Au far°, l’utopie se coud chez un tailleur itinérant

Festival des arts vivantsAlors que la 32e édition se clôt samedi, reportage à Nyon, entre ici et «Ailleurs».

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Ça se passe proprement ailleurs. Dans un coin excentré de la cité lémanique, où se cache l’annexe du Musée du Léman, autrement appelée La Léproserie. A l’écart de toute contamination possible, donc. On s’y est risqué mardi, alléché par le programme du 32e Festival des arts vivants, consacré cet été à la migration, à la frontière, au territoire et à l’identité – sous la polysémique bannière «Ailleurs».

Dans la cour de la très centrale Usine à gaz, qui héberge une installation thématique conçue par le bureau d’architectes mcbd, la directrice du far°, Véronique Ferrero Delacoste, indique le chemin qui mène à une rencontre à nulle autre pareille, avec un artiste italien du nom de Caned Icoda («le chien de la queue» en accolant les deux termes), Giovanni pour les intimes.

Un extraterrestre au travail

Intime, on le devient en deux heures de temps passés ensemble, seul à seul: Adagio con buccia III (adagio avec pelures) s’adresse à un chanceux à la fois, préalablement inscrit à l’une des cinq performances quotidiennes. Dix heures par jour de labeur continu, pour un extraterrestre déguisé en tailleur. Sur les cent participants que prévoit le projet global, on porte le numéro 80.

Son biotope? Un atelier de couture itinérant, qui fait sa troisième escale après Bologne et Milan. Et qui renferme des rouleaux de textiles fabriqués par son sponsor, la manufacture italienne Bonotto, des machines à coudre et autres Overlock d’antan, des ciseaux, des cutters rotatifs, des bobines, et des tas et des tas de chutes de tissus multicolores.

«Je suis un autodidacte, je m’exerce avec vous. J’aime répéter les gestes jusqu’à acquérir une totale aisance. Et puis, ayant en horreur toute forme de gâchis, j’ai de l’affection pour les restes», commence Giovanni en mettant la discrète musique electro qui accompagnera ses mouvements. Deuxième parti pris après celui du long tête-à-tête, note-t-on: le tâtonnement. L’issue incertaine du rendez-vous, sans garantie de succès.

Commerce équitable

L’important, pour Giovanni, c’est l’activité commune. Sans chercher à cerner son visiteur, il l’invite rapidement à tâter les matières, à choisir ses étoffes. Puis, au fil de l’échange, naît l’idée du vêtement ou de l’accessoire à confectionner. Après quoi Caned Icoda, transfuge des milieux musicaux, migrant dans le domaine du stylisme ou de la mode, entreprend son bricolage symbolique. Mesurer, calculer, découper, faufiler, essayer sur le modèle, retailler, corriger, recoudre, fignoler. Le spectateur repartira avec son nouvel habit. Et une expérience tout ce qu’il y a d’inédite, aux antipodes de la logique mercantile devenue omniprésente. Moins tendu qu’après un rendez-vous médical, moins ruiné qu’après une coupe de cheveux, plus désorienté cependant qu’après un spectacle ordinaire, on aura vécu un moment de commerce purement équitable. On aura brodé à deux sur le tissu social. On aura tricoté une rangée d’utopie. Et quand Giovanni prévient qu’il demandera un retour sur sa prestation, sous n’importe quelle forme, on s’engage sans hésiter à perpétuer sa générosité.

far° Festival des arts vivants, Nyon, jusqu’au 20 août, www.festival-far.ch

Créé: 18.08.2016, 19h42

Escales restantes, ce jour et demain

«Do you want to live temporarily or permanently?» («Voulez-vous rester provisoirement ou indéfiniment en vie?») Placardées dans l’espace public de Nyon, ce type de questions tirées de formulaires officiels pour l’obtention d’un visa interpellent le passant sur les notions de liberté et de nation. En plus de ces Billboards dus à la Suédoise d’origine turque Meriç Algün Ringborg, on peut encore découvrir au far° 2016 la Black Buvette conçue par la Suisse Adina Secretan. S’y pratique une économie parallèle basée sur le troc, par laquelle des requérants d’asile (interdits de travail rémunéré) désaltèrent les participants contre un service de leur choix. Avec Coupdesac, l’artiste romande Chloé Démétriades invite trois gymnasiens à réaliser dans un décor de hameau hétéroclite un «objet vivant» à partir de leurs hobbies – cuisine, rando ou littérature. Le danseur Laurent Pichaud, doublement présent en cette fin de festival, investit une salle de gymnastique avec un groupe de Nyonnais et de réfugiés pour y créer De terrain, une réflexion artistique sur les rapports entre «lieu fixe» et «communauté mouvante». Par ailleurs, le Français propose L’Usage du monde – le dehors, un projet chorégraphique qui suit le parcours de deux migrants afghans, en sens inverse de celui qu’emprunta dans les années 50 Nicolas Bouvier. Quant au collectif canadien Mammalian Diving Reflex, il organise avec des ados du cru des balades nocturnes à effectuer bras dessus, bras dessous avec les spectateurs (Nightwalks with Teenagers). Tandis que Marjolijn Van Heemstra, elle, s’identifie sur scène au «premier citoyen du monde», l’activiste Garry Davis. Enfin, Yan Duyvendak, Nicolas Cilins et Nathalie Sugnaux secouent les esprits avec Actions, une performance qui réagit à la violence de la crise migratoire. Tout ce riche programme sera commenté sur les ondes de la circonstancielle CultuRadio par des jeunes de 15 à 25?ans.

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