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Gaspar Noé sublime le chaos dans «Climax»

L’histoire d’une fête qui vire au cauchemar: coup de fil au sulfureux cinéaste.

Film stroboscopique, tripal, hypnotique et extrême, choc esthétique qui radiographie la France, trip sous acide dont personne ne sort indemne, «Climax», en quelques heures, était devenu l’événement sur la Croisette.
Film stroboscopique, tripal, hypnotique et extrême, choc esthétique qui radiographie la France, trip sous acide dont personne ne sort indemne, «Climax», en quelques heures, était devenu l’événement sur la Croisette.
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Il reste celui par qui le scandale arrive. Et aussi l’un des rares cinéastes français dont les cinq longs-métrages, sans exception, ont tous transité par Cannes. Il y eut d’abord «Seul contre tous», en 1998, dérangeante immersion dans le cerveau d’un tueur qui faisait indirectement suite à l’un de ses courts, «Carne» (1991), lui aussi sélectionné à Cannes en son temps. L’étape suivante lui ouvre les portes de la sélection officielle. Et – tout le monde s’en souvient – lorsque «Irréversible» est présenté en 2002 sur la Croisette, c’est l’électrochoc. Séquences ultraviolentes, Monica Bellucci violée et massacrée en un plan-séquence de quinze minutes, pour un film monté à l’envers qui provoque nausées et malaises. Le scandale marque la carrière de Gaspar Noé. Qui passe désormais pour un cinéaste provocateur et subversif. En 2010, «Enter the Void» nous plonge dans la tête d’un junkie sous acide. Et en 2015, les amants de «Love» font l’amour en 3D, jets de sperme garantis. Cette année, c’est à la Quinzaine des réalisateurs que Noé a fait son retour. Avec un film tourné en trois semaines. Un titre sibyllin, «Climax», un résumé laconique et la promesse d’une expérience hors du commun. Dès la première séance de presse, les réseaux se déchaînent. Film stroboscopique, tripal, hypnotique et extrême, choc esthétique qui radiographie la France, trip sous acide dont personne ne sortira indemne, «Climax», en quelques heures, devient l’événement sur la Croisette. Aujourd’hui, sa sortie est inespérée. Et l’expérience intacte. D’ailleurs, elle se vit plus qu’elle ne se raconte. Une troupe de danseurs fait une ultime répétition avant de s’envoler pour les États-Unis. Mais juste avant, les artistes fêtent cela dans le lieu où ils répètent. Sauf que quelqu’un a mis quelque chose dans la sangria. Alors la fête dégénère, et tout le monde bascule en enfer. Y compris le spectateur, on vous aura prévenus. La sortie de ce film événement valait bien un coup de fil à son auteur. On a tenté de l’appeler, sans trop y croire, car on le sait imprévisible et rétif à ce type d’exercice. Et puis miracle, il a décroché, nous accordant une vingtaine de minutes d’entretien.

«Climax» débute par une série d’interviews de tous les comédiens. Pourquoi ce choix?

L’idée émane du directeur de production. Après une semaine de tournage, on s’est dit qu’on allait démarrer le film par une série d’interviews, comme s’il s’agissait d’un documentaire. Elles annoncent que les choses vont dégénérer.

Le film a été tourné en trois semaines. Comment parvient-on à une telle maîtrise en si peu de temps?

Ce sont les contingences techniques que nous avons maîtrisées. On a pu tourner très vite parce que nous avions un lieu et un décor unique. Donc jamais besoin de réinstaller le matériel, notamment la lumière. En plus, les tournages en numérique, aujourd’hui, vont de toute façon plus vite. En pellicule, le même film aurait pris le double de temps.

Comment avez-vous conditionné les comédiens danseurs?

Il y a eu un mois de casting. Pour trouver les meilleurs danseurs et les comédiens les plus cinégéniques. Dans le film, on dirait qu’ils sont en transe. Personnellement, j’adore la danse. En revanche, je déteste la comédie musicale.

La forme du film a-t-elle influencé sa mise en boîte?

Oui, tout a été tourné dans l’ordre chronologique. Les acteurs ont aussi choisi leurs noms. Ils ont décrit leurs affinités, mais également leurs animosités.

«Climax» se déroule dans les années 90. Qu’est-ce qui motive ce contexte?

L’absence de téléphones portables. Ce genre d’histoire, aujourd’hui, ne tiendrait pas. Tout le monde serait en train d’appeler pour dire qu’il se passe un truc bizarre. En 1995, qui est à peu près l’année durant laquelle se déroule «Climax», j’avais 30 ans (ndlr: en réalité 32).

Le générique du film survient à la moitié de celui-ci. Explications?

Au départ, je voulais tout tourner en deux plans-séquences. Un pour la fête, l’autre pour le chaos. Et entre les deux, je ferais défiler le générique. L’idée m’est venue en revoyant «Full Metal Jacket» de Kubrick, qui se divise lui aussi en deux blocs. J’ai finalement abandonné l’idée du plan-séquence. Mais le générique au milieu est resté, pour bien marquer la césure entre les deux parties. Cela dit, je n’invente rien. Godard a déjà fait ce genre de truc.

La bande-son est dominée par des musiques syncopées, comme Cerrone, qui passe en boucle. Comment avez-vous conçu la playlist?

En fait, nous avons dû négocier les droits en cours de tournage. Donc cela changeait d’un jour à l’autre. Pour les prises, nous avions une version alternative avec des infrabasses uniquement. Sinon tous les morceaux que vous entendez dans le film sont choisis parce que j’aime danser dessus.

Quelle est la morale du film, voire sa dimension politique?

Elle est assez basique. Et consiste à dire que les gens les plus bestiaux sont toujours ceux qui gagnent et que les plus fragiles sont ceux qui perdent.

Un exemple?

Voyez ce qui se passe avec le gosse.

Qu’est-ce que vous dites à ceux qui sont choqués par le film?

Qu’ils n’ont qu’à pas le regarder.

Climax France, 95’, Cote: **** Dès mercredi en salles à Genève

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