Genève va vivre à la démesure des Géants

Spectacle Du 29 septembre au 1er octobre, les titans poétiques de la compagnie nantaise Royal de Luxe viendront conter aux habitants l’histoire de leur ville.

La Grand-Mère dort à Anvers, en 2015, devant un essaim de cyclistes curieux: c’est ainsi que les Genevois la découvriront le 27 septembre 2017 au Bâtiment des Forces Motrices.

La Grand-Mère dort à Anvers, en 2015, devant un essaim de cyclistes curieux: c’est ainsi que les Genevois la découvriront le 27 septembre 2017 au Bâtiment des Forces Motrices. Image: Serge Koutchinsky

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Au début de l’automne, le cœur de la raisonnable Genève battra au rythme de la démesure. Venus tout exprès de derrière le mur de Planck – qui marque la limite de notre univers – deux êtres gigantesques déambuleront dans les rues de la ville, afin d’y distiller leur douce magie à hauteur de toits. Durant trois jours, la Grand-Mère et la Petite Géante raconteront à la foule les petites et la grande histoires de la cité, assistées dans leurs mouvements de colosses par des dizaines de Lilliputiens en livrée de velours rouge. Leur venue, révélée dans nos colonnes le 22 avril 2016, a été présentée dans le détail mardi à la presse.

Après Berlin, Manille, Chicago, Anvers ou Montréal, la compagnie nantaise Royal de Luxe a donc décidé de dérouler un épisode de sa Saga des Géants sur le pavé genevois, intitulé Le chevalier du temps perdu. Débutées en 1993 au Havre et fomentées par Jean-Luc Courcoult, fondateur foutraque de Royal de Luxe, les aventures de ces titans de bois et d’acier de près de dix mètres de haut ont déjà ravi des millions de personnes à travers le monde. «Où qu’ils aillent, les Géants font une chose absolument unique, s’enthousiasme Jean Liermier. Ils percent le cœur des spectateurs.» L’actuel directeur du Théâtre de Carouge peut se targuer d’être à l’origine du séjour des spectaculaires créatures au bout du lac, pour avoir invité, il y a quelques années, la Petite Géante à faire un stage de ski sur le toit de l’institution qu’il dirige et ainsi noué le dialogue avec la troupe établie à Nantes.

1 Un scénario tricoté sur mesure pour Genève

Usant des territoires urbains comme d’immenses plateaux de théâtre, Jean-Luc Courcoult établit une intrigue spécifique pour chaque lieu. «Je considère l’histoire d’une cité pour inventer un scénario particulier, explique l’excentrique derrière d’ahurissantes lunettes orange et zébrées. Les thèmes de mes spectacles tournent autour des légendes populaires qui constituent les racines et la mémoire d’une ville.» Fidèle à ses habitudes, le metteur en scène n’a révélé que quelques bribes de son synopsis (lire aussi l’interview ci-contre). On sait toutefois que quatre ou cinq «projectiles lancés à la vitesse de la lumière» tomberont du ciel sur Genève et que le temps sera suspendu quelques secondes; qu’une fourchette échappée à Gargantua se retrouvera fichée dans une voiture à Meyrin et qu’une énorme marmite d’Escalade se posera sur les eaux du lac, pilotée par le chevalier du temps perdu en armure.

2 Deux géantes au caractère bien trempé

Si un épais mystère enveloppe encore les déambulations genevoises du monumental duo, on sait désormais que la Grand-Mère apparaîtra le mercredi 27 septembre au Bâtiment des Forces Motrices. Animée d’une légère respiration, elle y demeurera comme endormie deux jours durant lesquels le public pourra la visiter entre 10 h et 18 h. Lorsque son âme, qui voyage plus lentement, aura rejoint son corps étendu, elle se réveillera. L’aïeule se déplace avec son «coffre-fort à mémoire», duquel elle tire les récits qu’elle profère aux foules. Seul Géant doté de parole, la Grand-Mère discourt dans un sabir incompréhensible, traduit en français et dans la langue des signes. Dotée d’un caractère tendre mais ombrageux, elle fume la pipe et lâche quelques pets aux senteurs de vanille.

La Petite Géante, quant à elle, «percutera violemment» le sol de Carouge dans un container. Comme toutes les fillettes de 5 ou 6 ans, elle aime manger des sucettes et rouler en trottinette. Très espiègle, elle n’hésite pas à faire pipi entre les voitures et sait, malgré son jeune âge, beaucoup de choses du monde.

3 Un événement fédérateur pour toute une région

Un rendez-vous populaire, culturel et économique majeur: la première incursion en Suisse de Royal de Luxe pourrait attirer jusqu’à un million de spectateurs, estime Sami Kanaan, ministre de la Culture en Ville de Genève. «C’est une opportunité exceptionnelle, la plus grande manifestation de notre histoire, s’est-il réjoui. Cela va drainer les gens de loin, d’autant que les Géants ne sont jamais passés par l’Auvergne-Rhône-Alpes, dans le nord de l’Italie ou le sud de l’Allemagne.» Préparer la venue des mastodontes a nécessité un effort collectif, impliquant une multitude de services municipaux genevois et carougeois ainsi que le Canton (transports publics et police notamment). «Tout le monde s’est mis au travail, c’est devenu un défi, précise Sami Kanaan. Une telle opération nécessite évidemment de régler d’innombrables problèmes, en matière de sécurité et de mobilité notamment. Ce sera un grand chamboulement pour Genève.» Le reste du pays a également apporté sa contribution, puisque le Valais, par exemple, a offert une gigantesque paire de skis à la Petite Géante et Bâle confectionné un Läckerli d’un mètre carré. Et un bonnet maous a été tricoté par Lausanne, cité olympique. Ces objets seront exposés dès le 15 septembre dans le hall de la gare Cornavin.

Quelques voix discordantes se sont tout de même récemment démarquées de ce bel unisson. L’Association des marchés de Genève redoute notamment une perte de chiffre d’affaires, car elle se voit bannie de la plaine de Plainpalais durant la manifestation et devra se replier aux Bastions.

4 Un coût de 2,2 millions pour un spectacle gratuit

Si une chose tient au cœur de Jean-Luc Courcoult, c’est que tous profitent de la féerie sans bourse délier. Les parades des Géants sont ainsi gratuites pour le public. Mais la fable genevoise nécessite cependant un solide budget: 2,2, millions de francs, dont 1,8 million de contributions privées. L’Association des communes genevoises a déboursé 200 000 francs, la Commune d’Anières et la Ville de Genève 100 000 francs chacune. Ne sont pas encore comprises dans ce montant les gratuités, comme la mise à disposition de l’espace public ou le travail de Voirie, lesquelles seront évaluées après le spectacle.

Enfin, le tissu économique local profitera de cette manifestation hors normes. Les commerces et bistrots, qui bénéficieront pour l’occasion d’un horaire étendu, devraient voir une nuée de curieux faire abondamment sonner leurs tiroirs-caisses. Un argument de plus pour ceux qui rappellent régulièrement que l’art non seulement fédère, mais rapporte.

(TDG)

Créé: 05.09.2017, 21h26

«Je suis un rabelaisien»

Tout, chez les Géants, paraît parfaitement baroque. Mais leur maître semble avoir érigé l’extravagance en principe de vie. Jean-Luc Courcoult est un être tendre et loufoque, qui n’aime rien tant que les bésicles saugrenues – il en possède une quarantaine de paires – et son chien Pyrrhus, un cocker joyeux qui l’accompagne partout. C’est affublé d’une chemise dont les motifs empruntent autant à la Provence qu’aux boubous africains et devant un indispensable verre de vin que le metteur en scène s’est plié au jeu de l’interview.

Les Géants vous habitent-ils depuis l’enfance?

Oui, mais jamais je n’aurais imaginé parvenir à réaliser ce rêve.

Que peut-on dire de plus avec des Géants qu’avec le théâtre de rue traditionnel?

A un moment de mon parcours, il m’a paru important de raconter une histoire à une ville entière. J’ai cherché pendant deux ou trois ans et imaginé cette façon de faire.

Et vous avez transformé les villes en gigantesques scènes de théâtre…

C’est une manière d’atteindre tous les publics, les femmes, les hommes, les anciens, les jeunes, toutes les couches de la population, qu’elles soient aisées ou fauchées. La gratuité est une histoire populaire pour moi parce que certains n’ont pas les moyens d’amener leurs enfants au théâtre. Avec les Géants, je peux leur apporter le théâtre devant chez eux.

Vous semblez aimer les gens!

Ah oui, et j’espère leur donner de l’amour à travers mes spectacles. Le plaisir du public est fondamental, je ne pourrais pas continuer sinon. Il y a énormément de tendresse dans ce que les gens me racontent, c’est comme ça qu’ils manifestent leur intérêt pour ce que je fais. Ce qui compte, c’est l’émotion ressentie.

Comment faites-vous pour aborder une nouvelle ville et imaginer pour elle un scénario?

J’essaie de mettre en avant les mythologies pour faire surgir l’inconscient de la ville. J’arpente beaucoup ses rues et je rencontre les gens. Le soir je vais dans des bistrots populaires pour entendre ce qu’ils racontent. Parfois, ça me pose d’immenses questions: ils disent que la culture ne sert à rien, par exemple.

Quels aspects de Genève vous ont-ils marqués?

Gargantua, avant tout, qui y aurait creusé le Léman. Je suis un rabelaisien, j’aime cette histoire sur la vie qui déborde, comme une révolte essentielle. Et le rapport que Genève entretient avec le temps m’a passionné, de part son histoire avec l’horlogerie, mais aussi avec le CERN. Les chercheurs essaient d’y comprendre d’où vient le big bang, avant lequel, précisément, sont nés les Géants. Il y a une relation poétique entre artistes et scientifiques, qui tous imaginent le monde de demain: lorsque j’en rencontre, quelque chose de puissant se passe!

Quand vos Géants débarquent, quelles sont les contraintes?

Il y en a de deux sortes: certaines choses sont impossibles à réaliser techniquement, ou elles sont interdites. Alors il faut modifier le scénario, inventer une autre histoire.

Ça sera le cas chez nous?

Evidemment, il faudra inventer des choses au jour le jour! Mais à Genève, les discussions avec les autorités sont plus simples que dans d’autres villes. On verra bien à quoi on devra faire face cette fois-ci!

Ça vous angoisse?

Bien sûr, à chaque fois!

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Suisse: il fera beaucoup plus chaud et sec en 2050
Plus...