Hodler, Monet et Munch font vibrer leurs couleurs à l’unisson à Gianadda

Beaux-arts La Fondation accueille une exposition du Musée Marmottan, qui met en dialogue trois artistes plus proches qu’on ne le croit.

Les artistes exposés à la Fondation Gianadda ont tous trois relevé un défi difficile: dépeindre sur leurs toiles les effets de la lumière et de l’eau. Comme dans cette toile de Ferdinand Hodler de 1904, «Le lac de Thoune avec le Stockhorn».

Les artistes exposés à la Fondation Gianadda ont tous trois relevé un défi difficile: dépeindre sur leurs toiles les effets de la lumière et de l’eau. Comme dans cette toile de Ferdinand Hodler de 1904, «Le lac de Thoune avec le Stockhorn». Image: Collection Christoph Blocher

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«J’ai repris encore des choses impossibles à faire: de l’eau avec de l’herbe qui ondule dans le fond… C’est admirable à voir, mais c’est à rendre fou de vouloir faire ça.» La citation du peintre Claude Monet donne le ton de l’exposition Hodler, Monet, Munch. Cette confrontation inédite met en effet en scène trois artistes qui ont relevé de grands défis: dépeindre l’éclat du soleil, le mouvement de l’eau ou la densité de la neige.

A l’origine de l’exposition, il y a une chronique écrite par le critique d’art Philippe Dagen dans le journal Le Monde, qui invitait à confronter Monet et Hodler. «Les Français ne se rendent pas assez compte de l’importance du peintre suisse, souligne l’historien de l’art. L’associer à Monet me paraissait une évidence. Tous deux mènent un travail sur la couleur, et cherchent à s’immerger au plus près des éléments naturels.»

Une discussion à trois

Philippe Dagen a été pris au mot par le directeur du Musée Marmottan Monet, à Paris. «Il m’a proposé de monter une exposition autour de Claude Monet et Ferdinand Hodler. Mais je ne voulais pas que cela tourne au duel, à la confrontation. J’ai donc souhaité y ajouter un troisième artiste, Edvard Munch, qui mérite de participer à cette rencontre.»

Pour organiser l’événement, le commissaire a bénéficié de la collaboration du Musée Munch à Oslo, ainsi que de prêts de collectionneurs privés, dont un certain Christoph Blocher. A Martigny, si le noyau d’œuvres reste le même, bon nombre d’entre elles ont changé. Et leur accrochage aussi.

Car le commissaire a tiré parti de l’agencement de la Fondation Gianadda, un espace très ouvert, en imaginant une exposition sans véritable parcours. «Il faut que la visite soit la plus libre possible, explique Philippe Dagen. La disposition des lieux permet de confronter de façon presque systématique les trois artistes, sans que l’un prenne le pas sur l’autre. Il s’agit plutôt d’une discussion.»

Les œuvres se voient tout de même regroupées par thématiques, elles-mêmes très poreuses: eaux, montagnes, neiges, couleurs… Chacune est accompagnée d’une mise en contexte. Car malgré leur différence d’âge et leurs nationalités française, suisse et norvégienne, les artistes ont vécu à la même période, la fin du XIXe et le début du XXe siècle: celle du développement de l’industrie, des transports, du tourisme et des sciences naturelles.

La neige rose et bleue

Si tous trois ont passablement voyagé en Europe, il semble qu’ils ne se soient jamais rencontrés. «Chacun d’eux cherchait à développer des expériences singulières et se souciait peu de ce que faisaient ses contemporains, relève Philippe Dagen. Mais certaines de leurs recherches vont dans le même sens, notamment le rapport à la couleur.»

L’exposition met particulièrement en valeur cet aspect de leur travail. Chez Monet et Munch, une maison ou un chapeau rouges se détachent sur fond de neige, teintée de rose et de bleu. L’intensité des verts et des brun-rouge d’un Paysage de printemps à la maison rouge de Munch, d’un Bassin aux nymphéas de Monet et d’un Paysage près de Néris de Hodler les éloignent d’un rendu réaliste. On retrouve d’ailleurs de l’écarlate sur les cimaises, qui fait ressortir les teintes bleu-vert de la végétation, de l’eau et des montagnes présentes chez les trois artistes.

Sortir des catégorisations

D’autres confrontations soulignent plutôt les différences entre eux. Telle cette vallée peinte par Monet, d’une facture très travaillée, qui vient se glisser entre une série de montagnes schématisées de Hodler. Parfois, quelques tableaux sans rapport avec les thèmes explorés font une apparition incongrue, comme ce paysage italien de Monet à côté d’Impression, soleil levant et des paysages enneigés du même auteur.

Mais au final, l’ensemble fonctionne plutôt bien. L’exposition parvient en tout cas à sortir les artistes des strictes catégories dans lesquelles ils sont souvent confinés – impressionnisme, symbolisme, expressionnisme – alors qu’ils ont travaillé dans de multiples directions. «Si à certains moments le visiteur ne sait plus qui a peint quoi, le pari est gagné», conclut Philippe Dagen.

«Hodler, Monet, Munch» du ve 3 février au di 11 juin à la Fondation Gianadda, à Martigny. Infos: www.gianadda.ch

Créé: 02.02.2017, 18h53

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