Hirokazu Kore-eda affronte la tempête

Cinéma Le cinéaste japonais est de retour avec un film superbe.

Hirokazu Kore-eda il y a quelques jours à Genève: «Film après film, j’ai envie de creuser les rapports humains.»

Hirokazu Kore-eda il y a quelques jours à Genève: «Film après film, j’ai envie de creuser les rapports humains.» Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Au Japon, il jouit d’une renommée que beaucoup lui envient. Et dans les festivals, particulièrement à Cannes, où il a souvent été sélectionné, Hirokazu Kore-eda est un peu le représentant officiel de son pays. Avec Après la tempête, il retrouvait cette année la section «Un certain regard», et cela lui convenait parfaitement. On a profité d’un de ses passages récents à Genève pour faire le point avec lui.

Dans votre film, un événement extérieur vient redistribuer les cartes entre tous les personnages. Aimez-vous ce type de construction?

La catastrophe ne change rien aux tensions ni aux problèmes de fond que les personnages ont entre eux. Elle ne fait que les déplacer. Mais il y a longtemps que je désirais mettre une tempête dans un film. C’est elle qui réunit la famille et confirme qu’entre eux, rien ne sera plus jamais comme avant. Avant, il pouvait y avoir des changements infimes entre les personnages. Mais le film s’intitule Après la tempête.

Dans toutes vos œuvres, la famille occupe un rôle central. Pourquoi?

A cause de différents événements de ma vie personnelle. Mais je compte aussi m’éloigner de ce thème. Dans mon prochain film, je réunirai un meurtrier, son avocat et la fille de la victime. Ambiance moins familiale, donc.

Le motif des retrouvailles familiales, pivot de l’intrigue, fait forcément penser au cinéma d’Ozu et à un film comme «Voyage à Tokyo». Y avez-vous songé en le tournant?

Oui, mais en me gardant bien d’imiter Ozu. Chez lui, le passé des personnages est lié à la guerre, qui résonne dans leurs vies. Alors oui, il y a des similitudes. Ozu faisait des films sur la cellule familiale. Mais son point de vue était plus large, notamment pour tout ce qui est de la temporalité. Avant de tourner Notre petite sœur (ndlr: sorti en 2015), j’ai visionné plusieurs films de lui. Mais parmi les maîtres du cinéma japonais, j’aime particulièrement Naruse, dont je me sens plus proche. Il n’a d’ailleurs jamais fait de film sur la famille.

«Après la tempête» comporte beaucoup de plans rapprochés et d’intérieurs. Y a-t-il, selon vous, une règle pour l’intimisme?

J’ai en général une idée globale avant le tournage. En fait, la mise en scène est à moitié décidée à ce stade. Lorsque je suis sûr du jeu des comédiens, les choses deviennent plus précises. Pour ce film, la moitié des plans a été tournée dans un vrai immeuble.

On a l’impression que tous vos films se répondent et proposent une radiographie de la société japonaise.

Film après film, j’ai envie de creuser les aspects humains, oui. Et de révéler des personnalités à travers ceux-ci.

Vous êtes allé plusieurs fois à Cannes mais n’avez jamais eu de Palme. Est-ce quelque chose que vous convoitez?

Je ne dirais pas non, mais je ne tourne pas non plus dans le but à tout prix d’aller à Cannes. Notre petite sœur figurait en compétition, mais pas Après la tempête. Je ne vois pas l’intérêt d’être chaque année en concours.

Vous tournez environ un film tous les deux ans. Ce rythme vous convient-il?

Avant Still Walking, en 2008, je faisais un film tous les trois ans. Depuis, les producteurs me soutiennent davantage. Et encore plus depuis Tel père, tel fils, qui a enregistré énormément d’entrées en 2013. Donc je ne me plains pas.

Comment vous considère-t-on au Japon?

Je suis très connu. Au point que j’ai perdu mon anonymat et que les gens m’arrêtent souvent dans la rue.

Créé: 21.12.2016, 18h01

La critique

Equilibre et justesse

Catastrophe extérieure, conflit interne. Et si tous deux étaient le réceptacle l’une de l’autre? Après la tempête raconte comment une famille où en gros rien ne va – entre un homme et sa mère puis entre lui et son jeune fils – se voit contrainte de cohabiter une nuit à cause d’un typhon. Ce motif, tel un deus ex machina ou un révélateur, suffira non seulement à circonscrire les problèmes mais surtout à les résoudre partiellement. Hirokazu Kore-eda n’a pas son pareil pour ces portraits de cellules familiales, qu’elles soient recomposées (Tel père, tel fils) ou comme ici éclatées. Sa justesse provient d’un équilibre suggéré par une mise en scène abolissant tous les niveaux. C’est une fois de plus remarquable. P.G.

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