Des géants virtuels mènent la danse

Fête du théâtreAu Forum Meyrin, Gilles Jobin dévoile un pionnier «VR_I». Récit de l’expérience et déroulé de la Fête.

Eprouvée tour à tour de l’extérieur puis de l’intérieur, la réalité augmentée de «VR_I» balaie du plus petit au plus grand en passant par l’infini des possibles.

Eprouvée tour à tour de l’extérieur puis de l’intérieur, la réalité augmentée de «VR_I» balaie du plus petit au plus grand en passant par l’infini des possibles. Image: CIE GILLES JOBIN

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Plus colossaux encore que les marionnettes géantes accueillies à Genève au début du mois, les danseurs incorporels de Gilles Jobin! Après s’être hasardé dans l’univers de la 3D avec son film Womb l’an dernier, le plus geek des chorégraphes genevois, distingué par le Grand Prix suisse de danse 2015, franchit un pas de plus dans l’exploitation artistique des nouvelles technologies. Avec ses camarades de la fondation Artanim, Caecilia Charbonnier et Sylvain Chagué, tous deux spécialisés dans la capture de mouvement, il a mis au point le tout premier dispositif de réalité virtuelle appliquée à la danse. Ça s’appelle VR_I (pour «Virtual Reality_Immersive»). Les Montréalais viennent d’en découvrir la primeur mondiale, avant que Genève les talonne de jeudi à dimanche, dans le cadre de Fête du Théâtre et de la programmation du Forum Meyrin. On relate une «expérience sensorielle inédite», pour accréditer la formule de la comm.

Le Festival de Cannes consacrait en mai l’entrée de la réalité virtuelle dans le cinéma, avec Carne y arena du Mexicain Alejandro Gonzalez Iñárritu. «La réalité virtuelle est déjà un art», y déclarait solennellement le délégué général Thierry Frémaux. Voici aujourd’hui des enfants du pays réaliser une équivalente percée, dans le domaine chorégraphique cette fois. Sonnez trompettes, donc. Mais sous le casque de circonstance.

5 danseurs, 5 spectateurs

Coiffés d’un double casque audio et oculaire, harnachés d’un sac à dos contenant un ordinateur, munis de capteurs aux mains et aux pieds, vous serez cinq à basculer conjointement dans un univers de synthèse. Libres de vos mouvements, vous pourrez vous tâter les uns les autres, vous parler, mais renoncez à toute possibilité de vous reconnaître sous la forme des avatars qui détournent votre apparence. Avec un peu de chance, si vous êtes familier de la chose chorégraphique, vous reconnaîtrez en revanche Gilles Jobin et ses quatre danseurs, quand ils agenouilleront leurs 30 mètres de muscles virtuels juste à côté de vous, dans 360 degrés de Grand Canyon ou de parc urbain. Vous les repérerez également tous les cinq lorsqu’ils tournoieront, lilliputiens, au sommet du pilier néoclassique décorant l’intérieur luxueux d’un collectionneur d’art absent. Mais attention, quelle que soit l’échelle, votre main tâtonnante les traversera, eux, comme des fantômes.

Modérez cependant votre impatience: l’immersion demande un préambule. Avant de plonger 15 minutes dans l’immatière, votre quintette devra observer le ballet en temps réel du précédent groupe: cous qui se dévissent, bras qui moulinent, pas hésitants des gambettes. A ce stade de l’infini questionnement entamé par Gilles Jobin, les danseurs sont illusoires et les spectateurs sont danseurs. Ce qui reste du tour de passe-passe? L’émotion, quintessence de la vraie vie.

VR_I Théâtre Forum Meyrin, du 12 au 15 oct., www.forum-meyrin.ch, www.fetedutheatre.ch

(TDG)

Créé: 09.10.2017, 18h31

Tout le dégradé d’une 5e édition qui démarre ce soir

Aux désormais traditionnels ateliers, spectacles, rencontres, lectures et autres hors-les-murs proposés gratuitement aux Genevois un long week-end d’octobre, la Fête du théâtre ajoute cette année le piment de quelques nouveautés. Avides de décloisonnements en tous genres, toujours prêts à jeter des passerelles là où c’est possible – et même ailleurs –, les organisateurs ouvrent la manifestation aux langues étrangères, à savoir l’anglais, l’espagnol, le portugais, et le yiddish par la bouche de Michèle Millner – sans compter la projection d’un film en japonais. En plus de ces ponts linguistiques visant à inclure les communautés allophones, ils enjambent le Rhône pour investir une rive droite – Lignon, Grand-Saconnex, Grottes, Charmilles – qu’ils jugent «défavorisée sur le plan théâtral».

Pour traverser les générations cette fois, la Fête pénètre l’espace scolaire en proposant notamment le projet «Ré-création» de la Cie lesArts en plein préau du Cycle des Grandes Communes: les personnages historiques des principales branches enseignées iront de leur impro ludique.

Des jeunes ayant passé le cap des bancs d’école se mueront quant à eux en reporters. A la faveur d’un partenariat avec l’association Scène active, les membres de cette dernière seront en effet invités à poster sur les réseaux sociaux les images et commentaires qu’ils auront glanés au gré des animations visitées.

En plus de prolonger l’épanchement romand entamé l’an dernier – aux accueils en provenance du Reflet de Vevey et de Vidy Lausanne s’accrochent désormais des productions du Benno Besson yverdonnois et du Petithéâtre sédunois –, la programmation des Special Guests comprend des créations concoctées en terres tessinoises et alémaniques. La diversité nationale vaut bien cela.

Mais l’accent sera surtout porté cette édition sur la relève en matière d’arts scéniques. Sélectionnés avec la collaboration du Théâtre du Loup parmi les jeunes compagnies qu’encourage le concours suisse PREMIO (Pour-cent culturel Migros), trois spectacles gorgés de fraîcheur seront accueillis dès ce soir à l’Abri. Dont, paradoxalement, un hommage à la vieillesse par le Zurichois Oliver Roth, «Me Time»! Cette section Nouvelle génération investira encore le Théâtre de l’Usine, avec un «Monde renversé» dévolu à la figure subversive de la sorcière. Ainsi que le Musée d’art et d’histoire, où, au milieu des tableaux, la diplômée de la Manufacture Isabelle Vesseron se jouera de la symbolique religieuse dans «Faut pas cacher la merde au chat».

Pour les penchants qui n’auraient pas été hameçonnés ici (comme celui d’apprendre les techniques du flirt, de se familiariser avec l’art du clown, de se laisser titiller par l’érotisme épistolaire ou de se faire susurrer une déclaration d’amour), on ne saurait trop recommander la lecture du riche programme sur www.fetedutheatre.ch.

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