Goethe, l’Illuminati traumatisé par la Révolution française, s’expose à Cologny

ExpositionLa Fondation Bodmer présente des documents rares de l’écrivain allemand et met en lumière ses rapports passionnels avec la France.

Jacques Berchtold, directeur de la fondation, présente Goethe, peint vers 1826 par Kolbe. Un portrait que feu Martin Bodmer, qui possédait en outre la plus grande collection au monde – hors Allemagne – sur Goethe, gardait accroché dans son bureau.

Jacques Berchtold, directeur de la fondation, présente Goethe, peint vers 1826 par Kolbe. Un portrait que feu Martin Bodmer, qui possédait en outre la plus grande collection au monde – hors Allemagne – sur Goethe, gardait accroché dans son bureau. Image: FONDATION M. BODMER/MAÏNA LOAT

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«Goethe était l’auteur favori de Martin Bodmer, qui a rassemblé la plus importante collection au monde en dehors d’Allemagne», assure Jacques Berchtold, directeur de la Fondation Martin Bodmer et commissaire de l’exposition Goethe et la France, qui s’y tient jusqu’en avril. C’est la première fois que le musée colognote met les documents ayant trait à l’écrivain allemand sous les yeux des visiteurs. Manuscrits autographes, lettres, éditions originales comme la Lettre à un pasteur, dont il n’existe que deux exemplaires au monde, aquarelle de Goethe ou encore des études de Méphistophélès par Delacroix, etc. L’exposition impressionne par la rareté de ses objets, dont plus de 80% proviennent des fonds de la fondation.

Moins instable mentalement que Rousseau

C’est la relation passionnelle de Goethe avec la France qui est mise à l’honneur. Au début, c’était mal parti. Etudiant en droit à Strasbourg, Goethe s’était fendu d’un virulent pamphlet pour défendre l’art gothique et le manque d’organes des Français pour apprécier celui-ci. C’était une réponse au Français Laugier, qui assurait dans son Essai sur l’architecture que «plus on s’éloignait de Paris, plus l’architecture était bâtarde».

Mais les relations entre la France et Goethe se détendent ensuite. «Il vouait une passion aux peintres français qui représentaient l’Italie, comme Claude le Lorrain. Et bien sûr aux écrivains comme Diderot, Voltaire et surtout Rousseau, dont il ne voulait pas entendre les querelles. Il est frappant de constater que Rousseau, instable, se guérit de ses folies en créant avec La Nouvelle Héloïse un héros qui surmonte la tentation du suicide en vivant auprès de la femme aimée qu’il ne peut pas épouser. Goethe, plus équilibré mentalement, exorcise son mal avec le choix du suicide dans Les souffrances du jeune Werther, qui a connu un succès dans toute l’Europe.» Ce livre a eu une grande influence sur des auteurs français, comme Benjamin Constant ou de Senancour.

Mais c’est Faust qui a réellement marqué la culture française. D’abord conspué par de nombreux critiques, Goethe est soutenu notamment par Mme de Staël. Gérard de Nerval traduit si bien ses vers (une édition originale, avec dédicace de l’auteur, est exposée) que Goethe dira qu’il ne supporte plus de lire son Faust que dans sa version nervalienne.

Faire un pacte avec le diable

Passer son existence à accumuler des connaissances, est-ce rater sa vie? Y a-t-il une limite aux savoirs? Peut-on s’aventurer du côté occulte, dans l’hermétisme, l’alchimie, jusqu’au pacte avec le diable? Des questions centrales dans Faust, qui intéressent fort Goethe, membre des illuminés de Bavière et d’autres groupuscules religieux piétistes ou quiétistes. «Un hommage explicite aux Prophéties de Nostradamus est rendu dans Faust. Les sociétés secrètes ont joué un grand rôle pour Goethe. Il a occupé un très haut grade dans la franc-maçonnerie. Beaucoup de loges franc-maçonnes françaises du XIXe siècle ont pris le nom de loge Goethe, où il était perçu comme Mozart, soit un initié.»

Pourtant, la Révolution française est un «vrai traumatisme» pour Goethe: «Il croyait que seules les petites communautés de génies, de belles âmes – dont il se voyait faire partie – pouvaient amener le progrès à l’humanité. Il gardait la plus grande méfiance envers la violence de la foule, la vulgarité de la masse. Il aurait préféré que l’aristocratie réforme les choses plutôt que de voir régner la terreur populaire.»

Ce n’est qu’à partir de Napoléon que Goethe reprend espoir en la politique française. L’admiration était mutuelle et l’empereur a accroché la Légion d’honneur sur la poitrine de l’auteur allemand. Un goût pour «l’ennemi français» qui passera mal un siècle plus tard, où les Nazis préféreront à Goethe des écrivains jugés plus patriotiques.

«Goethe et la France» Fondation Martin Bodmer, rte Martin-Bodmer 19, Cologny, jusqu’au 23 avril 2017. Infos sur www.fondationbodmer.ch

(TDG)

Créé: 23.11.2016, 13h03

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