François Busnel: «Je suis un obsédé textuel»

Le journaliste littéraire, animateur de La Grande Librairie, fondateur de la revue « America », était à Genève vendredi à l’initiative de la Société de Lecture pour y parler des auteurs qu’il aime.

Depuis dix ans, François Busnel anime et produit «La Grande Librairie» sur France 5.

Depuis dix ans, François Busnel anime et produit «La Grande Librairie» sur France 5. Image: DR

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Chasseur de baleine, mousquetaire ou journaliste? A 10 ans, le jeune François hésite. En prenant la troisième voie, Busnel a fait le bon choix, même si cet épris de Cyrano porterait bien l’épée, ou le harpon.

Depuis dix ans, François Busnel anime et produit «La Grande Librairie» sur France 5, l’émission littéraire qui, tous les mercredis, colle devant la télé plus de 600 000 amateurs de livres avides de ses conseils.

Le journaliste, 50 ans aujourd’hui, a ajouté en 2017 un nouveau départ à sa vie en fondant avec Eric Fottorino la brillante revue «America», qui cherche à décoder l’Amérique de Trump par le regard des écrivains étasuniens.

« Une lecture peut sauver une vie»

Il les connaît bien, Busnel, ces auteurs qui scrutent, subissent ou magnifient leur terre natale. « Comme je suis un obsédé textuel, j’ai envie de vous offrir quelque chose que je n’ai jamais offert à personne: des lectures. Car une lecture peut changer une vie. Une lecture peut sauver une vie. »

Durant presque deux heures vendredi soir, sur la scène du théâtre éphémère La Cuisine à Carouge, François Busnel lit. « Je vais poser des questions qui sont sur vos lèvres, Madame, Monsieur, et pour les réponses, les écrivains parleront par moi. »

Il lit, avec âme et chaleur, avec amour en somme, des pages sublimes et âpres. Celles de l’Irlandais installé à New York Colum McCann, celles de Philip Roth, les plus puissantes peut-être, celles, poétiques, de Jim Harrison.

« La vie est courte... »

François Busnel, pour qui « Partir est le plus beau mot de la langue française. Et suisse! », embarque son public comme s’il n’y avait pas de retour possible. « La vie est courte, dit-il. Il ne manquerait plus qu’elle soit petite! Alors je l’élargis... »

Qu’importe la couleur du passeport? Boris Vian se rêvait américain lorsqu’il signe Vernon Sullivan. Il est donc convié sur scène par Busnel avec ce poignant « Je voudrais pas crever », précédant Delphine de Vigan, l’aimée, citée par deux fois.

«Ni un animateur, ni un critique littéraire »

Quelques heures plus tôt, sur le coup de midi, le journaliste littéraire était à la Société de Lecture pour y parler de presque rien sur presque tout avec Patrick Ferla. On entendait un ange voler - Jean d’Ormesson sans doute, abondamment cité. François Busnel résume d’une phrase avec élégance «sa» Grande Librairie: une «émission sensuelle» qui amène ses spectateurs «vers la beauté».

Voilà pourquoi Busnel récuse énergiquement deux estampilles: «Je ne m’accorde aucune légitimité: je ne suis ni un animateur, ni un critique littéraire. Je suis journaliste, donc je pose des questions car je ne sais pas. Je ne sais rien, sauf une chose: j’aime admirer plutôt que mépriser. Le critique littéraire, il sait. Moi je préfère demander aux grands écrivains, aux grands musiciens, aux grands cinéastes comment ils ont réussi à atteindre une telle excellence.»

La haine du ricanement

Cette attitude permet à l’homme de se sentir mieux, une fois les projecteurs de «La Grande Librairie» éteints. Elle relève aussi pour lui d’»un choix idéologique contre cette époque» qui valorise «le ricanement, la moquerie, le sarcasme ou la raillerie», encouragés par la glorification du «divertissement qui les justifie».

Pourtant, François Busnel fait de la télévision… «J’ai choisi d’aller au bout de la vulgarité et de détourner le boeing!» Entendez par là «j’admire au lieu de railler. Et si je n’aime pas un livre ou son auteur, je ne l’invite pas».

Tout commence et finit avec Cyrano

Résolument, l’homme de livres l’affirme: «Ce sont la curiosité et l’enthousiasme qui me tiennent en vie. Et une capacité d’émerveillement dont on dit trop souvent aujourd’hui qu’elle ne sert à rien. A voir…»

Curiosité, enthousiasme, émerveillement ... se réclamant de ces mots, François Busnel ne pouvait pas laisser Cyrano de Bergerac en coulisses. Lorsqu’il prend congé de Genève, vendredi soir, celui qui se rêvait mousquetaire le fait en citant le Gascon. Brillant.

Créé: 22.06.2019, 15h17

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