L’image se fait mobile au Centre d’art contemporain

Manifestation Mêlant performances, films et installations multimédias, la 15e édition de la Biennale de l’image en mouvement (BIM) s’ouvre aujourd’hui

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Voilà un objet fort original dans le monde de l’art contemporain genevois, voire dans le monde de l’art tout court. Car la BIM (Biennale de l’image en mouvement), dont la 15e édition débute aujourd’hui au Centre d’art contemporain Genève (CAC), tient à la fois du festival de cinéma, du lieu d’exposition, du spectacle de performances et du laboratoire artistique (voir encadré). «Il s’agit d’un organisme complexe, confirme Andrea Bellini, directeur du CAC. C’est une manifestation hybride unique en son genre.»

La singularité de l’événement réside notamment dans le fait qu’il offre aux artistes aussi bien un espace d’exposition que de création. L’institution de la rue des Vieux-Grenadiers est en effet le commanditaire et le producteur des 27 œuvres inédites conçues et présentées pour l’occasion. «Notre protocole est d’inviter les artistes deux ans avant la biennale, explique Andrea Bellini. Nous leur demandons de travailler sur un projet, sans imposer de thème particulier, mais en entretenant un riche dialogue.»

Fenêtres sur le monde

Il résulte de ce processus une mosaïque de visions sur le monde contemporain, desquelles l’image est le vecteur central. Ce n’est donc plus tant l’image en tant que telle qui est le sujet de l’exposition, mais plutôt les fenêtres de réflexion qu’elle permet d’ouvrir sur des thématiques d’actualité.

Plusieurs artistes, par exemple, se sont penchés sur l’exploitation des ressources humaines et naturelles à travers la planète. Telle la Britannique Karimah Ashadu, qui a réalisé pour la BIM Red Gold, un court-métrage expérimental traitant de la lutte pour leur survie des paysans nigérians, négligés par l’Etat. Pour sa part, c’est à la description de l’univers industriel minier en République démocratique du Congo que s’est attaché Bodil Furu dans ses Mangeurs de cuivre. Le film du documentariste norvégien présente, sur le mode de la controverse, divers points de vue relatifs à l’impact de l’exploitation du minerai sur tout un pays, avec, en témoin silencieux, un paysage modelé par le profit.

D’autres vidéastes se sont lancés dans des recherches anthropologiques, comme l’Américaine Kerry Tribe, qui a consacré une minute de son film, Exquisite Corpse, à chacun des 51 miles du fleuve Los Angeles. Sa caméra dresse le portrait rigoureux de la deuxième plus grande ville des Etats-Unis, en capturant paysages, quartiers et habitants des abords du cours d’eau.

Le courage des Africaines

Les œuvres ont convergé vers un troisième grand ensemble thématique: les questions de genre et celles liées au corps féminin et au pouvoir – il est d’ailleurs à noter que le cru 2016 de la BIM comprend plus de 70% d’artistes femmes. Avec son remarquable Mutumia, la Kényane Phoebe Boswell se fait chantre du courage des Africaines, qui ont utilisé leur corps comme arme de résistance quand, lors de conflits, elles n’ont pu faire entendre leur voix. Occupant trois parois d’une pièce, son installation immersive permet au visiteur d’intervenir, grâce à des capteurs au sol, sur des dessins d’animation représentant une poétique forêt de femmes nues.

Les 27 captivants objets filmiques de la BIM sont à découvrir jusqu’au 29 janvier 2017 au 4e étage du Mamco et au CAC, lequel a fragmenté ses grands espaces en petites salles de cinéma, séparées par de lourds rideaux de velours noir. Puis l’exposition se déploiera au-delà des frontières genevoises et sera notamment présentée, sous divers formats, à Venise, Florence, Miami ou Buenos Aires.

Programme et informations www.biennaleimagemouvement.ch

(TDG)

Créé: 08.11.2016, 20h55

Expression protéiforme

Lorsqu’on lui demande une définition de l’image en mouvement, Andrea Bellini est tenté par l’esquive. «Alors que la technologie actuelle permet à tous d’accéder à l’image mobile, il est absurde et anachronique de dédier une biennale à un seul médium. Des plasticiens font des films, des réalisateurs s’expriment dans tous les domaines des arts visuels, il n’y a plus lieu d’opposer les uns aux autres.» Le temps où André Iten, alors directeur du Centre pour l’image contemporaine de Genève (aujourd’hui disparu) et initiateur, en 1985, de l’ancêtre de la BIM, œuvrait à familiariser le public avec la dimension artistique de la vidéo est révolu. C’est pourquoi la manifestation mouture 2016 réunit un grand nombre de pratiques artistiques: films documentaires ou de fiction, installations vidéo, son, danse et même clubbing sont au programme. Durant les cinq jours que dure le vernissage de la BIM, une série de performances seront réalisées au Théâtre et au Zoo de l’Usine. Se produiront notamment, ensemble, le plasticien genevois John M. Armleder et le chanteur Stephan Eicher. Le public aura également l’occasion d’assister à des premières de films aux cinémas Dynamo et Spoutnik. «L’ambiance sera différente qu’en 2014, commente Andrea Bellini. On cherche à jeter un regard pointu, politique et poétique sur la contemporanéité.»

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