origine franco-tamoule, qui vit à Paris. J’ai découvert que ce conte était encore très présent parmi la population.» En 2013, le jeune artiste, alors âgé de 28 ans, se lance un défi d’envergure: retracer en images le périple de Râmâ du nord de l’Inde au Sri Lanka. Le projet, intitulé «A Myth of two souls», propose une relecture contemporaine de la légende, calquée sur les sept chants qui la structurent. Une sélection de cette aventure photographique est actuellement présentée par Jörg Brockmann dans son espace de la rue des Noirettes, à Carouge. Dès le 20 février à Lausanne, le Musée de l’Élysée accordera à Vasantha Yogananthan, pour cet ambitieux travail, une première exposition personnelle d’envergure institutionnelle.

Paysages enfouis dans la brume

Visuellement, le propos déroge aux cohues bigarrées et à l’architecture grandiloquente que l’on associe souvent à l’Inde. Il développe plutôt, par-delà l’exotisme, une vision poétique du pays et de ses habitants, alternant deux techniques bien spécifiques. Travaillant beaucoup à la chambre, le photographe autodidacte produit, d’une part, des clichés en couleur, dont les teintes douces se déclinent au gré de paysages enfouis dans la brume, de plages mélancoliques et de tableaux de vie quotidienne perdus dans des azurs laiteux.

Ces panoramas conversent avec, d’autre part, des portraits théâtralisés où des figurants choisis sur place rejouent des scènes du Râmâyana, sans se départir de leurs jeans. Réalisés en noir et blanc, ces instantanés sont ensuite colorisés à la main par Jaykumar Shankar, dont la palette affectionne, elle aussi, les tons pastel. «Il s’agit d’un art qu’ont développé les peintres indiens avant l’arrivée de la pellicule couleur, explique Vasantha Yogananthan. Ce savoir s’est transmis de génération en génération, avant de se perdre presque complètement.» Le coloriste a carte blanche pour interpréter l’image; il lui arrive même d’accrocher un fruit à un arbre alors qu’il n’existait pas ou de faire pousser une fleur imaginaire dans un buisson.

Dans «A Myth of the two souls», la fiction s’invite donc dans la réalité, et la réalité dans la fiction. Un pinceau redessine les décors du monde réel, où des individus en chair et en os incarnent des morceaux de légende, dans un pays où la tradition cohabite sans heurts avec l’ultramodernité.

Ce reportage au long cours fait également l’objet de publications, sur un rythme semestriel; quatre épisodes sont déjà sortis de presse aux Éditions Chose Commune, les trois derniers volets sont attendus d’ici à 2020.

Vasantha Yogananthan Jusqu’au 26 février chez Jörg Brockmann, 32, rue des Noirettes, à Carouge. Visite sur rdv: espacejb.com

Dès le 20 février au Musée de l’Élysée à Lausanne: www.elysee.ch (TDG)

Créé: 11.02.2019, 16h15

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