Les galeries genevoises souffrent mais ripostent en ligne

ÉpidémieLa contrainte de fermer compromet des espaces d’art, qui optent pour le virtuel.

 «White, Blue and Red, 2020», une photographie de Koka Ramishvili fait partie de l'exposition «Preuves», qui aurait dû être inaugurée jeudi 19 mars à la galerie Laurence Bernard.
Image: Courtoisie de l'artiste et de la galerie Laurence Bernard, Genève

«White, Blue and Red, 2020», une photographie de Koka Ramishvili fait partie de l'exposition «Preuves», qui aurait dû être inaugurée jeudi 19 mars à la galerie Laurence Bernard. Image: Courtoisie de l'artiste et de la galerie Laurence Bernard, Genève

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Jeudi 19 mars, les Genevois auraient dû flâner de vernissage en vernissage à l’occasion de la Nuit des Bains. Mais l’épidémie de coronavirus a eu raison de ce réjouissant programme, comme de tout le reste. Un projet commun d’inaugurations en ligne a d’abord germé, avant d’être abandonné: les spécialistes mandatés pour réaliser les images n’ont pas eu la possibilité de se déplacer et certaines œuvres sont restées en carafe à l’aéroport, empêchant de mener à bien des accrochages.

Un trimestre à l’as

«Toutes les galeries sont bloquées, résume Pierre Geneston, directeur chez Xippas. La situation s’annonce difficile financièrement. Les mois de mars et avril sont fichus, mai est incertain. C’est peut-être un trimestre entier qui passe à l’as. Je ne sais pas si tout le monde va s’en sortir.» Car si certains grands noms ont les reins solides, les indépendants ne peuvent s’offrir le luxe d’une longue mise en dormance.

«Nous avons deux foires d’art internationales dans les jambes, ça permet de voir venir, réagit Alice Frech, responsable de l’antenne genevoise de la galerie De Jonckheere. Je ne me fais pas trop de soucis pour Gagosian ou Opera, mais les plus petites structures vont trinquer.» Celle qui porte aussi la casquette de présidente du comité d’AVV (Association Art en Vieille-Ville) annonce l’annulation de la prochaine édition des vernissages simultanés, prévue le 7mai prochain.

L’angoisse prédomine donc chez ceux dont les ressources sont limitées, comme l’attestent deux exemples carougeois. Angela Wollny, dans son Salon vert, explique qu’elle ne pourra probablement réaliser aucun de ses projets jusqu’en septembre: «Les salons sont annulés ou repoussés, tout le calendrier est chamboulé. Économiquement, ça n’était déjà pas facile, mais là, on aura besoin de beaucoup de soutien.» À l’adresse de Ligne Treize, Véronique Philippe-Gache indique avoir de quoi payer son loyer le mois prochain. Mais ensuite? «La programmation est totalement interrompue, mon exposition d’avril compromise. C’est très violent. Il faudra peut-être se réinventer.»

Se réinventer, c’est justement ce que de nombreuses galeries, souvent déjà présentes sur Instagram, tentent de faire en offrant à leurs clients ou au grand public de continuer à profiter de leurs artistes en ligne. Établie également à Carouge, Aubert Jansem a lancé lundi une newsletter bihebdomadaire, joliment baptisée AJG@home, afin de «perpétuer le contact avec l’œuvre d’art ou son histoire à l’heure de la restriction culturelle». La première mouture présente de façon ludique et savante une chouette en bronze de l’artiste animalière Hélène Arfi.

La formule du bulletin a aussi séduit Marie-Laure Rondeau, au gouvernail de la Galerie Grand-Rue. «L’idée est d’essayer de poursuivre un minimum de vie, souligne-t-elle. Une fois par semaine, nous proposerons quelques objets par courriel. Nous envisageons, en outre, de faire une présentation sur notre site.» Sa consœur Sonia Zannettacci, sise à deux pas, offre déjà sur internet une visite virtuelle très réussie de sa dernière exposition, «Regard croisés». Xippas entend pareillement prendre le chemin de la communication online. «Nous disposons notamment de vidéos conçues avec nos artistes lors de précédents accrochages, avance Pierre Geneston. C’est le moment de faire connaître nos contenus et de les enrichir!»

Même son de cloche chez Wilde, dont le directeur, Barth Johnson, révèle vouloir renforcer la présence numérique, tout en pointant qu’il ne s’agit pas d’une panacée: «Les œuvres d’art nécessitent de s’expérimenter physiquement, les vivre procure des émotions. Sans parler de la rencontre avec les collectionneurs, qui s’avère essentielle pour un galeriste.» Il fera cependant contre mauvaise fortune bon cœur en explorant les possibilités offertes, entre autres, par les plateformes de vente d’art Artnet ou Artsy. Inscrite sur la dernière depuis deux ans, la Carougeoise Angela Wollny avoue que la démarche «commence à porter ses fruits».

Changer les habitudes

Tous, enfin, nourrissent beaucoup d’inquiétudes pour ceux avec qui ils travaillent en symbiose: les artistes. «Sans visibilité, les difficultés vont être pour eux immenses», déplore Laurence Bernard, de la galerie du même nom, qui planche actuellement sur la mise en place d’une «online viewing room». D’autant que, comme le rappelle Véronique Philippe-Gache, ils travaillent souvent «des mois et des mois» avant de montrer leurs créations. La patronne du Salon vert n’espère qu’une chose de cette crise inédite, qui risque de creuser encore l’écart entre les gros et les petits: qu’elle fasse changer les habitudes et amène les gens à soutenir les galeries plutôt que les grandes foires.

Créé: 19.03.2020, 19h13

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