Des étudiants de grec ancien vous téléportent au temps d’Eschyle!

ThéâtreUne petite vingtaine de jeunes hellénistes genevois ressuscitent «Agamemnon» en version originale.

Des étudiants initient la rencontre entre 2017 et l’Antiquité.

Des étudiants initient la rencontre entre 2017 et l’Antiquité. Image: SAMUEL WANJA

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Vous vous croirez tranquillement assis dans un fauteuil du Théâtre de la Cité Bleue, avenue de Miremont. Détrompez-vous: vous serez installés sur les gradins du verdoyant théâtre antique d’Épidaure! Vous croirez vivre une ordinaire soirée de l’automne 2017. Que nenni: c’est l’air de l’an 458 avant Jésus-Christ qui emplira vos poumons! Et, tenez-vous bien, le dépaysement, loin de vous plonger dans une quelconque léthargie neurasthénique, excitera vos sens en vous prouvant qu’Eschyle reste aujourd’hui tout ce qu’il y a de vivant.

Aux commandes de la téléportation dont vous ferez l’objet? Quelques membres de la joliment nommée AGLAE (Association des étudiants en grec, latin et histoire ancienne) de l’Université de Genève. Voici un peu plus d’un an, ces convaincus de l’actualité du théâtre classique ont créé une non moins joliment nommée Organisation estudiantine de théâtre antique (ORESTHEA). Né d’une simple discussion entre passionnés, leur projet vise à pulvériser l’image largement répandue d’une Antiquité figée et poussiéreuse. En montant Agamemnon, premier volet de l’unique trilogie intégralement conservée d’Eschyle – l’Orestie, qui retrace le destin maudit de la famille des Atrides –, la jeune compagnie espère partager avec le plus grand nombre son goût pour une langue et une culture dites mortes, qu’elle ressuscitera donc le temps de cinq représentations très spéciales.

Si l’emploi du grec ancien dans une représentation de tragédie antique n’est pas si rare en soi, pas plus que la participation d’un chœur chanté, la recomposition de mélodies d’époque, elle, est inédite. «Dans notre volonté de fidélité maximale, nous nous sommes fondés sur des traités de musique antique, quand la plupart des adaptateurs partent de modèles de la Renaissance», précise Samuel Wanja, 21 ans, chargé de l’administration, du surtitrage et de la traduction française du spectacle. «J’ai voulu en priorité faciliter la compréhension du texte. Quitte à opter pour des raccourcis – et appeler par exemple Hermès par son nom, plutôt qu’en utilisant la périphrase «dieu silénien», comme elle apparaît parfois dans le texte», commente le jeune traducteur.

Sous la direction musicale et métrique de Vincent Boccadoro, deux instruments anciens accompagneront les chants et déclamations: une lyre, et un aulos – lequel instrument à vent à double tuyau a été reproduit à l’identique grâce à une imprimante 3D! La répartition des tâches, parmi nos dix-huit philhellènes âgés au plus de 27 ans, s’est effectuée en fonction des savoir-faire de chacun: les choreutes suivent une formation à la Haute École de musique, les comédiens, dûment masqués et costumés, maîtrisent la langue d’Homère, et la metteure en scène, Gaëlle Hostettler, est inscrite en filière préprofessionnelle de la section art dramatique du Conservatoire.

Lors de ces noces entre la jeunesse et l’Antiquité, cette semaine à la Cité Bleue, vous ne vous étonnerez donc pas de croiser Eschyle en personne. Ni même les Agamemnon, Clytemnestre ou Oreste issus de la mythologie.

«Agamemnon» Cité Bleue, jusqu’au 18 nov. à 19 h, www.orestieschyle.com (TDG)

Créé: 13.11.2017, 17h44

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