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Le goût des choses inutiles et des mots savoureux

Dominique de Rivaz publie «Le monsieur qui vendait des choses inutiles», un délicieux recueil d'histoires sur la mort, et sur la vie aussi.

Dominique de Rivaz se délecte des mots avec gourmandise.
Dominique de Rivaz se délecte des mots avec gourmandise.
DR

Comme «ces monticules parfaits, mis en scène, crema, champagne, pistache, sorbet chocolat» ou ces délices à l’Italienne qu’elle énumère avec appétit – risotto aux fraises, fleurs de courgettes farcies, bolognaise au sanglier, coeur d’artichaut à la romaine – Dominique de Rivaz se délecte des mots avec gourmandise. Elle en fait ses choux gras, comme on dit, une jolie expression qui aurait sûrement plu à l’un ou l’autre de ses invités.

Car dans «Le monsieur qui vendait des choses inutiles», l’auteure valaisanne installée aujourd’hui à Berlin tient la main des vieilles gens sur leur lit de mort. Une manière douce de recueillir leurs ultimes paroles, leurs derniers regards, leurs désirs formulés in extremis, souvent cocasses, et d’en faire son miel d’écrivain. «Madame de Crèvecoeur agonise. Dans le miroir pâle de sa psyché elle devine son époux qui enlace sa jeune maîtresse. – Déjà? murmure-t-elle. Et elle passe outre, en un soupir.»

«Je dédeviens»

Ce voyage sans retour que l’on sent souvent approcher, Dominique de Rivaz l’appelle joliment - citant Bernadette P., de Boncourt, dans le Jura suisse – le «dédevenir»: «Comment allez-vous, Bernadette? – Ma foi… Je dédeviens.» On se détricotte, en somme, et l’écrivain épie le phénomène.

C’est ce qui arrive à la narratrice du désopilant épisode «Coming Out». L’alerte sexagénaire est heureuse en ménage: depuis toujours, elle et son squelette font la paire. Elle dévore à sa table «un os à moelle gratiné accompagné de sa fleur de sel» et apprête pour lui «l’osso buco, cette délicieuse tranche de jarret de veau que j’adorais cuisiner» sans qu’il s’en offusque le moins du monde.

Le squelette fait sa crise

Et puis tout change. Happée par la midlife crisis, sa carcasse s’en va vivre sa vie de son côté. «Les mois passaient. J’avais tenu jusque-là par volonté et par orgueil, mais l’attraction terrestre aidant, je perdais millimètre par millimètre, je m'affaissais, me sentais devenir poulpe ou méduse (...) Allait arriver l’instant où je me dégonflerais entièrement sur moi-même avec un indécent petit bruit, tel un ballon irrévérencieux.»

«Le monsieur qui vendait des choses inutiles» est un joli petit livre inclassable et lui, très utile. Un recueil de récits en tous genres - chroniques familiales, anecdotes, portraits, confessions, fantaisies - liés par un ton: burlesque, mordant, cruel, lucide et tendre. Avec Dominique de Rivaz, la vie et la mort, le lit et la table, se mitonnent sur le même fourneau avec des ingrédients identiques. Il faut ici-bas et là-haut une entrée avivée d’un zeste de citron, une potée roborative relevée au piment d’Espelette et pour la fin, un carré de chocolat noir sans une once d’amertume. Un régal.

«Le monsieur qui vendait des choses inutiles» de Dominique de Rivaz, Editions Le Cadratin, 75 p.

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