Plus féroce que jamais, l'antihéros de Florian Eglin met Genève à feu et à sang

Rentrée littéraireDans le deuxième tome de sa trilogie fantastique, l’auteur genevois manie l’humour noir et les phrases à rallonge avec talent.

Derrière son visage d'ange, Florian Eglin n’en pense pas moins.

Derrière son visage d'ange, Florian Eglin n’en pense pas moins. Image: Laurent Guiraud

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«Finalement, la violence, ça me dégoûte», lâche nonchalamment Florian Eglin. Un comble pour le créateur de Solal Aronowicz, l’antihéros aux pulsions sanguinaires d’une trilogie en cours, dont le deuxième tome, Une résistance à toute épreuve… Faut-il s’en réjouir pour autant? vient de paraître.

Ne vous fiez pas à son visage angélique et à sa voix douce: l’auteur genevois de 40 ans (on lui en donnerait plutôt 20) couve de sacrées tempêtes sous son front lisse. «J’aime l’ironie, les choses cocasses et douloureuses à la fois. Dans la vie, on a parfois des envies de meurtres, mais on se retient, cette part sombre nous effraye. Or Solal, lui, vit tout ça.»

Et comment! Quand il n’arrache pas avec les dents la joue d’une octogénaire sur la plaine de Plainpalais, le héros vomit - littéralement - sa haine sur une assistante sociale trop bureaucratique, jusqu’à la noyer de toutes ces choses «noires et terribles» qu’il gardait en lui «depuis le début de l’entretien», litres de café et stock de morve compris. Ce qui ne va pas sans retour de bâton, puisque Solal se fait ouvrir le crâne en deux, jusqu’au face à face de ses deux profils, et subtiliser la glande pinéale par une bande d’avocats dans son hôtel particulier rue des Granges.

Au milieu de ces aventures surréalistes et horriblement drôles dont l’enchaînement emprunte au monde onirique, y a-t-il une véritable histoire? «Oui et non. La boucle sera bouclée à la fin, mais certaines énigmes resteront non résolues. J’ai décidé que de respecter le schéma narratif habituel n’avait pas tellement d’importance. Parce que le personnage s’en fiche de tout ça. Il a sa réalité à lui.»

Le héros, figure libératoire des pulsions humaines, permet ainsi tous les excès, — hormis, bizarrement, le sexe, dont il n’est absolument pas question. L’auteur prend «du plaisir à mettre ensemble des choses qui n’ont aucun rapport» et s’affranchit des codes littéraires. Singeant un texte universitaire, Florian Eglin s’amuse à intégrer des notes de bas de pages d’une longueur indécente, dans lesquelles il dissimule souvent des éléments pourtant centraux de compréhension.

Quant à savoir s’il faut lire entre les phrases à rallonge des critiques contre UBS, le Conseil d’Etat, ou encore la formation des enseignants dont l’auteur se moque en passant, sa réponse est à l’image de son héros, impénétrable: «Comme Solal est très désinvolte, ces piques sont abordées avec désinvolture».

Malgré l’étrangeté absolue du personnage, il existe tout de même une part autobiographique. Solal incarne l’exagération à outrance des penchants de l’auteur. Ainsi, Florian Eglin confesse apprécier les cigares: «A une époque, j’en fumais trois par jour». Tandis que son personnage, lui, inhale des Havanes hors de prix aussi souvent qu’il respire. Idem avec le whisky, que l’auteur consomme avec modération et que Solal descend comme du petit lait... Au fait, pourquoi le héros est-il juif? «Aronovicz est le nom de ma grand-mère juive. Et Solal, outre le grand héros d’Albert Cohen, est un prénom magnifique.»

Au sortir de cette lecture exigente, on s’est régalé de ce récit complètement dingue, sorte de version littéraire d’un film de David Lynch. L’auteur sera présent samedi et dimanche au Livre sur les Quais à Morges.

«Solal Aronowicz: Une résistance à toute épreuve… Faut-il s’en réjouir pour autant?» Florian Eglin, Ed. La Baconnière, 300 p. (TDG)

Créé: 03.09.2014, 18h48

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