A Gianadda, Picasso rend la femme multiple

Art moderne Construite autour de Jacqueline, sa femme et modèle, l’exposition sur l’œuvre tardif de l’artiste explore sa créativité foisonnante.

L’exposition «Picasso, l’œuvre ultime, hommage à Jacqueline» permet d’apprécier la grande diversité des déclinaisons de Picasso autour d’un même sujet: sa femme, Jacqueline.

L’exposition «Picasso, l’œuvre ultime, hommage à Jacqueline» permet d’apprécier la grande diversité des déclinaisons de Picasso autour d’un même sujet: sa femme, Jacqueline. Image: SUCCESSION PICASSO/2016 PROLITTERIS ZURICH/CLAUDE GERMAIN/RMN-GRAND PALAIS, GERARD BLOT

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«Elle a le don de devenir peinture à un degré inimaginable.» Par ces mots, Pablo Picasso évoque la femme qu’il rencontre en 1952 et épouse en 1961. Fasciné par la beauté de Jacqueline Roque, l’artiste la prend comme modèle féminin exclusif jusqu’à la fin de sa vie. Afin de rendre hommage à cette égérie, morte il y a trente ans, la Fondation Gianadda propose pendant l’été une exposition autour de la figure de Jacqueline et de l’œuvre tardif du maître espagnol, des années 50 à sa disparition en 1973.

A Martigny, une bonne surprise attend le visiteur: pour une fois, des panneaux explicatifs ponctuent l’exposition. Grâce à eux, on peut suivre un parcours principalement thématique, construit autour des multiples techniques utilisées par l’artiste. Car pendant cette période de grande stabilité assurée par son épouse, Picasso ne cesse d’expérimenter et d’innover.

Pour la plupart de grand format, les huiles occupent le plus vaste espace d’exposition du lieu, où les œuvres sont moins nombreuses et moins entassées que d’habitude. Heureusement, car il faut de la place et du recul pour bien les admirer et les comparer aux peintures voisines.

Dès les premières toiles, on est frappé par la variété de styles de Picasso. On passe d’un portrait très sobre et réaliste, presque monochrome, à une peinture où les éléments du visage et du corps sont dispersés dans un feu d’artifice multicolore. Le regroupement d’œuvres représentant un même modèle, dans une posture semblable et avec un cadrage proche, permet d’apprécier toute la richesse des déclinaisons.

La ligne de ses sourcils

Dans ces portraits, l’artiste joue avec les contrastes: la ligne et la surface, l’aspect décoratif et le rendu naturaliste, la couleur et le noir et blanc. Source d’inspiration inépuisable, la figure féminine se fait multiple. Parfois, seuls la ligne particulière de son nez et ses sourcils ainsi que ses yeux en amande permettent de reconnaître Jacqueline, tour à tour rêveuse, altière, sensuelle ou complice.

Dans les vingt dernières années de sa vie, Picasso développe également la thématique du peintre et son modèle, qu’il a régulièrement abordée. Là aussi, la confrontation des deux personnages donne lieu à de nombreuses variantes. Même ses réinterprétations du Déjeuner sur l’herbe de Manet, où l’artiste se concentre sur le face-à-face entre la femme nue et l’homme habillé, peuvent être assimilées à ce thème.

En constante recherche de nouveauté, Picasso explore les possibilités de la gravure, mélangeant même différentes techniques: eau-forte, aquatinte, pointe sèche, linogravure, lithographie… Dans l’exposition, la présentation de plusieurs épreuves montre comment l’artiste modifie son dessin entre deux tirages, où le nu est souvent mis en évidence.

Jacqueline se retrouve aussi célébrée dans les nombreux dessins et les céramiques de Picasso, qui y décrit les courbes féminines en quelques gestes virtuoses. Sans oublier ses portraits en tôle ondulée, hésitant entre les deuxième et troisième dimensions.

Un modèle photographe

On ne manquera pas la partie consacrée aux photographies permettant de mieux entrer dans l’intimité du couple. Jacqueline elle-même a pris bon nombre de clichés, soigneusement mis en scène. Le travail de David Douglas Duncan, Henri Cartier-Bresson et Lucien Clergue, qui ont immortalisé la vie quotidienne de l’artiste, est également présenté.

Enfin, le film documentaire projeté en sous-sol donne davantage d’épaisseur aux protagonistes de l’exposition. Et laisse à penser que la vie de Jacqueline, entièrement dévouée à son génie de mari, ne devait pas être si facile… Comme le dit Duncan: «Le cadeau que Jacqueline fit à Pablo – outre un amour absolu – semble avoir été la tranquillité.»

«Picasso, l’œuvre ultime» Jusqu’au 20 novembre à la Fondation Gianadda à Martigny, tous les jours 9 h-19 h. Infos: www.gianadda.ch

Créé: 27.06.2016, 19h01

«Picasso, l’œuvre ultime, hommage à Jacqueline»

SUCCESSION PICASSO/2016 PROLITTERIS ZURICH/CLAUDE GERMAIN/RMN-GRAND PALAIS, GERARD BLOT

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