Fernand Melgar renonce à son mandat à la HEAD

PolémiqueLa polémique liée au deal de rue suscite l’indignation des milieux du cinéma suisse.

Fernand Melgar a renoncé à animer des ateliers pour la rentrée prochaine: «Tout était prêt pour la rentrée, confesse le cinéaste. Et puis la polémique a éclaté. Une tribune dans le quotidien «24 heures» a mis le feu aux poudres.»

Fernand Melgar a renoncé à animer des ateliers pour la rentrée prochaine: «Tout était prêt pour la rentrée, confesse le cinéaste. Et puis la polémique a éclaté. Une tribune dans le quotidien «24 heures» a mis le feu aux poudres.»

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Mercredi soir, il était à la RTS, sur le plateau d’«Infrarouge». Et depuis le 28 mai, pas un jour ne passe sans qu’on n’évoque la polémique qu’il a soulevée autour du deal de rue et de l’inertie de la police à Lausanne. Jeudi, on apprenait que le cinéaste lausannois Fernand Melgar, qui devait enseigner et s’occuper d’un atelier à la Haute École d’art et de design (HEAD) de Genève dès la rentrée prochaine, renonçait finalement à ce mandat, cela suite à sa prise de position qui suscite la grogne dans les milieux artistiques romands. Un nouveau volet dans une polémique qui ne semble pas près de s’arrêter? C’est on ne peut plus probable.

«J’ai toujours entretenu de bons rapports avec la HEAD, nous explique Fernand Melgar au téléphone. Cela fait une dizaine d’années qu’ils me demandent de venir enseigner ou animer des ateliers. Ce qui n’est pas forcément compatible avec mes activités de cinéaste. En 2015, j’ai fini par accepter un atelier, un échange avec des écoliers de Phnom Penh et le cinéaste Rithy Panh. Expérience enrichissante, les films qui en ressortent sont salués, une sorte de magie opère. Du coup, le directeur de la HEAD, Jean-Pierre Greff, revient à la charge.»

T-shirts et pétition

Sur la base de ce premier échange, le thème d’un nouvel atelier, la migration clandestine à Almería, est décidé. «Tout était prêt pour la rentrée, confesse Melgar. Et puis la polémique a éclaté. Une tribune dans «24 heures» a mis le feu aux poudres.» La suite, on a pu la lire dans les médias depuis une dizaine de jours. Le débat s’installe, les attaques fusent, les commentaires s’amoncellent, en particulier sur les réseaux sociaux. On peut dès lors supposer qu’il en va de même dans les couloirs de la HEAD. Fernand Melgar entend parler d’une pétition contre lui, de t-shirts le mettant en cause. Un élève de l’établissement l’invective directement sur son Facebook. La tension se fait palpable. Il en ressort surtout que Fernand Melgar n’est plus le bienvenu à la HEAD, où les élèves paraissent faire front commun contre lui.

«Finalement, j’avais rendez-vous dans leurs bureaux pour différentes discussions, témoigne Melgar. Mais tous ces rendez-vous ont été reportés ou déplacés. Je leur ai fait un mail qui n’a pas eu de réponse. Dans ces cas-là, j’attends généralement une semaine avant de réagir. Et puis mercredi soir, alors que j’étais sur une terrasse à Lausanne, j’ai décidé de renoncer. J’ai envoyé un courriel à Jean-Pierre Greff, lui disant renoncer à ce poste pour la rentrée 2018 tout en étant prêt à reconsidérer ma décision l’année prochaine.»

Jeudi, la HEAD a réagi par un communiqué. «Les prises de position de Fernand Melgar et surtout l’usage fait par le cinéaste de photographies volées de personnes présentées comme des dealers sur Facebook ont suscité un émoi et une indignation forte, notamment au sein des milieux culturels, très largement partagés au sein de l’école», écrit Jean-Pierre Greff. Qui continue en ces termes: «Interpellée, la direction a eu, lundi 4 juin, une réunion avec une large assemblée d’étudiant-e-s du Département Cinéma, Bachelor et Master, auxquels se sont joint-e-s de jeunes cinéastes récemment diplômé-e-s de la HEAD. Leur position a été quasi unanime quant à la prise de position de Fernand Melgar et surtout quant à la diffusion d’images délatrices sur les réseaux sociaux. Ces actes disqualifient à leurs yeux leur auteur comme enseignant de cinéma dans une école qui revendique une éthique exigeante de l’image.»

Lettre ouverte

Le divorce est-il consommé entre les deux parties? On peut l’imaginer. Dans tous les cas, ce nouvel acte dans la polémique Melgar jette de l’huile sur le feu. D’autant plus qu’en parallèle, une lettre ouverte, cosignée par des étudiants en cinéma de la HEAD et de l’ECAL, des alumnis et des professionnels du cinéma, en réponse à la tribune de Fernand Melgar sur le deal de rue à Lausanne, nous est parvenue dans la journée. On y retrouve, parmi 209 signataires, des personnalités connues comme Nicolas Wadimoff, Jean-Stéphane Bron, Lionel Baier, Antoine Jaccoud, Claude Barras, Francis Reusser, Frédéric Choffat, Christian Lutz ou Quentin Mouron.

Elle débute ainsi: «Nous, cinéastes en devenir, cinéastes confirmés, professionnel·le·s du cinéma, cinéphiles, vous adressons cette lettre ouverte pour vous faire part de notre consternation devant la polémique que vous avez déclenchée. Nous avons choisi de ne pas commenter vos opinions politiques, ni de vous partager les nôtres. Nous dénonçons plutôt ici les méthodes inacceptables, contraires à toute éthique documentaire que vous avez employées pour attirer l’attention sur le trafic de drogue dans votre quartier.» (TDG)

Créé: 07.06.2018, 19h46

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