Herrmann complice avec ses lecteurs

PortraitLe cartoonist de la «Tribune» publie une sélection de ses meilleurs dessins parus ces deux dernières années.

Gérald Herrmann: «Mon dessin est un instrument qui permet d’accéder à l’idée.»

Gérald Herrmann: «Mon dessin est un instrument qui permet d’accéder à l’idée.» Image: FRANK MENTHA

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De son premier dessin pour la «Tribune de Genève», en 1998, il ne se souvient pas du sujet. «Peut-être de la politique internationale, pas sûr…», énonce Gérald Herrmann en tortillant les poils de sa barbiche blanche, signe d’intense réflexion chez le cartoonist de la Julie. Tout ce dont il se rappelle, c’est que son image avait été placée en une du journal, à sa grande surprise. «Il existait peu de photos couleurs à l’époque, et mon aquarelle horriblement vilaine tombait à pic», estime-t-il avec le recul. Depuis, Herrmann a croqué l’actualité des milliers de fois, établissant un réel lien de complicité avec ses lecteurs. Lesquels se régaleront de son nouvel opus, «Tout baigne», sélection de ses meilleurs travaux parus en 2018 et 2019 dans ce journal. Cent vingt occasions de pouffer en compagnie notamment de Pierre Maudet et de Donald Trump, têtes de Turc d’un recueil qui fait aussi la part belle aux femmes.

Défaut de lucidité

«Dans cet album, il y a une quinzaine de dessins dont je suis très content», remarque, modeste, ce jeune sexagénaire qui déclare avoir réussi sa carrière «sur un défaut de lucidité». Pardon? «Oui, au début, je ne voyais pas que j’étais mauvais. J’avais foi en moi. Cela m’a permis de m’aveugler suffisamment pour avancer.» Aux aspirants dessinateurs de presse qui sollicitent ses conseils, il présente parfois un classeur dans lequel figurent ses vingt premières publications. Un exercice d’autoflagellation qui lui sert surtout à montrer que tout artiste possède une sensible marge de progression. La sienne passe par des études qui l’amènent à un premier job de professeur d’allemand à La Chaux-de-Fonds. Mais sur les hauts de Neuchâtel, il ne se voit pas d’avenir. À Genève dès 1981, il découvre qu’on peut tenter de réussir dans une voie qui n’est pas la sienne a priori. Toujours prof, il crobarde les travaux écrits qu’il soumet à ses élèves et réussit à dérider le corps enseignant, qui lui demande d’illustrer les épreuves communes cantonales. Plus tard, il monte un dossier, l’envoie aux différents journaux de la place et se retrouve engagé à plein temps au «Courrier», «pour 200 francs par mois», précise-t-il, goguenard.

«Au début, j’ai commis des horreurs. Je suis toujours épaté qu’on m’ait accepté.» Mis initialement en concurrence avec Exem et Zoltan à la «Tribune», il impose assez rapidement un trait qui privilégie l’efficacité. «Mon dessin ne se suffit pas à lui-même. C’est un instrument qui permet d’accéder à l’idée», remarque-t-il en traçant sur sa tablette graphique les premiers contours de l’image que vous découvrez ci-dessous. «Je suis hergéen dans le sens où je mets en avant la clarté de la ligne.»

Adepte du décalage, Herrmann phosphore longuement pour traiter l’actualité à travers son propre prisme. «J’essaie d’aller où les gens ne m’attendent pas. De prendre du recul en me montrant philosophe. Ou au contraire d’aller au plus près du sujet, en appliquant un effet loupe à travers la caricature. Le vrai tabou, pour moi, c’est l’idée que les autres pourraient avoir.» La méthode de travail de cet électron libre apparaît bien établie. Au sein de la rédaction, il demande à différents interlocuteurs de choisir deux idées parmi une brassée de propositions esquissées sur des coins de feuille. En fonction des résultats, il tranche, sans choisir forcément le croquis qui a recueilli le plus de suffrages. «Je pourrais très bien ne réaliser que des dessins qui plaisent. Mais j’essaie de me renouveler, de me surprendre.» Au risque de se montrer un tantinet cérébral, adepte d’un humour qui se méfie de l’émotion. «C’est vrai, je manque de simplicité. J’ai toujours ce travers de la complication. Je viens d’une époque où l’on essayait d’appréhender les choses dans leur complexité.»

Outrances tolérées

Même s’il fait attention à ne pas exclure ceux qui le lisent, Herrmann aime se frotter aux limites de son métier. «J’ai une connaissance assez intime du lecteur de la «Tribune». Avec l’expérience, j’arrive à prédire le nombre de lettres de protestation que je vais recevoir pour un dessin.» Ces six derniers mois, à sa grande fierté, il n’y en a pratiquement pas eu. «Les gens acceptent de moi des outrances qu’ils n’auraient pas toléré il y a quelques années.» Dans les séances de dédicaces, quand on ne le confond pas avec le fameux dessinateur de BD Hermann, Herrmann fait un tabac. Les libraires l’adorent, qui écoulent ses albums comme des petits pains. Les lecteurs ne sont pas en reste. «Je suis devenu leur copain. C’est un cadeau monstrueux.»

«Tout baigne», Herrmann. Ed. Slatkine, 124 p.

Créé: 06.11.2019, 15h50

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