Le Grütli met sur pied une rétrospective presque complète de Cassavetes

CinémaJusqu’au 14 août, la quasi-totalité de ses films, dont tous les titres fondateurs, sont projetés aux cinémas du Grütli.

John Cassavetes et Gena Rowlands dans

John Cassavetes et Gena Rowlands dans "Love Streams". Image: DR

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Avec Scorsese, John Cassavetes est sans doute le cinéaste américain le plus influent de ces cinquante dernières années. Sauf qu’il y a chez lui, en plus, une tendance aux grands écarts que sa filmographie reflète complètement. Pourtant, entre le classicisme assumé de «A Child Is Waiting» (1963), sublime et mélodramatique véhicule pour une Judy Garland aussi déboussolée à l’écran que dans la vie, dans ce film face à Burt Lancaster, et les recherches expérimentales de «Faces» (1968), dans lequel s’expriment les libertés conquises durant la décennie, on sent très bien vers quoi tend Cassavetes. D’abord acteur, dans des séries puis au cinéma, il se décide un jour de 1959 à s’emparer d’une caméra pour faire un film. Sans moyens, sinon le peu d’économies qu’il possède, et avec des comédiens amateurs. Le film s’appellera «Shadows» et fait encore aujourd’hui figure de classique, ouvrant une voie à tout un cinéma bercé par le réel, montrant le chemin aux docufictions et à de nouvelles formes narratives qui vont petit à petit bousculer le paysage.

La liberté de ton d’un «Shadows», film brut et filiforme, ne va pas pour autant enfermer Cassavetes dans une forme, même si sa confiance en une troupe de comédiens fidèles - il faut bien sûr citer son épouse Gena Rowlands, Seymour Cassel, Peter Falk ou Ben Gazzara - ainsi que son obsession pour la spontanéité, à ne pas confondre avec l’improvisation, contribuent à définir un style en propre. Sa filmographie n’est pas très longue. De 1959 à son décès en 1989, douze longs-métrages se succèdent. Onze si on excepte «Big Trouble» (1985), qu’il signa pour remplacer Andrew Bergman sans en écrire le scénario. Sur ces onze films, dix (manque ici «Too Late Blues») composent la belle rétrospective organisée aux cinémas du Grütli jusqu’au 14 août. Tous les titres fondateurs sont présents.

Ceux avec Gena Rowlands méritent particulièrement une nouvelle vision. Après «Minnie et Moskowitz» (1971), subtile dérive amoureuse, il offre à sa femme trois de ses plus beaux rôles avec «Une femme sous influence», «Opening Night» et «Gloria» (commandité par la MGM). En 1984, il fait couple avec elle dans le superbe «Love Streams», qu’on cite cependant moins volontiers, incontestable Ours d’or à la Berlinale 1984. Avec le recul, ce film fait un peu figure de testament, ou du moins d’une œuvre d’adieux. À cette époque, Cassavetes commence en effet à être affecté par la maladie. Il souffre d’une cirrhose qui l’emportera en février 1989.

Son héritage reste monumental. La plupart des auteurs européens et américains se réclament de lui. Et c’est toujours le cas. De Pialat à Woody Allen, tous les cinéastes ont été ou sont des héritiers de Cassavetes. Et son apport à l’histoire du cinéma américain demeure fondamental. Une rétrospective solide de son œuvre méritait d’être enfin mise sur pied. Idéale pour enrichir l’été et remplir vos futures soirées.

Programme complet: //www.cinemas-du-grutli.ch/agenda/24601-john-cassavetes (TDG)

Créé: 10.07.2018, 17h08

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