À Genève, un parcours artistique bat le pavé tout l'été

Tribune des ArtsJusqu'au 31 août, une vingtaine d’œuvres d'art, mises en place par l'association Heart@geneva, dialoguent avec des lieux emblématiques de la cité de Calvin. Visite guidée.

<i>Installée contre l'autel de la cathédrale Saint-Pierre, l’œuvre de Cyril Porchet dialogue avec le passé catholique, puis protestant des lieux.</i>

Installée contre l'autel de la cathédrale Saint-Pierre, l’œuvre de Cyril Porchet dialogue avec le passé catholique, puis protestant des lieux. Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Elle a bien failli ne pas avoir lieu, cette deuxième édition du parcours artistique mis en place en ville de Genève par l’association Heart@geneva. Il y a deux ans, l’exposition avait réuni une quarantaine d’œuvres disséminées pendant tout l’été un peu partout dans la cité de Calvin, avant d’être vendues aux enchères au début de septembre. «On nous avait critiqué d’être commercial alors que les 55 000 francs récoltés par la vente ont été reversés à des organisations caritatives de Genève», regrette Marietta Bieri, fondatrice de l’association et commissaire de l’exposition.

Revue à la baisse et ne bénéficiant plus de subventions de la Ville, ce deuxième volet réunit une vingtaine d’œuvres d’une quinzaine d’artistes, dispatchées dans 12 lieux différents. En place jusqu’au 31 août, le parcours – qui se concentre cette fois-ci principalement en Vieille-Ville, mise à part la basilique Notre-Dame où trône fièrement une croix en céramique de l’artiste valaisan Valentin Carron – fait halte dans plusieurs institutions culturelles bien connues des Genevois comme la Fondation Baur, le Musée Barbier-Mueller, la Maison Tavel ou le Palais de l’Athénée.

De l’eau sur le feu

Commençons justement par la Fondation Baur, où le visiteur découvre, dans une des salles du fond, deux sculptures en céramique de l’artiste romand Denis Savary. Installées dans une sorte de bassine remplie d’eau, elles revisitent la carapace de tortue et font directement référence au jardin japonais se déployant juste de l'autre côté de la porte vitrée et dans lequel l’élément aquatique est indispensable. «La tortue a un important pouvoir symbolique dans les pays asiatiques», note la commissaire. «Elle incarne l’univers en Chine et, au Japon, elle est la gardienne du Nord et de l’eau.»

«Les larmes d’acier» de Séverin Guelpa dans la cour de la Maison Tavel. (Image: Georges Cabrera)

Poursuivons avec la Maison Tavel, dont la cour intérieure accueille Les larmes d’acier du Genevois Séverin Guelpa. Soit trois structures ovales en inox suspendues au milieu du patio, clin d’œil au réservoir d’eau occupant la deuxième cour de l'institution. Mais ce n'est pas tout, la visite se poursuit au troisième étage, dans la salle de la maquette de Genève, où a pris place une œuvre grand format en bois massif brûlé dessinant la carte de Genève vue du ciel. Si Sandrine Damour, l'auteure de la pièce, s'est servie de la technique japonaise du shou-sugi-ban, qui consiste à brûler en profondeur des planches de bois pour les rendre résistantes à l'humidité, le feu, les insectes et les moisissures, elle avait également l'intention de rappeler l’incendie de 1334 qui avait en grande partie détruit la Maison Tavel et dont l’impact est toujours visible dans ses maçonneries. «En plus d’offrir une nouvelle plateforme d’exposition aux artistes, je voulais que les œuvres présentées aient un lien direct avec le lieu qui les accueille. Je trouve que les artistes ont vraiment joué le jeu», s'est réjouie Marietta Bieri.

Créer un dialogue

Exposée un peu plus loin, dans la cathédrale Saint-Pierre, l’œuvre de Cyril Porchet incarne très justement ce dialogue. Composée de plusieurs feuilles de papier photo, sa composition présente des motifs baroques saisis sur la voûte de l’église de Gesù à Rome, lors d’une de ses résidences artistiques. Alors que sur certaines parties du tableau les motifs apparaissent nets, ils s’estompent par endroits, tendant davantage à l’abstraction. Un résultat recherché, obtenu par la projection de la photo sur du papier photosensible, plié à plusieurs reprises et qui fait directement référence à l’histoire de la cathédrale Saint-Pierre. «Initialement catholique, elle a vu ses décors recouverts lors de la Réforme au milieu du XVIe siècle. Mon œuvre rappelle justement cet effacement», explique l'artiste, rencontré sur place. «Avec les séries sur lesquelles je travaille en ce moment, je cherche à retrouver le geste photographique et la tridimensionnalité car, avec le numérique, le travail du photographe tend de plus en plus vers l’immatériel.»

Anaïs Balmon a dissimulé sept plaques dans la cour du Collège Calvin. © Georges Cabrera

Direction le Collège Calvin. Bien qu’elle pourrait passer inaperçue au premier coup d’œil, l’installation d’Anaïs Balmon établit également un joli dialogue avec son espace d’exposition. Et pour cause, les sept plaques en céramique qui la composent ont été fixées à même le sol de la cour! Pour les découvrir, le visiteur doit s’adonner à un véritable travail d’archéologue car le sol y est recouvert de gravier. Si par chance il en trouve une, il tombera sur des règles de plusieurs jeux collectifs comme la marelle, le jeu de l’élastique ou la balle au chasseur gravés sur la surface. «Ces dessins sont un clin d’œil à la plaque de Pioneer qui avait été envoyée dans l’espace pour fournir des informations essentielles sur notre espèce à d’éventuelles populations extraterrestres», commente l’artiste. «En les fixant au sol, je voulais également rappeler les fouilles archéologiques qui ont eu lieu sur place et pendant lesquelles plusieurs tombes vieilles de 400 ans furent découvertes.» Si c'est pour son côté ludique que le projet de l'étudiante à la HEAD fut choisi parmi une multitude de dossiers soumis, il attire également l'attention sur le fait que ces jeux collectifs, transmis de génération en génération, ont depuis peu tendance à disparaître des cours d’école au profit de smartphones et autres innovations technologiques.

Le banc de Jenny Holzer invite à s'asseoir dessus et prendre toute l'ampleur de l'aphorisme gravé dessus: «I am powerful». © Laurent Guiraud

Envoyer la sauce

S’il donne la voix à des jeunes artistes, le parcours présente également des œuvres d’artistes internationalement reconnus comme Jenny Holzer, dont le banc présentant une gravure stipulant I am powerful a pris place dans la cour du Palais de justice, mais également Omar Ba, avec une huile exposée au Musée Barbier-Mueller, ou John Armleder et Stéphane Kropf, dont l'oriflamme à quatre mains s'exhibe sur la façade du Palais de l’Athénée. Une œuvre humoristique intitulée Grüne Sosse for All, en référence à la sauce aux herbes typique de Francfort. «Saisonnière et se conservant mal à cause de la crème qui entre dans sa composition, elle est un clin d’œil direct au monde de l’art», conclut la curatrice. En espérant que les œuvres de son parcours résistent mieux au passage du temps et aux chaleurs estivales!

Nota Bene
Visites guidées sur inscription les vendredis 5, 12, 19 et 26 juillet et le 9, 16 et 23 août sur www.heartgeneva.ch.


La sculpture d’Anish Kapoor, qui devait prendre place au Musée international de la Réforme, n’a finalement pas pu être acheminée. Les organisateurs devraient la remplacer par une autre œuvre dans les meilleurs délais.

Constituées d’images récupérées dans les archives du Ciné 17, les affiches d'Olivia Malena Vidal, exposées dans les vitrines du cinéma, questionnent l’omniprésence des images publicitaires dans notre quotidien.

Créé: 02.07.2019, 13h49

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les grands partis désemparés
Plus...