Sous l’habit du gredin, le masque du comédien

ThéâtreSuccès populaire garanti pour «Le Bal des voleurs» d’Anouilh, dont Robert Sandoz traverse les strates avec une agilité de cambrioleur.

Le faux-semblant trompera-t-il l’ennui qui règne sur Vichy? Ici, deux larrons (Adrien Gygax et David Casada) travestis en hidalgos.

Le faux-semblant trompera-t-il l’ennui qui règne sur Vichy? Ici, deux larrons (Adrien Gygax et David Casada) travestis en hidalgos. Image: GUILLAUME PERRET

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Chez Jean Anouilh, le théâtre sert d’abord à déjouer l’ennui. Celui qui a assoupi un neurasthénique public parisien depuis l’avant-guerre jusqu’aux années 1980, mais aussi celui qui étreint, sur scène, les bourgeois dansant ce Bal des voleurs conçu en 1938. Eplucheur aguerri du répertoire de boulevard (Monsieur chasse! de Feydeau) comme de l’opérette (La Belle Hélène d’Offenbach), le metteur en scène chaux-de-fonnier Robert Sandoz pousse l’ambition plus loin. Divertir, oui, mais en ravivant les couches enfouies d’un théâtre qui, à la faveur d’une vaste mise en abyme, apporte un commentaire philosophique sur l’âme humaine.

Masquer pour démasquer

Aux thermes de Vichy, donc, la haute société se languit. Les messieurs manquent d’aventure, les dames de sexe. La seule excitation à se mettre sous la dent provient des larcins commis par des flibustiers de passage. Au nombre desquels cette association de malfaiteurs composée de l’oncle Peterbono (David Casada) et des cousins Hector (Adrien Gygax) et Gustave (Joan Mompart), qui ne recule devant aucun déguisement pour rafler tel diamant au premier curiste venu. Mais à malin, malin et demi: Arsène Lupin n’est pas qui l’on croit.

Car Lady Hurf (Anne-Catherine Savoy), oisive en chef dans ses appartements tapissés de trompe-l’œil, va dissiper la morosité en trompant les trompeurs. Passant du statut de spectatrice crédule à celui de metteur en scène stratège ou d’actrice rouée, elle va feindre de céder à la mascarade des escrocs caméléons pour mieux les épingler. Entraînant dans le bal son ami Edgard (Laurent Deshusses) et ses nièces Eva (Marie Druc) et Juliette (Fanny Duret), elle va superposer les masques pour mieux démasquer les voyous. Et nous apprendre au détour, longtemps après Shakespeare, Molière et consorts, que l’être n’est affaire que de paraître. Seul l’amour ne mentirait pas, lui.

Pot-pourri de styles

Forte de cette insondable vérité, la coproduction entre le Théâtre de Carouge, le Kléber-Méleau de Renens et la compagnie de Sandoz L’Outil de la ressemblance se voudra joyeusement fallacieuse à son tour. Et composite en diable: à peine mettrons-nous le doigt sur un genre scénique particulier qu’un autre viendra le brouiller. On croit assister à une comédie policière? C’est un ballet, voire un carnaval qui se déploie; ou plutôt, non, un opéra-bouffe, puisqu’on y fredonne sur tous les tons l’emblématique refrain des Beatles «Can’t buy me love!».

A peine discernerons-nous une référence qu’une autre la supplante. Tant par le jeu bondissant des comédiens que par l’utilisation de bas enfilés sur la tête, on perçoit l’influence du maître Omar Porras. Mais aussi, dans les costumes ou l’enrobage musical, les pattes du Loup comme du Théâtre Am Stram Gram – tous complices réguliers de Robert Sandoz. Tandis que les allusions cinématographiques pleuvent aussi, du côté aussi bien de Louis Feuillade et ses Fantomas, que de Haute Voltige et ses lasers de sécurité. Les bourdes grotesques des pieds nickelés de la cambriole ne manqueront pas non plus d’évoquer la série des Maman, j’ai raté l’avion

Pour éviter qu’un trop-plein de camouflage ne la plâtre, la mise en scène se devait de garder le rythme. Mission accomplie pour l’équipe artistique au complet, qui, parions-le, gagnera les cœurs grâce à cette déclaration d’amour au théâtre d’autant plus sincère qu’elle revêt une apparence artificieuse.

Le Bal des voleurs Théâtre de Carouge, jusqu’au 18 mars, 022 343 43 43, www.tcag.ch

Créé: 23.02.2017, 19h33

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