La Fête des Vignerons en mode superproduction

SpectacleLa manifestation géante, organisée quatre fois par siècle, s’ouvre officiellement ce soir à Vevey. Découvrez la fête de l’intérieur… et l’avis de notre chroniqueuse.

Incarnant un charmant fil conducteur du spectacle, la petite Julie assure la narration devant quelque 20 000 spectateurs.

Incarnant un charmant fil conducteur du spectacle, la petite Julie assure la narration devant quelque 20 000 spectateurs. Image: Reuters

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Daniele Finzi Pasca prend son temps pour descendre les marches au rythme d’un promeneur solitaire. Le contraste est radical pour le metteur en scène qui vient de vivre en osmose pendant plus de 165 minutes avec le monde si grouillant de la Fête des Vignerons, cette superproduction au casting digne de l’ère des péplums de Hollywood!

Arrivé dans la tour de la régie longtemps avant le début du spectacle, le Tessinois ne s’y est pas éternisé, une fois le plancher LED délesté de ses 5500 acteurs-figurants. Juste le temps de pointer une erreur dans les ordres donnés – les Effeuilleuses ne doivent pas sortir par le vomitoire –, celui de féliciter les techniciens et de clore ces presque trois heures de prestation en parlant à l’oreille de l’ensemble des troupes. Tel un marathonien passant la ligne, le créateur fait dans l’économie de mots! C’est son timbre de voix cimenté par un mélange d’enthousiasme et d’affection qui traduit sa pensée: «Saluez le public, s’il vous plaît. Continuez, continuez. C’était merveilleux, bravo. Continuez à saluer. Vous êtes géniaux!»

Toujours en mouvement

À Vevey, les cloches se préparent à sonner minuit mais le temps n’est pas celui des contes de fées pour Daniele Finzi Pasca. La journée est loin d’être finie. «Pendant le spectacle? Je ne peux pas avoir d’états d’âme, je dois rester hyperconcentré sur une quantité de détails. Hier, on a réussi à couper dix minutes! Mais on cherche toujours plus de fluidité. On voit encore que certains passages ne fonctionnent pas juste et on doit penser à ce qu’il faut changer.» Le débriefing l’attend au bas des escaliers avec Maria Bonzanigo, la compositrice principale, Bryn Walters, le chorégraphe, Hugo Gargiulo, le scénographe, tous sont là avec leurs assistants. Quelques accolades, des bravos, mais très vite, l’essentiel reprend l’avantage: il faut préparer le lendemain.

Ces dernières heures passées dans la tour régie à trois étages avec une vue à faire pâlir les plus beaux rooftops de la ville d’images, le metteur en scène a plongé son regard dans l’arène, accumulant détails qui grincent et autres idées avant même le coup d’envoi. «Je ne veux plus voir d’étourneaux-placeurs sur les scènes, elles doivent être libres.» Il faut commencer à l’heure, les impératifs sont clairs et la chaleur encore étouffante qui règne à l’intérieur de la tour ne fait pas fondre la concentration. Pietro et Sébastien sont aux aguets, le nez dans la bible des enchaînements, prêts à lancer les décomptes et les départs dans les oreillettes du grand-père, de la petite Julie, des trois docteurs, de la libellule, des percussionnistes. Ça fuse, on se croirait au cap Canaveral! Daniele Finzi Pasca a juste eu le temps de demander laquelle de Nina ou de Nayah – incarnant alternativement la petite Julie – allait commencer. Dans le casque, une voix lui fait croire que seule l’une d’elles est arrivée. «Scherzi?» Le soupir d’inquiétude vient en italien, un sourire l’annule lorsqu’il comprend que c’était pour le faire marcher.

Des sourires, il y en aura d’autres, déclenchés à chaque fois par les mimiques enfantines surprises par les caméras qui servent les écrans latéraux. Le créateur en redemande: «Il faut les montrer plus souvent, c’est tellement mignon.» Un peu plus tard, il s’en expliquera: «On est en train de travailler avec la télévision pour régler ce type d’images. C’est fou de voir surgir sur ces écrans quelque chose que l’on a construit dans sa tête avec, en plus, ces petits moments qui nous échappent. Comme ces enfants qui peuvent tout d’un coup arrêter de chanter parce qu’ils regardent autre chose… C’est aussi cela qui dit l’esprit du spectacle.»

Cap sur la lumière

S’il ne montre aucun signe extérieur de stress, le Tessinois n’a rien d’une statue de sel pour autant. Surtout pas lorsque les caméras lui renvoient l’image de l’un des acteurs principaux lisant son texte dissimulé dans son chapeau! Mais, toute son énergie placée dans une concentration extrême, ses gestes restent mesurés. Il fait quelques pas, se laisse même entraîner par les accents de samba du final ou alors gratifie de tapes amicales les équipes, dont Alexis Bowles, avec lequel il signe les éclairages.

Dernière arrivée dans l’arène, la lumière en est à son cinquième jour de test sur l’ensemble du spectacle avec les acteurs-figurants costumés. «Tu peux mettre la poursuite sur les trois docteurs?» «On doit voir la petite Julie sur la bâche.» Les réglages sont fins. «On aimerait être perfectionnistes mais avec le mauvais temps puis la canicule, le planning a été difficile à tenir. La réalité, c’est qu’il nous manque une dizaine de jours. Sans compter les incidents, comme cette fois où un cheval a brisé le plancher LED et qu’on a perdu une journée pour examiner l’infrastructure et comprendre ce qui s’était passé. Mais… le rêve est en train de devenir réalité, oui, ce sont les mots justes.»

Créé: 18.07.2019, 07h11

Déçue en bien



Alors Julie, c’était comment, cette répétition générale de la Fête des Vignerons?

C’était géant!

J’y suis allée par curiosité. Pour me faire une idée de ce grand raout vaudois dont on nous parle tant. Et aussi pour voir à quoi ressemble leur Julie à eux.

Parce que oui, la fillette qui assure la narration du spectacle avec son grand-père se nomme Julie! Vous pensez si je me sens concernée…

Alors je dois avouer que plus d’une fois, au cours de cette soirée mémorable, j’ai envié la mignonne qui découvre ainsi le monde, petite puce sautillant parmi 5500 figurants (!) et devant 20 000 spectateurs.

Une puce portée par des musiques métissées, des images mouvantes sur un tapis de LED, de beaux costumes froufroutants, des scènes qui grouillent de gens de tous les âges, les formes et les couleurs, pour exprimer la vie et sa diversité. Sans oublier les animaux. Un truc à ne plus savoir où poser ses yeux, tant ça déménage pendant presque trois heures.

Et si mon voisin fribourgeois n’a pas pleuré au fameux Ranz des vaches, «parce que tous ces armaillis réunis n’arrivent pas à la cheville de Romanens», j’ai eu la larme à l’œil quand leur Julie reprend seule, avec sa voix d’enfant, le couplet dans l’arène bondée, qui retient son souffle.

Certes, le spectacle a des longueurs et des excès, mais pourquoi pas, au fond? On ne célèbre pas tous les jours la vigne et ses artisans.

Et puis il est exceptionnel d’avoir à disposition des milliers de personnes prêtes à s’impliquer des mois durant dans cette aventure, pour le simple plaisir d’en être. Autant leur permettre de s’exprimer et d’en tirer une si grande fierté!

Ce n’est pas au bout du lac, à Genève, donc, que l’on trouverait pareille ferveur populaire autour d’un événement qui pourrait nous rassembler.

Alors chapeau, les Vaudois. Et vive la petite Julie!

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