Le faucheur du ciel dans l’œil de Jean Mohr

DécryptageA l'occasion de l'exposition «Jean Mohr - Une école buissonnière, Photographies» qui démarre la semaine prochaine à la Maison Tavel, considérons un cliché fameux, réalisé en 1963 dans le canton d'Uri.

Jean Mohr: «L'image, tirée d'un quotidien ordinaire, est pourtant lourde de sens symbolique. L'homme qui habite cette maison maîtrise la surface d'herbe à faucher, et cette herbe-là nourrira son bétail l'hiver venu.»

Jean Mohr: «L'image, tirée d'un quotidien ordinaire, est pourtant lourde de sens symbolique. L'homme qui habite cette maison maîtrise la surface d'herbe à faucher, et cette herbe-là nourrira son bétail l'hiver venu.» Image: JEAN MOHR

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À 37 ans, quand il immortalise ce petit rectangle du canton d’Uri, Jean Mohr n’a connu qu’une seule exposition monographique, en 1961, soit deux années plus tôt, dans la salle des Casemates du Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH). À l’époque, le licencié ès sciences commerciales a effectué quelques missions au Moyen-Orient en tant que délégué du CICR, il s’est essayé un temps à la peinture et au cinéma, mais il n’exerce en tant que photographe professionnel que depuis le milieu des années 50, contribuant sous forme de reportages indépendants à La Tribune de Genève ou à L’Illustré.

À 92 ans, devenu au gré de ses collaborations et de ses voyages aux quatre coins du globe un photographe de renommée internationale, Jean Mohr fait l’objet d’une quatrième exposition individuelle dans le cadre des MAH. Accompagnée d’un superbe catalogue établi sous la direction d’Alexandre Fiette, Jean Mohr – Une école buissonnière, Photographies ornera ce printemps les cimaises de la Maison Tavel. L’hommage comprend plus de 250 clichés sélectionnés et légendés par l’artiste, mais aussi classés par ses soins selon leurs affinités thématiques plutôt que par ordre chronologique.

L’ensemble du florilège permet notamment de récapituler la démarche caractéristique du photographe tout au long de sa carrière. Sa discrétion. Sa politesse. Son humanisme. Sa qualité d’écoute. Un sens du détail qui confine à celui de l’abstraction. Et cette humilité qui le restreint à saisir les apparences en plein vol, sans autre intervention que l’index appuyé sur le déclencheur. Quitte à braver la tyrannie de l’impératif technique lors du développement, du tirage ou de la conservation. En témoigne l’émouvant petit outrage des ans venu écorcher le coin supérieur gauche de l’image ci-contre.

Jean Mohr - Une école buissonnière, Photographies, Maison Tavel, rue du Puits-St-Pierre 6, du 28 mars au 15 juillet, 022 418 37 00. Catalogue aux Éditions mare & martin, 175 p.

Créé: 22.03.2018, 11h34

L'oiseau paysan


Le lieu commun voudrait qu’on eût ici un firmament. En étirant dans le sens de la hauteur l’aplat de gris qui surplombe la ferme, le photographe joue avec les représentations conventionnelles. Aussi la figure humaine qui flotte dans les nues passerait pour un rapace, ou pour un ange volant sous la trajectoire d’un avion. Bien plus fort en vérité: elle est un paysan au travail, qui accomplit la tâche du jour.

La cheminée qui fume de l'herbe


Les sillons de la fauche, dans ce ciel nourricier, dessinent sur le champ tendu à la verticale derrière la maison le nuage de fumée qui, dans un dessin d’enfant, s’échapperait de la cheminée uranaise. Tourbillons réguliers qui s’élèvent, témoignant de la vie et de la chaleur domestiques qui règnent à l’intérieur, là où le regard n’entre pas, restant sur le seuil d’une intimité entre le paysan et ses bêtes.

Le ciel d'en-bas


La bâtisse est construite sur des rochers qui annoncent une falaise possible. Et si le vide – et si le ciel – s’ouvrait sous le cadre inférieur du cliché? Aussi symétriquement composée soit-elle, la photographie renverse l’ordre des choses.

Derrière la porte


Qu’héberge l’obscurité de l’autre côté de la porte? La façade porte les traces d’un passage régulier de bétail, qu’attestent également le tas de fumier à droite et les barreaux aux fenêtres. La pierre trahit le souffle, le poil et les émanations organiques. Or de bêtes, point. Elles restent le secret le mieux gardé de l’image.

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