Fanny Ardant, prêtresse de la tragique Cassandre

ThéâtreLa muse de Truffaut joint sa voix d’alto à celle du Lemanic Modern Ensemble dans l’opéra parlé de Michael Jarrell, «Cassandre».

Bras d’albatros, bouche immense, timbre unique, Fanny Ardant se fait le hautbois d’une «Cassandre» universelle.?

Bras d’albatros, bouche immense, timbre unique, Fanny Ardant se fait le hautbois d’une «Cassandre» universelle.? Image: MARC VANAPPELGHEM

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«Apollon te crache dans la bouche. Cela signifie que tu as le don de prédire, mais personne ne te croira.» Telle est la malédiction qui pèse sur l’antique Cassandre, la plus belle des filles du roi de Troie, Priam. Au seuil de sa mise à mort, après avoir assisté impuissante au massacre de sa famille par les Grecs, la devineresse incomprise détourne son regard des défaites à venir pour le porter vers le passé, et le fil des événements qui l’ont conduite à sa fin.

D’après un texte bouleversant de lucidité que l’écrivain est-allemande Christa Wolf a publié en 1983, le compositeur genevois Michael Jarrell créé en 1994, avec Marthe Keller, le «monodrame» Cassandre. Représenté de nombreuses fois depuis, cet opéra parlé fait aujourd’hui l’objet d’une nouvelle mise en scène, montée par Hervé Loichemol cet été en Avignon, avec le Lemanic Modern Ensemble dirigé par Jean Deroyer et, dans le rôle-titre, celle qui hanta le cinéma français des années 80-90 de sa résonnante beauté, Fanny Ardant. Si l’héroïne mythologique a anticipé l’avertissement du Christ que «nul n’est prophète en son pays», cette production de la Comédie tente de la démentir sur ses terres!

Pari tenu. Par la vedette de 64 ans, d’abord, qui prend goulûment possession du personnage. Redingote noire cachant une robe de princesse ordinaire, bras d’épervier, œil éperdu, voix amplifiée, elle brûle d’épouser la cause de celle qui, par essence, refuse l’imposture. Par l’orchestre placé en hauteur, également, qui, sous la houlette du chef français, tisse les harmonies impressionnistes de Jarrell tantôt par-dessus, tantôt par-dessous la scansion de Cassandre. Et par l’interprétation politique du metteur en scène, qui modernise le propos en faisant projeter sur les parois de la scénographie des cibles militaires qu’on devine situées au Moyen-Orient.

Portée par la source vive qu’est Fanny Ardant, la prose due à Christa Wolf brille surtout de ses mille feux. Elle qui, comme sa protagoniste, incarne une conscience sacrifiée lorsqu’elle dicte notamment cette complainte à la divinatrice: «On châtie celui qui nomme l’acte plutôt que celui qui le commet»… Drame atemporel de la clairvoyance, donc, et de sa mise en mots.?

Cassandre La Comédie, jusqu’au 27 sept., 022 320 50 00, www.comedie.ch (TDG)

Créé: 24.09.2015, 17h42

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