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Hier, on est allé au concert, mais pas vraiment

Dimanche 22 mars, la Cave 12 proposait un prestation en ligne de Benjamin Ephise, expérience aussi étrange que ridicule et fascinante.

A l'écran, Benjamin Ephise en concert chez lui dimanche 22 mars, pour une performance retransmise en direct sur YouTube, à l'enseigne de la Cave 12 actuellement fermée comme toutes les salles de la ville.
A l'écran, Benjamin Ephise en concert chez lui dimanche 22 mars, pour une performance retransmise en direct sur YouTube, à l'enseigne de la Cave 12 actuellement fermée comme toutes les salles de la ville.
Enrico Gastaldello/Azzurro Matto

Assis devant l’écran de son ordinateur: voilà un décor inadéquat pour suivre un concert. Parce qu’on n’y est pas. Les rassemblements interdits pour cause de pandémie, la Cave 12, comme toutes les autres salles de la ville, a fermé boutique. Mais ce dimanche, son site web proposait, comme d’autres le font désormais, une prestation en ligne. À 21h tapantes, Benjamin Ephise improvisera depuis chez lui, une caméra fixe cadrant le musicien et ses instruments, avec, pour seul outil de communication, un micro voix.

«Peut-être que vous êtes là. Ou pas…» 21h01, 20 spectateurs en ligne d’après le compteur de la plateforme YouTube, qui retransmet la vidéo en direct.

«Vous m'entendez?»

D’abord, ça n’a pas fonctionné du tout. «Ah! Pu****!» Heureusement, Benjamin est patient. Le public s’installe, manifestant sa présence via le «chat» à droite de l’écran. Bougies pour les uns, bières pour les autres. Autodérision pour toutes et tous. «En retard, comme d’habitude!» commente une internaute.

21h10, 21h20… Comme le temps semble long sur internet. 21h31 «Vous m’entendez? On va pouvoir commencer!»

Pulsations, vibrations, cliquetis, bruissements, flottements… On abandonne l’image pour se laisser bercer par la vague électronique. Dans un fauteuil cette fois. La musique transfère vers un ailleurs encore indicible le fouillis d’idées suscité par notre quotidien désarticulé. En bas, le battement lourd d’une machine, au-dessus le bourdonnement des vibrations, puis un accord - tonique, tierce, dominante - un accord majeur. Ce qui vient ressemble au rêve.

Applaudir sans un bruit

On pourrait piquer un petit somme. Ou réfléchir à ce processus de mise en ligne, ses aléas techniques. Rien de nouveau ici. Mais le fait que ça se passe dans la même ville, à 2kilomètres de là ou à 100mètres, en remplacement d’un concert en salle, n’a rien d’ordinaire. La proximité physique entre l’artiste et son public, en même temps que l’absence inhabituelle de cette proximité, voilà ce qu’on ressent. Via un canal numérique froid comme la mort.

22h01, 30 visionnages en cours, l’équivalent d’une soirée bien remplie à la Cave 12. Il y aura encore de la techno solide, du dub musclé. Jusqu’à 22h32. Benjamin Ephise en a assez. «J’ai soif. Ça m’a défoulé. J’avais besoin de parler. Un son méditatif?» demande l’artiste. Réponses des internautes: «On médite assez!» «On a que ça a f**tre», «Fais péter!» Étrange, cette tentative de communication entre un type seul dans sa chambre s’adressant via son micro à des gens invisibles, qui enfin «applaudissent» sans un bruit. Parfaitement inadapté, voire ridicule. Et totalement fascinant.

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