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Foofwa d’Imobilité clôt son projet triennal sur un sacre collectif

Entre installation, danse et performance, «/Unitile» réconcilie les vivants avec leur héritage artistique.

L’un des tableaux vivants recomposés dans «/Unitile».
L’un des tableaux vivants recomposés dans «/Unitile».
GREGORY BATARDON

Une fille à la nudité sculpturale s’est badigeonné le corps d’ornementations blanches. Une autre jeune femme, à l’autre bout de la salle, drapée de tissus empruntés à un tableau néoclassique, déroule sa bobine de fil autour des spectateurs éparpillés sur le plateau. Ici, le musicien Jacques Demierre, pénétré de sons tour à tour industriels ou impressionnistes, triture les cordes de son épinette, sans quitter des yeux la partition qui s'affiche sur l'écran de son smartphone. Là, une mulâtresse ondule voluptueusement, prêtant son souffle à une servante échappée d’une peinture orientaliste. Né Frédéric Gafner, le danseur et chorégraphe genevois Foofwa d’Imobilité lui-même, silhouette virile sortie d’une toile d’Ingres, s’est allongé au sol dans une posture parturiente qui rappelle L’Origine du monde

Ces moments visuellement mémorables, parmi bien d’autres, viennent conclure un /Unitile qui a auparavant réservé au public déchaussé, libre de circuler où bon lui semble, une somptueuse dégringolade collective le long des gradins: ralentis, vocalises, râles, expressions de douleur des onze interprètes portés par le souffle romantique d’un Delacroix. La succession de ces tableaux vivants simultanés, dans une obscurité tapissée de notes manuscrites, citations livresques et reproductions picturales, chante la continuité dans un élan à la fois solennel et spontané. Continuité historique entre les vivants et leur patrimoine culturel, mais également syncrétique, entre les vivants tout court. Aussi les saluts, après une heure et demie d’errance à la torche dans cette palpitante grotte utérine, se déroulent dans une ronde humaine réconciliée: «uni-tile».

Avec ce point d’orgue quasi mystique s’achève le projet démarré en 2015 par la compagnie Neopost Foofwa, Utile/Inutile. Comme les volets qui le précèdent, cet /Unitile coproduit par l’ADC et la Comédie affiche deux particularités: il emploie huit jeunes frais émoulus des formations suisses de danse (dont six diplômés du nouveau Bachelor en danse contemporaine), qu’encadrent trois professionnels (Foofwa d’Imobilité, Caroline de Cornière et Nathalie Ponlot). Et il scrute les notions d’utilité et d’inutilité telles qu’elles s’articulent dans l’art et la pensée depuis que, à la fin du XIXe siècle, l’humanité a pris le train de l’industrialisation. C’est-à-dire de la modernité, mais vue du XXIe siècle.

/Unitile ADC, Salle des Eaux-Vives, jusqu’au 11 mars, 022 320 06 06, www.adc-geneve.ch, www.comedie.ch

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