Une HEAD en majesté ouvre les portes de son nouveau campus

FormationLe public pourra visiter le site des Charmilles les vendredi 19 et samedi 20 janvier. Explorations.

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Devant la splendeur des lieux, l’idée de reprendre des études en démangerait plus d’un. Lovés au creux de la pelouse ondoyante du parc Hentsch, les bâtiments Hippomène et Elna disent le riche passé industriel du quartier. Tout en vitrages étincelants et façades rouges, le premier, construit en 1944 par Jean Erb pour les usines Tavaro, évoque le Bauhaus des années 20; le second, imaginé en 1956 par George Addor afin d’en héberger le personnel administratif, constitue l’un des plus beaux emblèmes genevois de l’architecture moderniste et rationaliste.

À l’instar d’un troisième édifice sis juste en face, au 114 B de la rue de Lyon, qui abrita les activités d’Hispano-Suiza, ces monuments accompagnèrent l’âge d’or manufacturier du canton. Ils vont désormais incuber les talents de la Haute École d’art et de design, qui les a en partie investis en septembre. En fin de semaine, vendredi 19 et samedi 20 janvier, l’institution ouvrira les portes de l’ensemble de ses locaux au public (lire ci-dessous). L’occasion, donc, de visiter ce nouveau campus, dont les murs témoignent à la fois de l’histoire genevoise et du bouillonnement créatif dont émergeront les artistes de demain.

Baby-foot et jus d’orange

Dans le bâtiment principal, officieusement baptisé «H» pour Hippomène, règne un calme lumineux. Le rez-de-chaussée s’ouvre sur une vaste cafétéria, munie de banquettes immaculées, de tables de bois blond et de miroirs colorés en forme d’animaux. Des jeux de baby-foot appellent à la détente et, au fond, à côté de la machine à café, des oranges attendent dans un distributeur d’être fraîchement pressées. Les équipements, toutefois, demeurent encore un peu spartiates et sont appelés à s’étoffer. Dans le Cube attenant, on rencontre davantage d’animation.

En ce jeudi de janvier, ça ponce, ça coupe et ça échafaude dans ce monumental espace de presque 2000 mètres carrés voué aux événements et expositions: les étudiants en architecture d’intérieur y mitonnent en effet les installations destinées aux portes ouvertes. Auparavant établie dans les locaux dits de la Prairie, à la rue de Lyon, cette filière s’est installée au premier étage. Leurs camarades inscrits en communication visuelle et media design ont quitté la rue de l’Encyclopédie et la Prairie pour les deuxième et troisième niveaux. Ceux en espaces et communication suivront, à la faveur de la construction d’un quatrième étage en surélévation.

«C’est magnifique, les conditions sont idéales»

Chaque plateau comporte des ateliers ouverts, dotés de cloisons amovibles et propices au travail en groupe. Ils côtoient des salles fermées, plus grandes, permettant l’enseignement magistral. Les professeurs disposent également de bureaux. Un bourdonnement studieux donne des airs de ruche à ces superbes espaces, que la clarté du jour inonde à travers les baies vitrées courant le long de l’édifice.

Dans leurs alvéoles, les nouveaux arrivés se déclarent ravis de ce luxueux écrin. «C’est magnifique, les conditions sont idéales, se réjouit Daniel Sciboz, chargé de cours en master media design. La configuration des lieux, avec une alternance entre ateliers et salles de cours, est très adéquate. Sans compter qu’en termes de volumes, c’est bien plus généreux qu’avant!» Avant de pointer l’avantage de la proximité physique entre les filières, favorisant les interactions entre professeurs et étudiants.

Un argument auquel souscrivent ces derniers. «On est plus proches les uns des autres, commente Melissa, en deuxième année de master media design. C’est fédérateur, un sentiment d’appartenance va se développer et encouragera les projets transversaux.» Même si elle concède, comme plusieurs de ses condisciples, que certains aménagements techniques restent à faire, comme la possibilité de réaliser des projections pour les cours théoriques.

À deux pas de là trône le bâtiment Elna, dont l’élégance tout en longueur accueillera dans quelques mois la direction de l’école. Une belle bibliothèque sera aménagée au deuxième étage. Il y aura également de petites salles de classe. Mais de grands auditoires, point. «Notre idée était d’agencer d’amples espaces, en vue de mélanger étudiants et administration, explique Sandra Mudronja, responsable de la communication de la HEAD. Mais l’édifice étant classé, nous n’avons pas obtenu l’autorisation d’abattre les cloisons.»

Des merveilles de design

Rénové, tout comme Hippomène, avec grand soin par la banque qui en était propriétaire, Elna a conservé toutes ses caractéristiques architecturales et historiques des années 50. L’escalier est une œuvre d’art, l’ascenseur et les cuisines d’époque, et les éléments de mobilier, des luminaires aux cintres, des merveilles de design. Par les fenêtres donnant sur l’avenue de Châtelaine, on aperçoit les anciens ateliers d’Hispano-Suiza, derniers vestiges des grandes fabriques de la Rive droite, actuellement en friche.

Après des travaux de rénovation et la construction de deux étages supplémentaires, l’édifice accueillera, à la rentrée 2020, les Arts visuels et le Cinéma, qui quitteront leurs locaux du boulevard Helvétique et de la rue du Général-Dufour. Dans un peu plus de deux ans, les activités de la HEAD seront ainsi regroupées sur deux sites – le bâtiment historique du boulevard James-Fazy et le campus des Charmilles – contre sept aujourd’hui.


Visites libres et rencontres

Expositions, performances, projections, rencontres: le menu des portes ouvertes de la HEAD sera copieux. Les vendredi 19 (14 h 30 - 19 h) et samedi 20 janvier (10 h - 18 h), tous les bâtiments de l’institution accueilleront le public sur le nouveau site des Charmilles comme au centre-ville pour des visites libres des salles de cours et des ateliers. Les curieux pourront échanger avec les étudiants, les diplômés et les enseignants et s’informer sur les divers cursus. Des navettes faciliteront les déplacements d’un lieu à l’autre. Une expérience singulière attend les visiteurs au Cube d’Hippomène.

Pensée par un groupe d’étudiants en architecture d’intérieur sous la houlette de Simon Husslein, cette installation interactive intitulée In my HEAD proposera un voyage immersif dans l’âme de l’école. Invité à pénétrer dans une structure en bois habillée d’une toile noire, le spectateur sera happé dans une spirale obscure, guidé dans son parcours par des slogans lumineux évoquant, selon les élèves et les collaborateurs, la HEAD – «moulin à créativité», «famille d’artistes» ou «prison de luxe». Une fois sorti de ce sombre labyrinthe, on cheminera à travers des propositions offrant les visions personnelles des dix participants au projet, entre cabinet de curiosités, processus de création et bande-son insolite. Une aventure dans le ventre de la bête.

Programme détaillé et informations sur www.head-geneve.ch (TDG)

Créé: 15.01.2018, 17h14

Un budget maous

Si la HEAD peut s’implanter aux Charmilles, c’est à la Fondation Hans Wilsdorf qu’elle le doit. À la fin de 2016, l’organisme décide d’acheter puis de mettre à disposition de l’académie trois bâtiments voisins (Elna et Hippomène, anciennement propriétés du banquier Bénédict Hentsch, et 114B, rue de Lyon, auparavant aux mains de Swisscanto Invest) en lui conférant le droit de les exploiter. Cette donation se chiffre à plus de 100 millions de francs. Par ailleurs, en décembre 2017, le Conseil d’État a soumis au parlement cantonal un projet de loi ouvrant un crédit d’investissement de 14 millions pour l’aménagement des locaux du Campus HEAD, dont presque la moitié à destination des travaux du 114B, rue de Lyon.

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