Comment gagne-t-on aujourd’hui un disque d’or?

MusiqueLa chute des ventes de galettes a rendu plus ardue la célébration – dorée ou platine – des musiciens par leurs labels. Désormais, les comptes intègrent l’écoute en ligne.

Depuis 1982, Michael Jackson a écoulé 32 millions d'exemplaires de «Thriller». Un record inégalé.

Depuis 1982, Michael Jackson a écoulé 32 millions d'exemplaires de «Thriller». Un record inégalé.

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Depuis quinze ans, chez les stars de la musique et autres producteurs pop, les murs des salons font grise mine. Fini, les jolies façades clignotant du feu vif des disques d’or, de platine ou de diamant, pour peu qu’on s’appelle Michael Jackson. Les mathématiques sont cruelles: puisque l’industrie discographique a vu sa valeur marchande chuter comme jamais dans sa courte histoire (un chiffre d’affaires divisé par deux entre 2003 et 2013), les colifichets symbolisant les ventes sont devenus plus rares.

«Thriller» - Jackson: 32 millions de vente

Dans un premier mouvement, on a simplement adapté le seuil des récompenses au rétrécissement du marché: en France, un musicien reçoit aujourd’hui un disque d’or pour la vente de 50'000 exemplaires de son album, contre 100'000 avant les années 2000. Drastique. Pour autant, cette adaptation liée au seul support physique, puis à l’achat par téléchargement (modèle iTunes), ne pouvait plus refléter le modèle économique inédit imposé par la consommation musicale sur Internet, où l’écoute en ligne (streaming) devient prédominante.

Le grand saut numérique

Aux Etats-Unis, la très puissante Recording Industry Association of America (RIAA) chapeaute l’attribution des certifications depuis 1958. En 2015, elle a fait le grand saut numérique en inventant une grille de calcul récompensant non plus la vente seule d’une chanson ou d’un album mais sa «popularité» — validant de manière implicite la fonction toujours plus «publicitaire» de la musique.

L’équation vaut ce qu’elle vaut: l’achat d’un album serait l’équivalent de 1500 écoutes en ligne, une seule chanson valant 150 écoutes (un album comportant ainsi une moyenne de dix chansons pour la RIAA). De plus, le score des deux chansons du disque les plus «streamées» est pondéré par la moyenne des deux titres les moins écoutés, afin que la popularité des singles ne surreprésente pas celle de l’album en tant que tel. Ce système qui ne craint pas les larges coups de cuillers à pot a été adopté par l’Angleterre l’an passé. La France et la Suisse prévoient de l’intégrer dans les mois à venir.

Rôle publicitaire crucial

Au-delà de l’aspect «sportif» de la chose (les records en dollars font depuis longtemps la joie du Guinness Book), l’attribution de disques d’or joue un rôle crucial pour les compagnies discographiques. Elles ont d’ailleurs inventé ce jeu, dans un exercice malin d’autocélébration de leurs artistes. Le premier disque d’or a été remis en février 1942 au tromboniste et chef d’orchestre américain Glenn Miller par son label RCA Victor, pour la vente alors record de 1,2 million de 78 tours de son Chattanooga Choo Choo.

Tous les labels ont vite croqué dans cet exercice «win-win», et les cérémonies maison d’artistes recevant leurs disques dorés (selon des chiffres là aussi «maison») sont devenues monnaie courante. Si bien que la RIAA décide de réguler le jeu en 1958, standardisant les récompenses: aux Etats-Unis, un disque d’or vaut longtemps 500 000 ventes, un disque de platine 1 million, un disque de diamant 10 millions.

Les labels exagèrent

Officiellement, la RIAA entend aussi valider les chiffres toujours suravantageux annoncés par les labels. A ce titre, l’astuce continue de fonctionner de nos jours: le nombre de ventes n’est pas le nombre d'unités achetées par le client mais par le revendeur. Ainsi, un album peut être annoncé disque de diamant lors de sa sortie pour terminer disque de platine quelques mois plus tard, une fois les invendus renvoyés! L’exemple le plus fameux d’un tel accident industriel reste le HIStory de Michael Jackson, en 1995.

Ce sympathique et finalement inoffensif jeu de dupes valait bien qu’on l’actualise aux réalités d’un nouveau modèle économique. Grace au décompte des chiffres YouTube, Spotify et autre Deezer, l’or coule à nouveau: 48 certificats ont été décernés en France en 2016, 17 aux Etats-Unis. Au placard depuis 2004 (Confessions, de Usher), le platine a même été ressorti pour une dizaine de disques, dont ceux de Rihanna et de Kendrick Lamar, aidé par les 10 millions de streams relevés uniquement sur Spotify! Les murs des salons vont clignoter à nouveau. (TDG)

Créé: 23.01.2017, 15h09

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L’or romand pèse moins lourd

Zoom En Suisse, on calcule toujours la vente des disques en fonction
des supports physiques et des ventes digitales. Le ratio des disques de certification a chuté plus qu’ailleurs:s’il était possible avant 2000 pour un disque de décrocher l’or dès 25 000 exemplaires écoulés sur le marché helvétique (50 000 pour le platine),il ne lui faut désormais plus que 10 000 ventes (20 000 pour le platine).

Autre particularité: la Suisse romande et italienne possède désormais sa propre grille, avec seulement 7500 unités réclamées pour être certifié or (15 000 pour le platine). Taille du marché oblige… Le Top 100 de l’année 2016 place d’ailleurs le premier artiste francophone (Renaud) à la 15e place, et le premier romand (Bastian Baker) à la 61e. En revanche, deux Alémaniques caracolent au sommet: Trauffer (2e) et Gölä (4e).

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