Avec «Le grand marin», la pêche en Alaska est racontée de l’intérieur

RencontreCatherine Poulain débarque avec un premier roman d’aventures, une bourrasque d’air frais dans le milieu littéraire parisien.

«Ces bateaux, ces marins viennent d’un monde de romans de l’enfance», raconte Catherine Poulain sur la pêche en Alaska.

«Ces bateaux, ces marins viennent d’un monde de romans de l’enfance», raconte Catherine Poulain sur la pêche en Alaska. Image: Geoffroy Mathieu

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Catherine Poulain a la passion de la mer chevillée au corps et, avant même qu’il ne soit sorti, Le grand marin, son premier roman d’inspiration très autobiographique, avait réveillé le milieu littéraire parisien en lui apportant l’air du large.

Nous nous rencontrons chez son éditeur, Olivier Cohen, en plein cœur de Montparnasse. Authentique, c’est le premier mot qui nous vient à l’esprit lorsqu’on la voit. Mais comment passe-t-on d’une paroisse de Martigue (son père était pasteur) et d’une famille de cinq filles, à la pêche au flétan en Alaska? «Lorsque j’avais 11 ans, je faisais déjà du stop en cachette. Puis j’ai passé mon bac, pour faire plaisir à mes parents, et j’ai décidé de partir tout de suite après. Je ne savais pas ce que je recherchais, une sorte de Graal, quelque chose de mystique que je n’arrivais pas à définir. Je suis arrivée en Asie, où j’ai travaillé dans un bar de Hongkong, ne sachant pas qu’il s’agissait d’un bar de prostituées. Ensuite je suis allée en Inde, en Thaïlande, au Népal… Je n’avais jamais de plan, je dormais dans les gares.»

Une existence brute
Durant des années, elle enchaîne les allers et retours entre l’ailleurs et la France, où elle est saisonnière agricole: «Je vivais dans un petit camion. C’était déjà une existence un peu brute, mais que j’aimais beaucoup.» Puis elle part pêcher en Islande, ramasser des pommes au Canada, travailler sur des chantiers navals à Seattle, jusqu’à ce qu’elle entende parler de la pêche en Alaska et se dise: «Ça doit être encore plus fort comme sensation.»

Elle ne sera pas déçue du voyage, un voyage qui durera une dizaine d’années et dont elle nous raconte les premiers mois dans ces pages. «Ces bateaux, ces marins viennent d’un monde de romans de l’enfance. Tout à coup, j’étais dans le livre.» Elle est menue, fluette? «Je compensais ma faiblesse par de l’agilité et de la résistance.» C’est une femme parmi des dizaines d’hommes? «A bord, la seule chose qui compte, c’est la pêche. Si on n’est pas capable de tenir le coup, on débarque.»

Après une dizaine d’années de cette vie, elle se fait expulser faute de green card. «Pour moi, il y aura un avant et un après l’Alaska. Pendant six ans, j’ai essayé d’y retourner. En vain.» Revenue en France, elle devient bergère, ce qu’elle est encore aujourd’hui, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Ses patrons lui ont accordé un mois de disponibilité pour s’occuper de la promotion de son récit.

Carnets de voyage
Mais ce récit justement, comment est-il né? «J’ai toujours tenu un journal, et surtout des carnets de voyage, dans lesquels je ne racontais pas seulement ce que j’avais vu, mais aussi mes pensées, mes rêves… J’avais commencé pas mal d’histoires, mais étant donné mon travail très dur et physique, je n’arrivais pas à les terminer. Et puis j’ai rencontré Anne Vallaeys, l’auteure d’un essai intitulé Le loup est revenu. Nous sommes devenues amies, elle a présenté mes manuscrits à Olivier Cohen en décembre 2014.»

Enthousiaste, il l’encourage à poursuivre et quelques mois plus tard, elle termine le premier volume d’une série qui devrait comporter plusieurs titres. «Je n’ai pas encore commencé le deuxième, car j’ai mes brebis. Elles me prennent du temps.» Elle envisage pourtant de s’installer, à partir de l’été prochain, dans une maison de famille, qui se trouve dans le Sud-Ouest. Elle pourrait consacrer ses journées à écrire. «Et à travailler la vigne, parce que j’ai besoin de fatigue physique. Ce corps, je le respecte lorsque je l’ai épuisé. C’est comme cela que je me sens vivante.»

«Le grand marin» de Catherine Poulain, Editions de l’Olivier, 373 p. (TDG)

Créé: 15.02.2016, 19h48

La passion de la mer évoquée avec force

Elle s’appelle Lili, n’est pas plus haute que trois pommes et pourtant, pendant des années, elle va se mesurer à des hommes au gabarit XXL, des marins qui sont nés sur l’eau et qui tanguent dès qu’ils retrouvent la terre ferme.

Car la passion de Lili, c’est la mer. Ou plus précisément la pêche. Elle veut embarquer sur n’importe quel cargo. Elle aurait pu choisir la Bretagne, elle a préféré l’Alaska. Et là débute la grande aventure. Pouvoir d’abord rester sur le sol américain sans la fameuse green card. Puis réussir à se faire embaucher sur un cargo pour plusieurs semaines, alors qu’elle n’a aucune expérience. Et enfin, se confronter à des équipages uniquement masculins avec les problèmes que cela peut soulever, pas besoin de vous faire un dessin.

C’est cela que raconte avec une verve et une force d’évocation Catherine Poulain dans «Le grand marin». Vous pêchez le flétan ou le crabe en sa compagnie, vous hurlez de douleur lorsqu’un poisson vous a infecté la main de son poison, vous essuyez les tempêtes et les beuveries de vos camarades, vous dormez à même le sol, car la galanterie cède la priorité à la loi du plus fort et peu importe si cette couchette vous était attribuée.

Et puis bien sûr, il y aura une histoire d’amour avec «le grand marin» qui est aussi un grand alcoolique. On a parfois l’impression d’approcher tout près de l’enfer, et pourtant, l’espiègle Lili en redemande. Elle veut être à la hauteur, quitte à y laisser sa peau. On ressort épuisé de ces pages, avec la sensation de n’avoir rien lu de tel depuis longtemps.

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