Quand Genève honorait Toni Morrison femme, Noire et Prix Nobel

LittératureL’auteure de «Beloved» a reçu en 2011 un doctorat honoris causa de l’Université. Retour sur une encontre

Toni Morrison prix Nobel de littérature.

Toni Morrison prix Nobel de littérature. Image: Keystone

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Toni Morrison occupe toute la pièce, immense. Tresses grises, fichu gris, jaquette grise, si lumineuse pourtant. Dans cette suite du Madarin Oriental gorgée de soleil, l’écrivain parle avec fougue, d’une voix vive et profonde. A 80 ans, celle qui est la première femme noire et le seul écrivain afro-américain à avoir reçu le Prix Nobel de littérature ne laisse jamais son attention se relâcher. Elle est aux aguets. En quelques minutes, on sent que cette femme magnifique est intensément présente à tout ce qu’elle fait, et dit.

Vous êtes docteure honoris causa de l’Université de Genève. Qu’est-ce que cette distinction vous inspire?

C’est un honneur exceptionnel. J’ai enseigné dans des universités toute ma vie, jusqu’à l’an dernier. Ce sont donc des institutions importantes pour moi. Ce qui est intéressant à propos de Genève, c’est que j’imaginais son université tournée vers la science et la recherche. Or, je la découvre aussi préoccupée de sciences humaines et de littérature. Où en est votre prochain livre, dont l’action se déroule dans l’Amérique des années 50?

Il est terminé et sera publié aux Etats-Unis en mai 2012.

Quel est son titre?

Home. Ce qui s’avère difficile à traduire en français. Ce n’est pas «maison», ce n’est pas «chez soi». Homeen anglais recouvre quelque chose de très particulier. Je pense que le titre seraHomeen français.

Vous avez cessé d’enseigner, mais vous continuez à écrire…

Je commence à l’instant même un nouveau livre!

L’oppression des Noirs, la peur du lynchage et du viol sont des thèmes récurrents dans vos livres, que vous situez aux XVIIIe et XIXe siècles. Des craintes d’un autre âge?

Vous avez entendu parler récemment de cette histoire qui s’est passée dans un hôtel de New York? Qui fait intervenir un homme français?(rires et regard acéré)Jamais, nulle part, à aucune époque un homme blanc n’a été convaincu de viol sur une femme noire. Noire et pauvre, cela va de soi.

Vous êtes la première femme noire et le seul auteur afro-américain à avoir reçu, en 1993, un Prix Nobel de littérature. Cette distinction a-t-elle fait avancer des causes qui vous sont chères?

J’ai travaillé dix-neuf ans comme éditrice et promu de jeunes auteurs afro-américains. J’ai publié notamment Angela Davis et Mohamed Ali. Eh bien! je pense en avoir plus fait ainsi pour cette cause qu’en recevant le Nobel. Il m’a surtout apporté de l’argent! J’exagère un peu… A travers moi, il est vrai que ce Nobel a honoré les Etats-Unis, les femmes, les femmes afro-américaines et mon Etat, l’Ohio. Avez-vous fait progresser le statut des femmes américaines? Il y a des femmes aux Etats-Unis qui se sont arraché les tripes pour que nous obtenions le droit de vote. Moi, je ne fais qu’écrire des livres. C’est tout à fait inoffensif.

Vous avez toujours refusé l’étiquette de féministe. Pourquoi?

Vous savez, je vivais à New York au début du féminisme. Beaucoup de femmes allaient à des meetings pour militer et… laissaient leurs servantes à la maison!

Trois femmes viennent de recevoir le Nobel de la Paix. Un signe que l’égalité est atteinte?

(Eclat de rire)Pensez donc! Disons que les femmes ont enfin rejoint l’humanité. Elles jouent maintenant un rôle dans des domaines aussi sérieux que la politique ou la préservation de l’environnement.

En 2008, vous avez apporté votre soutien à Barack Obama qui vous l’a demandé. Vous a-t-il déçue? Pas du tout. Ce qui me déçoit profondément, c’est cette nécessité de le détruire que je vois partout, et qui finira par détruire les Etats-Unis. Dans les journaux, à la télévision, dire ce qu’il fait de bien ne rapporte pas d’argent. Ce qui fait vendre, c’est monter en épingles ses échecs.

Note:A lire:Beloved, Prix Pulitzer en 1988, etUn don, dernier roman de Toni Morrison traduit en français en 2008, Christian Bourgois Editeur.

Créé: 06.08.2019, 17h13

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