Parole d'experte: Le musée de la Réforme devrait mieux se vendre

Congrès MuseumNextDe passage dans la Cité de Calvin, Gail Dexter Lord analyse le «soft power» des musées locaux.

Gail Dexter Lord (à g.) et Ngaire Blankenberg étaient à Genève comme oratrices lors du congrès MuseumNext au BFM.

Gail Dexter Lord (à g.) et Ngaire Blankenberg étaient à Genève comme oratrices lors du congrès MuseumNext au BFM. Image: Laurent Guiraud

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Le chocolat, l’horlogerie, les organisations non gouvernementales, les agences onusiennes et certaines multinationales sont, avec ses institutions culturelles, les atouts dont peut se prévaloir Genève en termes de soft power (entendez par là un pouvoir détenu par la société civile, qui ne doit rien à la puissance militaire ou à l’argent, repose sur les idées, la culture et convainc quelqu’un de faire quelque chose). Quarante musées, c’est une solide force de frappe, touristique bien sûr, mais aussi sur le plan de la qualité de vie, du bien-être social à travers les emplois, du rayonnement à l’étranger et de l’influence intellectuelle.

Gail Dexter Lord, fondatrice et directrice, avec son mari, de la société Lord Cultural Resources, dispense depuis trente-quatre ans ses conseils aux villes en matière de gestion et de promotion de leurs lieux culturels. Elle vient notamment d’effectuer un très gros mandat pour structurer le pôle muséal de Chicago. A Genève dans le cadre du congrès MuseumNext – qui a regroupé durant trois jours 550 délégués de musées au BFM – Gail Lord évalue le «pouvoir doux» de la Cité de Calvin en compagnie de Ngaire Blankenberg, avec qui elle a rédigé son dernier ouvrage, Cities, museums and soft power.

Quels sont les atouts de Genève sous l’angle que vous adoptez, celui du pouvoir des idées et de la culture?

Gail Lord : Les musées jouent un rôle très important car ils favorisent le débat entre citoyens dans un environnement non politique. Or vous en avez quarante ici.

Ngaire Blankenberg: Au-delà des expositions, les musées suscitent la collaboration entre les pouvoirs publics et le secteur privé. On estime qu’une institution qui fonctionne bien tire un tiers de ses revenus des fonds publics, un tiers du privé et un tiers de ses bénéfices (cafétéria, boutique, produits dérivés), étant entendu que l’entrée doit être gratuite.

En quoi Genève peut-elle faire mieux, selon vous?

N.B.: Partout les musées doivent repenser leur rôle auprès du grand public local, plutôt que de raisonner en termes touristiques uniquement. Et les villes gagneraient à s’appuyer davantage stratégiquement sur leurs musées. Les musées ne sont pas des institutions qui n’abritent que le passé; ils habitent le présent. Il faut en convaincre la population en s’aidant de campagnes marketing.

G.L.: A mon avis, le Musée de la Réforme (MIR) devrait être mieux mis en avant. Le sujet de la religion est crucial actuellement. C’est ici que se sont résolues des guerres de religion. Existe ici une expertise qui doit être mise en avant pour faire progresser le dialogue interreligieux. Genève devrait aussi miser sur son Musée de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (MICR). Ce sont deux labels extrêmement forts pour cette ville. Le CICR est plus connu dans le monde entier que l’ONU! Prenez Winnipeg, au Canada. S’appuyant sur son Musée des droits de la personne, la ville a acquis un statut de capitale dans ce domaine.

Pour son rayonnement à l’étranger?

G.L.: Oui, mais pas seulement. Il faut par exemple inviter au Musée de la Réforme la communauté somalienne implantée ici et lui permettre de confronter ses opinions et ses racines avec celles qui sont exposées au musée.

«Cities, museums and soft power» par Gail Dexter Lord et Ngaire Blankenberg, The AAM Press (en anglais uniquement) (TDG)

Créé: 21.04.2015, 19h22

Eclairage: Un même thème fort pour tous

Dunant et la Croix-Rouge, Calvin et la Réforme, deux concepts forts, deux figures puissantes pour les incarner. «Nous sommes porteurs d’idées et de valeurs, deux musées politiques au sens de la vie de la cité», approuve Isabelle Graesslé, directrice du MIR. «Je ne peux que me réjouir de la suggestion de Gail Lord! réagit Roger Mayou, à la tête du MICR. Développer l’image de Genève autour de notre musée et de celui de la Réforme, je n’ai rien contre, même si l’option prise lors des états généraux des musées est de mettre en avant l’ensemble des institutions.» Pourquoi ne pas faire l’un et l’autre? Prendre un thème qui parle aux deux labels mis en avant par Gail Lord – comme le pardon, l’accueil, le soulagement - et créer un événement global. Le pardon serait éclairé sous divers angles: artistique, ethnographique, historique, religieux, philosophique, archéologique. Un peu comme ce qui a été amorcé cette année autour de Sade par la Fondation Bodmer. Un exemple à développer et à renouveler.

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