La Genève de Ferdinand Hodler se visite à bicyclette

Grand publicUne balade à vélo suit les traces du célèbre peintre à travers la ville.

«Le lac Léman et le Mont-Blanc, avec cygnes». Huile sur toile. Une des vues de Genève peinte par Ferdinand Hodler au soir de sa vie, depuis son appartement du 29, Quai du Mont-Blanc.

«Le lac Léman et le Mont-Blanc, avec cygnes». Huile sur toile. Une des vues de Genève peinte par Ferdinand Hodler au soir de sa vie, depuis son appartement du 29, Quai du Mont-Blanc. Image: MAH/PHOTO: Y.SIZA

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On retient de lui ses peintures de montagnes, de bûcherons et de soldats. Une brassée de portraits et d’autoportraits aussi, visibles en ce moment au Musée Rath dans une exposition temporaire incontournable sur le thème du parallélisme. Mais qui sait que Ferdinand Hodler a passé la plus grande partie de son existence à Genève? Créée récemment et proposée par l’association Pro Vélo, une balade culturelle à bicyclette propose de rouler sur les traces de l’emblématique artiste suisse, dont on célèbre cette année le 100e anniversaire de la disparition.

«Le parcours offre une vision globale de son œuvre tout en relevant ses rapports ambigus avec sa ville d’adoption», explique Muriel Grand, historienne de l’art et journaliste – cinq ans à la rubrique culturelle de la «Tribune». Férue des paysages de Hodler, dont elle apprécie les variations de lumière et d’atmosphère, la jeune femme a conçu un itinéraire solidement documenté, à effectuer par ses propres moyens, brochure explicative en main. Sur ses traces, on enfourche notre petite reine pour un vélo-tour de près de neuf kilomètres.

Voyage pedibus
Première étape, le Musée Rath, à la place Neuve. À 18 ans, en 1871, Ferdinand Hodler en franchit les portes avec un objectif bien défini: «Copier les œuvres du paysagiste genevois Alexandre Calame, qu’il a découvertes à Berne, sa ville natale», indique Muriel Grand. «Né dans une famille pauvre, il a effectué le voyage à pied depuis la capitale fédérale jusqu’à Genève, considérée comme un pôle artistique majeur en Suisse.» Sans doute fourbu, le futur représentant majeur du symbolisme est déjà sûr de son talent. «À un de ses professeurs bernois qui se moquait de lui, il rétorque: «Vous serez encore un stupide maître d’école quand je serai depuis longtemps un peintre célèbre.» Au Rath, le jeune Hodler va rencontrer un autre artiste genevois en vue, Barthélemy Menn. Ce dernier l’encourage à suivre son enseignement et l’incite à peindre en plein air, notamment au sentier des Saules, à la Jonction, ainsi qu’au Salève.

Modèles sur le toit
À quelques centaines de mètres – gare à la sévère montée pavée de la Tertasse – on repère le passage de Hodler au 33, Grand-Rue. Une plaque commémorative sur la façade signale que le peintre y avait installé son premier atelier, sous les combles, de 1881 à 1902. «Une pièce extrêmement étroite qui l’obligeait à faire poser ses modèles sur le toit plat du bâtiment.» Attaché au dessin sur le vif, Hodler observait ses sujets derrière une vitre – souvent des amis, actifs dans le domaine de l’art, de la culture ou de la politique – saisissant leur expression sous forme de croquis. Il apposait ensuite un calque sur la vitre et reportait son dessin sur la toile. Dans les années 1880, Hodler tire encore le diable par la queue. «Pendant très longtemps, il n’a pas réussi à vivre de son travail. À tel point qu’il trempait du pain sec dans les fontaines pour se nourrir et dormait sur une porte d’armoire.»

On se fiche du monde
Cap ensuite sur le monument Hodler, situé sur la promenade du Pin. Peu de gens connaissent cette statue en bronze évoquant ses figures symbolistes. «C’est symptomatique de la méconnaissance des Genevois par rapport à Hodler», relève Muriel Grand. Même si le peintre participait à la vie culturelle locale et aux concours officiels, il provoquait toujours la polémique. «Les gens qui avaient l’habitude de représentations idéalisées lui reprochaient la laideur de ses figures», note l’historienne de l’art. Le côté brut de ses peintures heurtait tant qu’un critique écrira: «Monsieur Hodler se fiche du grand public. Qu’il ne s’étonne pas si le grand public détourne les yeux de ses horreurs.»

Collection cossue
En deux coups de pédale, on file au Musée d’art et d’histoire, tout proche. L’institution possède l’une des plus importantes collections au monde d’œuvres de Hodler. «Certaines ont été acquises du vivant de l’artiste. Beaucoup proviennent de legs, de la part de sa veuve, Berthe, et de son fils, Hector.» Le MAH détient aussi de nombreux carnets de croquis. Très représentatif, l’ensemble couvre toutes les périodes de la carrière de Hodler.

Place aux paysages
De la Rive gauche, on passe sur la Rive droite. En 1913, Hodler, désormais fortuné, emménage au deuxième étage d’un immeuble luxueux situé au 29, quai du Mont-Blanc, en face des Bains des Pâquis. Depuis son balcon ou sa chambre, il donne sur la rade et peut observer à loisir le Môle, le Mont-Blanc et le Salève. Autant de vues qu’il peint avec bonheur. «Il a beaucoup développé les paysages dans les dernières années de sa vie. Par goût, mais aussi par nécessité pratique. Malade des poumons, il avait de la peine à sortir et devait rester confiné dans son appartement.» On notera que sur ses toiles, Hodler prend grand soin de gommer toute trace de civilisation, supprimant badauds et bâtiments.

Un tableau sur la tombe
La balade à vélo se termine au cimetière de Saint-Georges. Mort en 1918, Ferdinand Hodler y est inhumé sous un grand portique de marbre noir. La tombe est ornée d’une fresque intégrée dans le monument. Cette copie de son tableau «Chant lointain» a été choisie par sa veuve, Berthe, qui figure dessus. Le tout vient d’être restauré à l’occasion des cent ans de la mort de Hodler.

Vélo-Tour Hodler, brochure disponible à l’arcade Pro Vélo (place de Montbrillant 4), téléchargeable sur www.pro-velo-geneve.ch (TDG)

Créé: 09.08.2018, 15h44

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