«Figaroh!», une jubilatoire joute oratoire entre comédiens et chanteurs

Spectacle musicalLe Crève-Coeur clôt sa saison sur un hymne tordant à la collaboration entre les arts de la scène.

La battle lyrico-dramatique de «Figaroh!» mettra ses concurrents sur pied d’égalité en faisant triompher l’art.

La battle lyrico-dramatique de «Figaroh!» mettra ses concurrents sur pied d’égalité en faisant triompher l’art. Image: LORIS VON SIEBENTHAL

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De Mozart ou Beaumarchais, à quel saint se vouer? Entre la comédie à portée révolutionnaire de 1778, «Le mariage de Figaro», et l’opéra-bouffe revisité par le librettiste Lorenzo da Ponte en 1786, «Le Nozze du Figaro», duquel promouvoir les lettres de noblesse? Plus largement, de l’art lyrique ou du génie dramaturgique, lequel sort vainqueur de la querelle des arts scéniques?

Si l’on s’en tenait là, les ressorts de «Figaroh!» dégageraient un léger parfum de naphtaline. Quoique intrigante, la joute pourrait masquer l’élitisme ou l’exercice de style. Quelle n’est pas alors la récompense d’une curiosité plus tenace!

Au gré d’une tournée francophone qui compte déjà une centaine de représentations, les compagnies neuchâteloises Comiqu’Opéra et Sugar Cane font bien plus que marquer des points sur leur tableau de scores. En confrontant le tandem de jeunes acteurs Mathias Glayre et Carine Martin au duo de non moins juvéniles solistes Davide Autieri (baryton) et Leana Durney (soprano), tous quatre emportés par le piano endiablé de Lucas Buclin (en alternance avec Guy-François Leuenberger), le metteur en scène Frédéric Mairy ne chante en vérité rien d’autre que la création contemporaine.

Aux quiproquos, chassés-croisés et autres rebondissements de l’action originelle, il superpose les astuces d’une performance sans le sou d’aujourd’hui. Qu’ils vocalisent ou qu’ils déclament, les quatre interprètes se répartissent une foule de rôles différenciés par de simples tissus de couleurs, qu’ils portent en turban, en tablier, en brassière ou en bustier – voire de toutes les manières quand l’intrigue exige ces travestissements. Parodier les codes, ici du théâtre, là de l’opéra, ne suffit pas: nos zèbres glissent du registre classique à celui de la sous-variété, type danse des canards. De citations en allusions populaires, ils sautent du burlesque à l’humour de télévision, façon «Un gars, une fille».

Au bout du compte, le spectateur néophyte n’y verra peut-être pas plus clair dans les péripéties des deux versions concurrentes. Mais il est à parier qu’il jubilera à égalité de la fronde propre au théâtreux Beaumarchais et de la maestria inhérente au lyrisme de Mozart. Résultat des courses, la saison du Crève-Cœur se clôt sur cet adage à propos: «Qu’on soit chanteur, musicien ou acteur, c’est du pareil au même!»

«Figaroh!» Théâtre du Crève-Cœur, jusqu’au 20 mai, 022 786 86 00, www.lecrevecoeur.ch

Créé: 11.05.2018, 18h34

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