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Eugénie Rebetez, autoportrait aux coussins

«Bienvenue » sur une planète où les corps et les objets sont touchés par la même grâce décalée.

Eugénie Rebetez, «fascinée par l’idée du corps-maison».
Eugénie Rebetez, «fascinée par l’idée du corps-maison».
T. ULLMANN

Pas de doute, la Jurassienne Eugénie Rebetez est une créature fantastique. Une licorne, dirait-on aujourd’hui. Après Gina et Encore, son troisième solo, Bienvenue (à voir ce week-end aux Eaux-Vives) la révèle à nouveau loin de toute mièvrerie féerique, quelque part entre la danse, la pantomime, le numéro de clown, le tour de magie, le beatboxing et le stand-up. Un biotope qui n’est pas sans rappeler celui défriché jadis par sa compatriote Zouc.

Ce que réalise cette trentenaire désinhibée avec sa voix, sa ruisselante chevelure, ses kilos «en trop» et une grâce hors du commun frôle le surnaturel: à force de les écouter, elle fait parler les objets. Mieux: à force de s’écouter, elle vous exprime, vous.

Sur la scène de l’ADC, elle apparaît d’abord en femme de ménage – gants de latex jaunes, soccolis bleus et tablier couvrant à peine ses cuisses charnues. Avec un accent marqué des pâturages francs-montagnards, elle répond («aurwoir!») aux coups de fil du patron qui interrompent sa méticuleuse besogne de remue-ménage autant que ses pauses clope et autres déhanchés rebelles sur un tube de Rihanna. Comme dans L’Apprenti sorcier, seau, panosses et plumeau participent au ballet, qui se muera peu à peu – au gré d’une phrase souffrant tout au plus d’une ponctuation chaotique – en dialogue généralisé. Avec ici un traversin, là un pouf, ailleurs un tapis – tout le mobilier y passe –, mais aussi avec ses propres orteils ou sa trompette piccolo.

Si bien qu’en une petite heure de gigotements modulés par force borborygmes, pleurs, rires, cris de surprise ou d’émerveillement, les parois tombent entre la chose et l’être, le dedans et le dehors, le bourrelet et le tutu. Miracle encore: entre autres prouesses, Eugénie Rebetez réussit accessoirement celle de remodeler l’image de la féminité.

«Bienvenue» ADC, jusqu’au 12 nov., 022 320 06 06, www.adc-geneve.ch

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