À la HEAD, la section cinéma fait peau neuve

EcoleUn responsable par intérim vient d’être nommé.

Jean-Pierre Greff (à g.), directeur général de la HEAD, et Olivier Zuchuat, responsable de la section cinéma par intérim.

Jean-Pierre Greff (à g.), directeur général de la HEAD, et Olivier Zuchuat, responsable de la section cinéma par intérim. Image: LAURENT GUIRAUD

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2018 est décidément une année transitoire pour la Haute École d’art et de design (HEAD). Installation sur le campus de Châtelaine, là où jadis trônait fièrement l’usine Elna/Tavaro, et fin de mandat pour le directeur de sa section cinéma, Jean Perret, qui après avoir revitalisé le Festival de Nyon, devenu Visions du Réel, s’en était allé donner, voilà huit ans, un peu de sang neuf à cette école. En toute logique, sa succession appelait des candidatures. Le poste a donc été mis au concours en début d’année. Mais après quelques mois d’attente, c’est une nouvelle inattendue qui nous fut communiquée il y a quelques jours. Soit la scission du cahier des charges. Pendant que certaines d’entre elles restent à déterminer et à décider, Olivier Zuchuat, qui enseigne déjà à la HEAD, a été nommé responsable du département cinéma par intérim. Quant au poste de responsable définitif, il sera redéfini et repourvu au printemps… 2019. Suite à ces différents rebondissements, il nous semblait nécessaire de faire le point avec Jean-Pierre Greff, directeur général de la HEAD, et Olivier Zuchuat.

Quel est ou plutôt quel sera le profil du prochain directeur?

Jean-Pierre Greff (J.-P.G.): Tout d’abord, il faut préciser que nous n’avons pas trouvé une personne qui puisse et veuille assumer toutes les missions en rapport avec ce poste. Nous étions peut-être excessifs dans l’appel d’offres, voire gourmands, puisqu’on cherchait quelqu’un dont les compétences sont difficiles à rassembler. Soit une personnalité issue du milieu académique, qui soit aussi cinéaste, donc qui ait réalisé des films, et qui soit connectée au monde du cinéma suisse. Ce dernier point est important et il pénalisait les candidatures venues de l’étranger. Sinon le cumul de ces qualités débouche sur un profil sans doute rare. Et même s’il existe, ceux qui le possèdent veulent en général conserver une activité professionnelle et trouvent le cahier des charges trop important.

Comment avez-vous décidé de nommer un directeur par intérim?

J.-P.G.: C’est le jury d’experts que nous avions nommé qui a été amené à prendre cette décision à l’unanimité. Cela tombe d’ailleurs plutôt bien. Nous venons en effet de créer une option montage. Et Olivier Zuchuat joue un rôle majeur dans celle-ci. Son travail porte essentiellement sur le montage. Nous allons d’ailleurs publier un gros livre, de plus de 700 pages, en coédition avec le Mamco et Les Presses du réel, une véritable anthologie sur le montage. Précision importante, les élèves qui prendront l’option montage ne réaliseront pas de film de diplôme.

Combien de candidatures avez-vous reçues pour ce poste de responsable?

J.-P.G.: Une soixantaine. Dont une vingtaine de vraiment sérieuses. Il fallait aussi que les candidats soient inscrits dans le type de cinéma qu’on défend, forcément. Certains pouvaient venir du créneau de la fiction ou du divertissement, qui n’est clairement pas notre image.

Pour 2019, on a entendu que vous alliez créer une sorte de panel d’experts.

J.-P.G.: Ce n’est pas tout à fait ça. Je vais constituer un groupe de réflexion composé de personnalités suisses du cinéma, mais ce groupe n’aura pas de réalité statutaire. Et ce qu’il y a de curieux, c’est que depuis que nous avons annoncé tous ces changements et décisions, quatre nouvelles candidatures sont arrivées. L’école elle-même est en mutation. La preuve que c’est le moment de prendre le temps de la réflexion pour savoir où on va.

Justement, en quoi l’enseignement du cinéma est-il aujourd’hui différent?

Olivier Zuchuat (O.Z.): Il y a de grands changements et ils sont liés à l’arrivée du numérique. Cela induit des changements au niveau de la production, puis de la diffusion. Et cela concerne évidemment aussi le cinéma, qui fait partie de l’ADN de la HEAD. Les changements technologiques survenus ces quinze dernières années sont plus importants que ceux qui se sont produits en cinquante ans de cinéma. Les nouveaux modes de diffusion, la baisse de l’exploitation en salle, l’arrivée du streaming, de la VOD, sans parler de l’avènement des séries télé. On assiste sans doute à une désacralisation de l’image. Et nous, on aimerait aussi redonner une dimension un peu sacrée à l’image, la remettre au centre.

En quoi la HEAD diffère-t-elle des autres écoles de cinéma?

J.-P.G.: Par l’absence de formatage. On invite les étudiants à trouver leurs propres engagements, leur propre regard sur le monde. La HEAD est une école de liberté. O.Z.: Ce qui me fait plaisir, c’est d’entendre des Français dire qu’ils veulent venir étudier à la HEAD pour son identité. J.-P.G.: Et nous avons eu passablement d’invités prestigieux. Des cinéastes comme Apichatpong Weerasethakul, Béla Tarr, Edgar Reitz, Naomi Kawase, Lav Diaz. On voit bien quel type de cinéma tout cela dessine. Et ça va continuer.

Créé: 05.06.2018, 18h10

Zuchuat, option montage

«Cela fait plus de trois ans que j’enseigne à la HEAD à 50%, commente Olivier Zuchuat, qui vient d’être nommé responsable du département cinéma par intérim. Comme tous les autres, j’ai déposé ma candidature avec un imposant dossier. Puis j’ai passé le premier tour, posé un second dossier, et le jury a fait son choix. Auparavant, j’ai pas mal enseigné à la FEMIS (ndlr: prestigieuse école de cinéma française), et l’idée, à la HEAD, c’est de former des créateurs et non des techniciens.»

Mais le parcours d’Olivier Zuchuat est un peu plus complexe. Il débute par des études de physique théorique à l’EPFL. Un domaine qui ne semble plus l’intéresser aujourd’hui. Puis il suit une filière de philosophie et de littérature française à l’Université de Lausanne. Devient assistant en Faculté des lettres, toujours à Lausanne. En parallèle, la mise en scène et la dramaturgie l’accaparent. Mais depuis 2000, il se dédie entièrement au cinéma avec la réalisation de plusieurs films, tel «Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit», essai documentaire qui était resté près d’un mois à l’affiche au Bio. À la FEMIS, ainsi que dans plusieurs universités françaises (Paris-Est, Poitiers), il enseigne le montage, dont il fera l’une de ses spécialités. «Chaque année, je fais également venir un écrivain à l’école pour un atelier, s’enthousiasme-t-il. Plusieurs films ont été tournés à cette occasion-là.»

Autre fierté, voir que nos films plaisent à des festivals
où ils se retrouvent sélectionnés. Cette année, nous avons eu trois productions à Berlin, une à Rotterdam, d’autres à Belfort, Clermont-Ferrand. L’un de nos courts, «Je fais où tu me dis» de Marie de Maricourt, a été acheté par la RTS et montré à Berlin, dans la section Génération 14plus.» P.G.

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