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«L’humour est une forme d’intelligence»

Le metteur en scène italien Stefano Poda fait l’ouverture de l’Opéra de Lausanne avec «Les contes d’Hoffmann» de Jacques Offenbach. Rencontre.

Le metteur en scène italien Stefano Poda a inséré dans son décor des «Contes d’Hoffmann» «quelques pièces chéries» qui sont aussi ses «souvenirs d’artistes» et ses «obsessions».
Le metteur en scène italien Stefano Poda a inséré dans son décor des «Contes d’Hoffmann» «quelques pièces chéries» qui sont aussi ses «souvenirs d’artistes» et ses «obsessions».
ALAN HUMEROSE

L’univers visuel de Stefano Poda dans ses mises en scène est toujours symbolique, intemporel et surréaliste. Un «Ariodante», un «Faust» et une «Lucia di Lammermoor» présentés ces dernières saisons à l’Opéra de Lausanne ont fait découvrir un metteur en scène démiurge, auteur également des décors, des costumes, des chorégraphies et des éclairages de ses spectacles, qu’il conçoit comme des rituels quasi sacrés. En ouverture de la saison 2019-2020, l’Opéra a confié à l’Italien une nouvelle mise en scène des «Contes d’Hoffmann» de Jacques Offenbach, en hommage au bicentenaire du compositeur. Le metteur en scène affirme que «la musique nous invite à aller au-delà de la matière», et son élan enthousiaste le rapproche d’E.T.A. Hoffmann, le modèle des «Contes d’Hoffmann». On ne pouvait rencontrer Stefano Poda qu’au milieu du décor qu’il a créé, un gigantesque rayonnage recouvrant trois parois du sol aux cintres et rempli de sculptures énigmatiques.

Sur le plateau, vous avez installé toutes vos sculptures. Où sommes-nous?

Nous sommes dans une installation artistique qui instaure un dialogue entre l’Antiquité et notre époque, mais aussi un contraste entre réalité et apparence. Pour moi, cet espace est dans la maison d’Hoffmann, son cabinet de curiosités, comme on en faisait beaucoup à l’époque. Les niches représentent les différents souvenirs ou visions qu’Hoffmann transforme dans ses contes: comme l’écriture de l’auteur, leur entassement n’est pas rationnel, au contraire il s’agit d’une superposition fragmentaire comme celle qui nous arrive pendant nos rêves. Chaque niche contient une pièce d’un puzzle, un tesson d’une mosaïque dont la collection nous obsède, mais dont on réalise la vision d’ensemble à la fin de sa vie.

Pouvez-vous commenter quelques pièces et leur rapport aux «Contes d’Hoffmann»

On y voit le corps humain idéalisé dans sa perfection classique ou bien étudié dans ses dissections anatomiques. Ces expérimentations scientifiques nous rappellent les automates ou les créatures de Coppélius et de Spalanzani. Il y a aussi des rappels à l’imaginaire onirique du romantisme – la mort cachée, la nature animée, le diable déguisé –, une allusion à Venise avec une gondole (acte IV) ou encore le phonographe, l’objet de l’obsession pour sa voix qui emporte Antonia. Isolées, les aventures racontées par Hoffmann ne sont que fragments. Cependant, une unité se manifeste dans le jeu d’échos qui relient chaque scène aux autres. Hoffmann veut démontrer que l’expérience poétique est capable de réunir les fragments d’une vie pour les transformer en œuvre d’art.

Parlez-vous là du personnage de l’opéra ou de l’écrivain Hoffmann?

Dans ma mise en scène, je voulais aller au-delà des deux «tubes» que sont l’air de la poupée Olympia et la «Barcarolle» pour évoquer la figure d’E.T.A. Hoffmann, l’écrivain qui a inspiré la pièce. Hoffmann est cet homme complexe et complet, auteur, musicien, artiste total, capable de voir au-delà, d’opérer la transmutation du fantastique en une réalité et vice versa. L’Hoffmann que nous voyons dans l’opéra se désespérer pour Stella, Olympia, Antonia et Giulietta n’est pas E.T.A. Hoffmann, l’auteur qui établit des passerelles entre le monde des apparences et celui du fantastique.

Vos spectacles sont souvent sombres et tragiques. Comment traitez-vous la dimension humoristique présente chez Offenbach?

L’humour est une forme extrême d’intelligence, c’est une capacité de voir la vie de loin, de savoir rire de soi. Chez moi, le comique transparaît par le côté surréaliste des objets, par les habits extrêmes. L’apparente légèreté du livret permet davantage que d’autres l’approfondissement de sensations touchantes, émouvantes, sans prétention.

Quel rôle donnez-vous au diable dans ce contexte?

C’est un personnage sans damnation, sans problèmes spirituels. C’est en quelque sorte l’homme qui a trouvé la clé, qui se sent bien partout, qui a tout compris, alors qu’Hoffmann est comme l’albatros de Baudelaire, et même pire: maladroit dans la vie et à la recherche de l’inspiration perdue.

Ce cabinet de curiosités n’est-il pas aussi le vôtre, et Hoffmann votre double?

Oui, comme Hoffmann, je ne me sens pas à l’aise dans le monde normal! J’ai mis dans ce cabinet quelques pièces chéries qui sont aussi mes souvenirs d’artistes et mes obsessions. «Les contes d’Hoffmann» se déroulent à côté d’un théâtre où l’on joue «Don Giovanni» de Mozart. C’est l’opéra qui m’a offert ma première énorme émotion, qui m’a permis de faire ma première mise en scène et m’a finalement donné la possibilité de faire cela après vingt-cinq ans, comme une réflexion sur mon parcours. J’ai une foi immense dans l’opéra. La combinaison de la musique et du texte ouvre une fenêtre sur un monde parallèle. Les éclairages y apportent la dimension spirituelle, le mystère. C’est un voyage de l’âme. À quoi bon sinon aller à l’Opéra?

«Les contes d’Hoffmann» Opéra de Lausanne, du 29 sept. au 9 oct., www.opera-lausanne.ch

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