Le grand troc des joyaux culturels genevois a démarré

Répartition des tâchesSelon un accord signé hier, la Nouvelle Comédie sera gérée par la Ville. Le Canton pourrait récupérer le Grand Théâtre.

Le Conseil d’Etat et le Conseil administratif sont parvenus à un accord sur la répartition des tâches en matière de culture.?

Le Conseil d’Etat et le Conseil administratif sont parvenus à un accord sur la répartition des tâches en matière de culture.? Image: GEORGES CABRERA

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Les arts dramatiques à la Ville et l’art lyrique – Grand Théâtre et Orchestre de la Suisse romande – au Canton. C’est dans les grandes lignes ce à quoi pourraient aboutir le Conseil d’Etat et le Conseil administratif de Genève, qui ont signé hier une déclaration conjointe s’inscrivant dans le processus de répartition des tâches entre Etat et communes. Une déclaration très attendue, notamment par le Grand Conseil, qui devrait procéder au vote sur l’investissement de 45 millions de francs pour la construction de la Nouvelle Comédie à la fin de l’année. Les députés, PLR en première ligne, exigeaient pour se prononcer d’en savoir plus sur la répartition des tâches en matière de culture.

L’Opéra au Canton

La déclaration est claire: le budget de fonctionnement de la Nouvelle Comédie sera pris en charge par la Ville. Quant au Grand Théâtre et à l’OSR, une réforme de leur gouvernance pourrait aboutir dès 2018 soit à un partenariat, soit à un transfert de la Ville au Canton. La Bibliothèque de Genève aux Bastions, anciennement nommée BPU, pourrait subir le même sort. Pour rappel, la loi sur la culture, votée en mai 2013, mentionne un rôle renforcé du Canton dans la culture, en particulier en ce qui concerne les institutions d’intérêt stratégique.

«Historiquement, c’est un geste important. C’est la première fois que la Ville ouvre une porte à un éventuel transfert du Grand Théâtre», a souligné Sami Kanaan, conseiller administratif en charge de la Culture. Le processus n’en est qu’aux balbutiements car un tel changement induit de grands bouleversements, notamment en ce qui concerne le statut des employés, pour l’heure majoritairement à la charge de la Municipalité. En cas de transfert, la question du bâtiment devra aussi être discutée, puisque la Ville, qui vient d’investir plus de 60 millions dans sa rénovation, en est propriétaire.

Transfert des charges

Dans un avenir plus proche, d’autres redistributions, plus aisées à mettre en place, devraient intervenir. La première phase de cette répartition démarrera dès 2017. Les institutions et manifestations d’importance «intermédiaires» – une trentaine au total dont les Théâtres du Grütli, de Saint-Gervais, Am Stram Gram ou du Loup ainsi que les festivals de La Bâtie, Tous Ecrans ou le FIFDH – seront reprises par la Ville. Quant à la politique du livre, elle sera entièrement gérée par le Canton. Parmi les autres nouveautés, on retient que les subventions en matière d’arts de la scène liées à la création seront reprises par la Ville alors que le Canton s’occupera de celles qui concernent la diffusion.

Selon Anne Emery-Torracinta, ces mesures doivent rassurer les acteurs concernés: «Etre seul responsable dans son domaine permet de responsabiliser les autorités publiques. Les montants totaux des subventions resteront les mêmes. Cet accord permet de clarifier les rôles et de simplifier les démarches.»

A noter que conformément à la loi sur le désenchevêtrement, les transferts des tâches s’accompagneront du transfert des ressources financières liées.


«Un travail à terminer»

La feuille de route de la répartition du financement de la culture entre le Canton et la Ville de Genève permettra-t-elle de sauver le projet de la Nouvelle Comédie? Le Canton doit en effet compléter le crédit de réalisation de l’ouvrage à hauteur de 45 millions de francs. Mais une majorité de la Commission des travaux du Grand Conseil (PLR, MCG et UDC) a refusé le crédit à la fin de septembre.

Or, les élus PLR, qui ont fait pencher la balance, ont déclaré qu’ils voulaient connaître la répartition des tâches en matière de culture. Pour le député PLR Frédéric Hohl – qui sera le rapporteur de majorité sur cet objet – le flou qui subsiste sur le Grand Théâtre reste un gros problème.

«Ils avancent, mais le travail n’est pas terminé, réagit le député. A titre personnel, je suis déçu.» L’élu se dit toutefois satisfait des éclaircissements sur le subventionnement de la Fondation d’art dramatique. «Ils ont répondu à la moitié des questions posées», ajoute-t-il.

Sera-ce suffisant pour modifier le vote de la députation PLR? Frédéric Hohl ne répond pas à cette question. Ce qui est certain, c’est que cela n’aura pas d’influence sur la position de l’UDC et du MCG. «Nous avons une dette de 13 milliards, commente le MCG Sandro Pistis. La Ville ne peut nous demander de financer ses choix culturels. Elle doit les assumer.»

Eric Budry (TDG)

Créé: 18.11.2015, 21h42

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La Nouvelle Comédie sort du purgatoire

Cette fois, ça y est: la balle est dans le camp des députés PLR, dont le vote devrait faire pencher la balance. En septembre, leurs doutes avaient abouti à refuser en commission le crédit de 45 millions destiné à la construction de la Nouvelle Comédie. Un dossier qui mûrit depuis quinze?ans, dans la concertation, pour lequel le Conseil municipal s’est engagé à payer plus de la moitié de la facture et qui s’inscrit dans l’urbanisation de tout un quartier autour de la gare CEVA des Eaux-Vives. Bref, un projet lancé sur les rails à pleine vitesse.

Mais en septembre, donc, le PLR cantonal, qui n’arrivait pas à se mettre d’accord sur la nécessité de cette nouvelle scène, a décidé de mêler la Nouvelle Comédie à la répartition des tâches entre Ville et Canton. Histoire d’ajouter un peu de «Genferei» dans un dossier trop bien huilé, peut-être. Une condition fut posée: pas de vote positif en plénière pour l’institution théâtrale – dont les travaux doivent commencer en 2016 – tant que le désenchevêtrement en matière de culture n’aurait pas abouti à un accord. Les milieux concernés et la Ville, le magistrat Sami Kanaan en tête, n’ont pas hésité à dénoncer une «prise en otage». La Nouvelle Comédie était au cœur d’un troc. Et l’issue, difficile à percevoir tant les désaccords sur cette répartition semblaient importants.

Hier, la donne a changé. Une déclaration conjointe a été signée. La Ville lâche du lest, elle cède au Canton la politique du livre – un morceau loin d’être anodin. Mieux: elle se dit prête pour la première fois à laisser filer son bijou le plus précieux, le Grand Théâtre. Et à prendre à sa charge, entièrement, le budget de fonctionnement du futur joyau à l’avenir incertain. L’effort a été fourni. Le Conseil d’Etat a rappelé son soutien catégorique à la Nouvelle Comédie. Si le PLR ne change pas son fusil d’épaule, il devra assumer le trou qui s’offrira aux passants sur la future esplanade des Eaux-Vives. A.VA.

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