Gotthard, classique helvétique

DisqueLe plus gros vendeur du hard rock national revient avec un «Silver» en application maîtrisée de sa formule à succès, entre séduction FM et morsures électriques

Bien installé dans sa nouvelle configuration, le quintette (Nic Maeder au premier plan) ose un regain de variété.

Bien installé dans sa nouvelle configuration, le quintette (Nic Maeder au premier plan) ose un regain de variété.

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En 1977, quand il lui arrivait de dormir, Keith Richards des Rolling Stones plaçait son Smith & Weston sous l’oreiller et ne tolérait pour le réveiller que son fils Marlon, 7 ans, et pas avant la fin de l’après-midi. Quarante ans plus tard, les rockers se lèvent à l’aube et vont bosser. Gotthard, du moins. Les temps ont changé, la rock’n’roll attitude ne peut plus grand-chose face aux règles bien huilées du business promotionnel. Et puis, les Suisses ont une réputation à tenir: ponctualité, affabilité, professionnalisme… et rock’n’roll, néanmoins.

Ainsi, Nic Maeder et Freddy Scherer, respectivement chanteur et guitariste de la formation helvétique la plus capée (un million de ventes nationales), croquent leurs tartines après avoir assuré une interview très matinale sur une radio lausannoise. Le groupe transporte Silver dans sa besace, nouvel exemple de classic rock que Gotthard pond avec une régularité de coucou suisse: un disque, une promo, une tournée. Depuis cinq ans que Nic Maeder tient le micro, le natif d’Yverdon n’a pu retourner qu’une seule fois en Australie, où il a passé la majeure partie de sa vie avant de remplacer Steve Lee, le chanteur originel mort sur la route en 2010. «On ne va pas en Australie pour moins de trois semaines. Or, l’agenda du groupe est à ce point serré qu’il est difficile de dégager cette période de temps.»

Studio sous les palmiers

En mai dernier, le guitariste fondateur Leo Leoni nous ouvrait les portes de son studio tessinois. Silver était alors en pleine maturation. La table de mix jouxtait une baie vitrée donnant sur un jardin avec ses palmiers et ses fleurs presque tropicales qu’autorise le climat de Lugano. Les amplis Marshall et Orange d’époque ronronnaient comme les félins sur les genoux du guitariste. Le reste du groupe était attendu pour midi, chacun venant de sa demeure tessinoise. Relax. «On a de la chance, reconnaît après coup Freddy Scherer. Avant Gotthard, dans les années 1980, j’ai connu des enregistrements à New York dans des studios pourris et des ambiances speed. Ça ne fonctionne pas mieux niveau création, tu as de toute façon besoin de calme pour composer. Nous avons fait un choix en achetant notre propre studio il y a longtemps, ça nous donne un cadre et un rythme qui nous conviennent.»

De fait, une année a été employée pour accoucher de Silver. Le groupe n’est pas dupe: son public n’attend pas de lui qu’il révolutionne la musique en général, ni la sienne en particulier. Entre hard FM et classic rock, Gotthard doit soigner ses variations, sur un ton un peu plus sauvage permis par le surplus de mordant de Nic Maeder. «On remet toujours les compteurs à zéro quand on démarre un nouveau disque, pondère-t-il. Les premières semaines sont souvent compliquées, on doit retrouver l’ambiance du studio, on essaye des trucs. Cela dit, notre style, c’est ce qu’on écoute et ce que notre public apprécie. On peut s’autoriser quelques astuces mais on garde notre ADN.» L’avantage du classique, c’est qu’il dure. Et qu’il charrie quelques comportements économiques «vieille école» bienvenus dans la crise du disque. «Surtout en Allemagne, les fans récompensent encore le travail du groupe en achetant son disque, assure Freddy Scherer. Heureusement!»

Moins de ghettos

Pour autant, l’époque des centaines de milliers de CD écoulés est loin. Gotthard trouve sur la route son équilibre commercial, parmi les solides formations du circuit international. Amérique du Sud, Asie, Europe, les hardeux helvétiques glanent un peu partout les lauriers de leur endurance. «Le public est moins sectaire, assure le guitariste. On peut jouer au Hellfest (ndlr: festival de metal français parmi les plus grands au monde) entre Scorpions et Slayer sans que cela étonne, ce qui aurait été impossible il y a vingt ans, où on ne mélangeait ni les styles, ni les publics.»

De la même façon, la polémique sur le gros penchant «radiophonique» de Gotthard, suite aux attirances pop et glamour de Steve Lee au début des années 2000, n’a plus lieu d’être. La conversation fait rouler les noms de Led Zeppelin, Deep Purple, AC/DC… le Panthéon hard rock, ou ce qu’il en reste. Des guitares électriques, des solos aigus, des grosses caisses épaisses, des rugissements à la sensualité exacerbée, des histoires de «baby», de «come on» et de «oh yeah!» Que Gotthard les enrobe d’un peu de sucre, là encore, ne fait que rendre hommage à l’ascendance chocolatière de son passeport rouge à croix blanche.

(TDG)

Créé: 14.01.2017, 21h04

L’opulence moins la Chantilly- critique

Peut-être fallait-il à Gotthard ce temps pour oser revenir à toute l’amplitude de sa formule hard et FM. Le troisième album avec Nic Maeder au micro retrouve le groupe à l’équilibre entre son lyrisme très orchestré, ses balades acoustiques et ses coups de trique rock’n’roll. Silver réussit ce pari, osant emballer sa production dans une instrumentation variée (cordes, synthés) qui ne nuit pas à la solidité du propos. Dans cette obédience au classic rock large, l’influence de Deep Purple cligne de l’œil élégamment (bel emploi de l’orgue Hammond). L’usine à riffs tourne à plein et cimente les pièces les plus carrées, les guitares acoustiques encordent sans graisse ajoutée la voix du chanteur, et même les velléités les plus symphoniques (Love is Real, Why) ne se noient pas dans la Chantilly et conservent une sensibilité à vif.

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