La Fondation Bodmer voyage par la traduction

LittératureCe que le monde entier a voulu lire se voit à Cologny dans des éditions rarissimes.

«Heidi» par Johanna Spyri, œuvre traduite de l’anglais au japonais. Première édition (1920).

«Heidi» par Johanna Spyri, œuvre traduite de l’anglais au japonais. Première édition (1920). Image: DR / Fondation Bodmer

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Exposer les grands textes diffusés dans le monde entier grâce à la traduction, c’est la vocation même de la Fondation Martin Bodmer», explique Nicolas Ducimetière, vice-directeur de ladite fondation. Il est aussi l’un des deux commissaires – avec la philologue et philosophe française Barbara Cassin – de l’exposition Babel à Genève. Les routes de la traduction, à voir à Cologny jusqu’au 25 mars.

«Nous sommes ici au cœur du concept de Weltliteratur cher à Goethe et à Martin Bodmer», poursuit Nicolas Ducimetière. «Cette littérature mondiale est composée d’œuvres qui transcendent les époques, les lieux et les langues. La fondation possède leurs éditions originales, que nous exposons habituellement. Cette fois-ci, nous présentons les différentes traductions de ces monuments de la littérature.»

D’Homère aux albums de Tintin, en passant par la Bible et Le corbeau d’Edgar Poe, les livres exposés témoignent d’un succès planétaire rendu possible par la traduction. «Celle-ci emprunte parfois des chemins détournés», relate le vice-directeur de la Bodmeriana. Ces voies auxquelles l’exposition doit son nom – Les routes de la traduction – peuvent être parcourues de manière ludique sur une tablette tactile connectée à un grand écran installé sur le parcours du visiteur. On s’y promène à travers l’histoire de la littérature en même temps que sur une carte du monde. Accessible et passionnant!

Littérature jeunesse et arpitan

Le défi d’une telle exposition est là: arriver à rendre abordable une matière presque exclusivement constituée de manuscrits et d’imprimés rarissimes. Trouver des moyens d’intéresser un public plus jeune et plus varié que celui des bibliophiles et des historiens. Cet effort, Nicolas Ducimetière ne s’y est une nouvelle fois pas dérobé, malgré la difficulté.

C’est pourquoi la littérature jeunesse est si bien représentée, avec notamment le phénomène éditorial constitué par Heidi de Johanna Spyri, dont la Fondation Bodmer possède, entre autres, la première édition en japonais. On peut aussi la lire en thaï, en hindi, en afrikaans ou en basque!

Tintin, lui aussi, a sa place à la Bodmeriana: «D’autant plus que les langues étrangères jouent un rôle dans certains albums d’Hergé», précise Nicolas Ducimetière. «On y trouve du faux arabe et du vrai chinois, et aussi des langues inventées par l’auteur. L’arumbaya dans L’oreille cassée et le syldave dans Le sceptre d’Ottokar sont en fait du dialecte bruxellois du quartier des Marolles, où habitait la grand-mère d’Hergé.» Dans le même souci d’intéresser un public épris de culture populaire, la Fondation Bodmer s’est fait prêter par la Bibliothèque de Genève un Cé qu’è lainô imprimé peu après l’Escalade.

«C’est quand même extraordinaire!» s’exclame le vice-directeur. «Quel autre peuple chante son hymne national dans une langue que plus personne ne parle depuis plus de deux siècles? C’est tout ce qui nous reste de l’arpitan, que l’on pratiquait d’Aoste à Mâcon et de Saint-Étienne à Fribourg.»

Une Bible en cherokee

Parmi les pièces prêtées, il y a aussi un prestigieux portrait de Saint Jérôme lisant par Georges de La Tour, une pièce du Louvre exposée habituellement au Musée lorrain de Nancy. Ce tableau nous ramène aux éditions anciennes exposées à Cologny, notamment celles de la Bible.

Saint Jérôme, qui mourut en 420, la traduisit du grec au latin. Le manuscrit grec sur papyrus du IIIe siècle de l’Évangile de Jean, propriété de la fondation, voisine avec sa traduction latine sur parchemin du XIIIe siècle, issue de la même collection. L’une des plus curieuses parmi les innombrables traductions modernes de la Bible est celle en cherokee, datant de 1860, dont la première édition est exposée à Cologny.

D’autres religions ont vu leur livre traduit dans différentes langues: «La pensée de Confucius, par exemple, a été rendue accessible aux Européens au XVIIe siècle par les missionnaires jésuites installés en Chine», rappelle Nicolas Ducimetière. «La première édition de leur traduction en latin est exposée.» En cette fin de l’année Luther, celui-ci ne pouvait pas être absent des cimaises de Cologny. Outre son portrait par Lucas Cranach le Jeune, visible habituellement au Musée international de la Réforme (MIR), de précieux exemplaires de ses traductions de la Bible du grec à l’allemand sont présentés.

Revenons à Goethe, «divinité tutélaire» de la Bodmeriana, comme le dit, le sourire aux lèvres, son vice-directeur. Des statuettes du grand écrivain accueillent le visiteur comme autant de nains de jardin littéraires.

«Saviez-vous que la traduction allemande du Neveu de Rameau par Goethe, dont l’édition originale de 1805 est évidemment chez Bodmer, a servi à établir la première version française de ce texte, exposée elle aussi? Entre-temps, le manuscrit original que Goethe avait eu entre les mains avait disparu! Quand je vous disais que les routes de la traduction sont parfois sinueuses…»

Jusqu’au 25 mars à la Fondation Martin Bodmer à Cologny, 022 707 44 33 www.fondationbodmer.ch À noter: 12 décembre dès 18 h, soirée spéciale Cé qu’è lainô, et 9 confé­rences le jeudi à 19 h jusqu’en mars (TDG)

Créé: 29.11.2017, 17h02

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Inquiétude chez les employés de TAmedia
Plus...