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Avec «Hernani», Hugo s’offre un juteux scandale

Créé par la Comédie-Française le 28 février 1830, le drame romantique de Victor Hugo bouscule les habitudes du public et déclenche des bagarres tous les soirs.

Le tumulte provoqué par la première représentation d’«Hernani» et les suivantes, représenté bien plus tard par l’artiste français Paul Besnard (1849-1934).
Le tumulte provoqué par la première représentation d’«Hernani» et les suivantes, représenté bien plus tard par l’artiste français Paul Besnard (1849-1934).
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De quoi parle «Hernani», cette pièce de théâtre autant applaudie que chahutée pendant ses premières représentations à Paris dans l’hiver 1830?

L’action se déroule en Espagne et en Allemagne en 1519. Au premier acte, ses quatre protagonistes se rencontrent dans la chambre à coucher de Doña Sol. Ce sont Carlos, roi d’Espagne, Hernani, fils d’une victime du roi précédent et brûlant de venger son père, une jeune fille, Doña Sol, convoitée par les deux premiers hommes et par un troisième: le vieillard auquel elle a été promise.

Inutile d’ajouter que la belle est amoureuse d’Hernani, dont l’un des rivaux lâchera l’affaire au IVe acte parce qu’il vient d’être élu empereur à Aix-la-Chapelle. L’autre se donnera la mort au Ve acte sur les corps sans vie d’Hernani et Doña Sol empoisonnés. N’est-ce pas romantique?

Trois actes à Saragosse, deux autres dans les montagnes d’Aragon et à Aix-la-Chapelle, des semaines et des mois entre chaque action, il y a largement de quoi faire exploser les règles du théâtre classique français: unité de temps, de lieu et d’action. Armé de cette bombe à retardement, Victor Hugo prépare astucieusement la première d’«Hernani». Le poète refuse de louer les services d’une claque. Il préfère convaincre ses amis d’en amener d’autres, principalement des étudiants, écrivains, peintres ou architectes en devenir, qui se feront un plaisir de déplaire par leurs applaudissements au public traditionnel.

Avec la complicité de l’administrateur général de la Comédie-Française, le baron Taylor, ces «tribus» prennent place au parterre dès 15 heures, alors que la représentation est prévue à 19 heures. Munis de leur casse-croûte, ces jeunes gens se restaurent et boivent en attendant. Peu à peu, les habitués de la Comédie-Française s’installent à leur tour, étonnés de sentir une odeur d’ail et de charcuterie planer dans la salle. Il y a pire: les derniers arrivés découvrent que les amis d’Hugo n’ont pas pu faire autrement que d’aller se soulager dans l’obscurité des loges. Les lieux d’aisances étaient restés fermés jusque peu avant le lever du rideau. Cris d’horreur et excuses embarrassées de Taylor, qui prédit un fiasco à l’auteur d’«Hernani».

Rires, cris, coups de poing…

Pourtant la représentation se déroule plutôt bien, très applaudie par les «tribus» acquises à la cause du romantisme, et peu chahutée par le reste de la salle. Chateaubriand, qu’Hugo admire tant, est séduit et l’écrit dès le lendemain au poète. Ce sont les critiques de journaux qui vont se charger de faire revenir Hugo à la réalité. Elles sont très mitigées et les plus négatives confortent les ennemis du nouveau théâtre. Ceux-ci prennent de plus en plus d’assurance au fil des représentations, manifestant bruyamment leur désapprobation.

L’un des acteurs, le vieux Joanny, tient son journal. Le 3 mars, il mentionne «une cabale acharnée. Les dames de haut parage s’en mêlent; la mode, pour elles, est de pousser de grands éclats dans les moments les plus intéressants et particulièrement pendant la dernière scène du Ve acte; mais ce sont des éclats de rire.» Le 10 mars, il note: «Encore un peu plus fort… coups de poing… interruption… police… arrestations… cris… bravos… sifflets… tumulte… foule.» Joanny ajoute, le 12 mars: «Grande foule et toujours le même bruit. Cela n’est amusant que pour la caisse.»

Cette dernière remarque confirme le succès lucratif d’«Hernani», joué 45 fois devant une salle agitée mais comble. Le couple Hugo – Victor et sa femme Adèle née Foucher – voit sa situation financière s’améliorer, mais perd son logement. Son propriétaire de la rue Notre-Dame-des-Champs lui donne congé trois mois après la première d’«Hernani». Il se dit excédé par le va-et-vient continuel causé par la présence de Victor Hugo. Celle-ci provoque des manifestations hostiles devant l’immeuble. Une nuit, le poète a même failli être tué par une balle tirée dans sa direction!

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