Dire en images les fractures du monde

DécryptageLe photographe Olivier Vogelsang sort un beau livre retraçant vingt-cinq ans de reportages au coeur des conflits et des tourments des hommes.

Image: Olivier Vogelsang

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Il a fait du témoignage la corde sensible de son arc. Depuis vingt-cinq ans, Olivier Vogelsang promène son objectif le long des lignes de faille, pour raconter les bascules du monde. Sa soif de documenter le guide là où la fureur des hommes brise les ponts pour ériger des murs, où la nature déchaînée emporte les vies, où les êtres sombrent dans la béance des drogues. Que ce soit dans les Balkans, en Afghanistan ou en Indonésie, le photographe va à la rencontre de ceux que fragilisent les conflits, l’exil et le drame, pour révéler ces existences «fracturées», comme il dit. «Fractures», c’est le titre de l’ouvrage qu’il vient de publier et qui retrace, en 300 images, un quart de siècle de reportages incisifs.

En onze chapitres, le livre explore chronologiquement cette mémoire photographique, éclairée par des textes. «J’y explique aussi les évolutions du métier», avance celui qui a œuvré pour la presse et longtemps collaboré à la «Tribune de Genève» avant d’en être licencié, il y a deux ans, pour raisons économiques. «Travailler sur le terrain est aujourd’hui bien plus difficile.»

En raison des impératifs sécuritaires, un sévère encadrement a pris le pas sur l’improvisation. Sans parler de la technique: la couleur, apparue dans les quotidiens au début des années 90, puis le digital ont radicalement modifié la réception, la production et la diffusion des images dans les médias. «Fractures» use de ces métamorphoses comme fil rouge formel, le noir et blanc argentique disparaissant peu à peu au profit de clichés couleur réalisés numériquement. Quant à la mise en page des écrits, sur trois colonnes et jalonnée d’exergues, elle rend hommage à celle des journaux. L’image ci-contre sert de couverture au recueil. Elle a été prise en juin 2000 au Sud-Liban, alors que le retrait de l’armée israélienne fait se déplacer la frontière, déchirant de nombreuses familles palestiniennes. Lorsqu’une nouvelle séparation balafre la terre, elle lacère aussi les humains qui l’habitent…

«Fractures, 25 ans de mémoire photographique» Olivier Vogelsang, Till Schaap Édition, 352 p. (TDG)

Créé: 06.12.2018, 17h31

Fermeture

Le site est celui de la porte de Fatima, lieu symbole de la frontière israélo-libanaise depuis mai 2000. La fermeture en est hermétique à l’époque, comme l’attestent blocs de béton, barbelés et guérite militaire. «Je cherche toujours à thématiser ces points de rupture, explique le photographe. Raconter ces peuples voisins qui doivent vivre ensemble, alors qu’une séparation exacerbe les conflits.»

Contraste

L’expression de la femme au centre semble s’être figée entre le désespoir et la prière. Sa bouche ouverte contraste avec les barricades et les murs qui enclosent les protagonistes. «La lumière de midi était dure et crue, relate Olivier Vogelsang. Au début, son visage était dans l’ombre. Soudain, elle l’a levé et il s’est éclairé, comme par enchantement.»

Émotions

Les clôtures empêchent les corps de se rencontrer. Les mains, toutefois, se rejoignent sur le fil de fer, s’agrippant au grillage malgré ses ronces d’acier pour y aménager une trouée de liberté qui laisse passer le regard, la parole et les émotions. La régularité abrupte des lignes dessinées par la frontière est désordonnée par la vie qu’elle entend soumettre. La matière humaine y dessine comme une vague vibrante, soulignée par les ondulations des voiles immaculés.

Retrait

L’homme paraît en retrait, moins intensément pris dans le sentiment. Son attitude un peu passive focalise l’attention du spectateur sur le duo féminin, qui suscite des souvenirs à l’auteur de la photo: «J’ai souvent vu, dans les conflits, des femmes très courageuses, qui devaient mener leur vie seules, parce que leur compagnon était mort ou avait pris les armes.»

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